Coronavirus : montant des aides, stratégie de "déconfinement", distribution des masques... Les questions qui restent en suspens après l'allocution de Macron

Le chef de l'Etat s'est adressé lundi soir aux Français, pour la quatrième fois depuis le début de la crise du Covid-19. Mais plusieurs zones de flou subsistent.

Le président de la République, Emmanuel Macron, le 13 avril 2020, lors de sa quatrième allocution sur la crise du coronavirus.
Le président de la République, Emmanuel Macron, le 13 avril 2020, lors de sa quatrième allocution sur la crise du coronavirus. (OMAR HAVANA / HANS LUCAS)

Vingt-sept minutes de discours et, à la fin, plusieurs points d'interrogation. Emmanuel Macron, qui s'est exprimé à la télévision, lundi 13 avril, pour la quatrième fois depuis le début de la crise du coronavirus, a laissé quelques questions sans réponse. A commencer par le montant de l'aide "exceptionnelle" que le chef de l'Etat souhaite accorder aux familles "les plus modestes" et aux étudiants "les plus précaires". Franceinfo vous résume les zones de flou qui subsistent, après ce discours politique avec des messages de principe. 

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A partir de quel âge est-on considéré comme une personne âgée?

Cette question n'a rien d'une provocation. Il est même tout à fait légitime de se la poser après l'intervention d'Emmanuel Macron. Après avoir annoncé que  le confinement allait être prolongé jusqu'au lundi 11 mai, le chef de l'Etat a précisé que les "personnes vulnérables" devraient rester chez elles quelque temps encore, une fois cette date passée. Cette mesure concerne "les personnes en situation de handicap sévère", "les personnes atteintes de maladies chroniques"... et "les personnes âgées". Sauf que : le président n'a pas précisé à partir de quand quelqu'un est considéré comme une "personne âgée". 

Dans le live de franceinfo, vous êtes nombreux à nous avoir posé cette question. Est-ce à partir de 60 ans ? 70 ans ? 80 ans ? Malheureusement, vous l'aurez compris, nous n'avons pas la réponse pour le moment.

Des aides pour "les familles les plus modestes", oui, mais de combien ? 

C'est une autre question qui revient après cette nouvelle allocution télévisée d'Emmanuel Macron. Quel est le montant de l'aide "exceptionnelle" que le chef de l'Etat souhaite offrir aux "familles les plus modestes" et aux "étudiants les plus précaires", affectés par la crise du coronavirus et le confinement ? Là aussi, c'est pour le moment un point d'interrogation. On comprend seulement, entre les lignes, qu'il demande au gouvernement de travailler dessus dans un premier temps.

Même constat pour les mesures de chômage partiel et de financement pour les entreprises qui vont être prolongées. Là aussi, le chef de l'Etat laisse au gouvernement le soin de décliner les modalités.

Une réouverture "progressive" des écoles, oui, mais comment ? 

Emmanuel Macron a promis la "réouverture progressive des crèches et établissements scolaires le 11 mai". "C'est pour moi une priorité car la situation actuelle creuse les inégalités", a-t-il précisé pour expliquer sa mesure. En revanche, et c'est important, il ne dit pas ce qu'il faut entendre par réouverture "progressive".

"Tout ça va être très compliqué à gérer", a réagi sur franceinfo la porte-parole du syndicat d'enseignants SNUipp-FSU, Francette Popineau. Pour elle, cela "veut dire effectivement du matériel, des masques, du gel. Ça veut dire aussi du temps pour préparer cette rentrée. Et ça veut dire effectivement qu'on ne peut pas rassembler 100 enfants dans la cour de récréation." "Je pense que la maternelle, on ne pourra pas reprendre de sitôt. C'est trop tôt parce que les enfants ne pourront pas adopter les gestes barrières", a continué Francette Popineau.

"Toutes les écoles ne seront pas ouvertes le lundi 11 mai", a précisé mardi Jean-Michel Blanquer, sur France 2 et franceinfo. "On va élaborer toute une méthodologie" de reprise "qui passe forcément par de très grands aménagements. En mai-juin ce ne sera pas du tout comme avant, ce sera forcément différent", a prévenu le ministre de l'Education nationale. "Il ne pourra pas y avoir de grands groupes" dans les classes, a poursuivi Jean-Michel Blanquer. De ce fait, "il est possible qu'il y ait une charge horaire moins importante" pour les élèves.

Quand on parle de retour progressif, cela implique forcément que l'on n'aura pas les mêmes âges qui rentreront au même moment à l'école.Jean-Michel Blanquersur France 2 et franceinfo

Jean-Michel Blanquer a indiqué rencontrer à partir de mardi les organisations syndicales pour parler des critères et des conditions sanitaires permettant la reprise. "Le premier critère, il est d'abord social", a-t-il souligné, laissant entendre que les élèves les plus en difficulté pourraient reprendre en premier. "Il faut sauver les élèves qui pourraient partir à la dérive du fait du confinement", a expliqué le ministre. "C'est les publics les plus fragiles que j'ai d'abord en tête."

Des masques pour "chaque Français", oui mais où et comment les récupérer ?

A partir du 11 mai, en "lien avec les maires, l'Etat devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public" pour se protéger et protéger les autres contre le coronavirus, a annoncé le président de la République. "Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations comme dans les transports en commun, son usage pourrait devenir systématique", a-t-il détaillé. Mais là encore, une question se pose : comment, quand et où ces masques seront-ils récupérables ?

"Ces masques 'grand public' sont en cours de fabrication dans un très grand nombre d'entreprises françaises depuis maintenant plusieurs semaines", a assuré le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur RTL. Les modalités de distribution des masques sont encore à l'étude mais "l'hypothèse de procéder à partir des collectivités locales, des mairies, est effectivement une des hypothèses que nous envisageons", a assuré Olivier Véran. "Ces masques auront aussi la capacité d'être lavables et donc d'être utilisables plusieurs fois", a ajouté le ministre. Sans assurer leur gratuité, Olivier Véran "imagine qu'ils seront donnés à la population".

"Pourquoi attendre encore un mois ?", s'est interrogé de son côté sur franceinfo Jérôme Marty, président du syndicat de médecins UFML (Union française pour une médecine Libre). Pour le docteur, le port du masque obligatoire arrive trop tard, "c'est incontestable""Ça fait plus d'un mois qu'on sait qu'il faut masquer la population dans tous les domaines de la vie où on doit rompre la distanciation sociale", a insisté Jérôme Marty. 

Que vont devenir les municipales ?

Contrairement à sa toute première allocution liée au coronavirus le 13 mars dernier, où Emmanuel Macron avait annoncé (malgré tout) le maintien des municipales, le chef de l'Etat n'a cette fois pas prononcé le moindre mot sur le scrutin. Il faut donc en rester à ce qui est ressorti, début avril, d'une réunion en vidéoconférence entre le Premier ministre et des responsables politiques : il n'y aura "pas de décision" de l'exécutif à ce sujet "avant le 23 mai"Les scientifiques doivent d'abord remettre en mai un rapport sur l'organisation du second tour du scrutin, repoussé en raison de l'épidémie.

Un début de "déconfinement" à partir du 11 mai, oui, mais comment ? 

Face aux Français, Emmanuel Macron a annoncé un début de "déconfinement" à partir du 11 mai. Dans un peu moins d'un mois donc. En revanche, il n'a rien laissé filtrer sur la stratégie qui pourrait être adoptée. Décisions par régions ? Tests sanguins ? Passeports d'immunité ? "On ne sait pas bien pourquoi cette date, ni quelle est la stratégie qui va lui permettre de l'atteindre", ne s'est pas privé de dire sur franceinfo le député insoumis, Adrien Quatennens. Puisque le discours avait été décalé dans le temps, je m'attendais à un discours de plus grande envergure, avec un plus grand niveau de détails". Stéphane Le Foll pense la même chose. Il faut "clarifier les choses", pour "une sortie du confinement progressive, méthodique et organisée", a estimé l'actuel maire du Mans, toujours sur franceinfo.

"Le 11 mai est une date d'objectif. Ce qu'a annoncé le président de la République, ce n'est pas le déconfinement le 11 mai, c'est le confinement jusqu'au 11 mai", a tempéré sur France Inter Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur. Il s'agit d'une date à "conquérir par le respect du confinement". Une prudence adoptée également par le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, sur franceinfo : "Ce confinement, on n'est pas totalement sûrs qu'il soit fini le 11 mai. Le président de la République l'a dit, il y a beaucoup de 'si'."

Interrogé à plusieurs reprises sur les perspectives du déconfinement, par exemple les départs en vacances d'été à l'étranger, Christophe Castaner a souligné qu'il n'y avait "pas de réponse précise au moment" où il parlait. Le gouvernement présentera d'ici quinze jours ce qu'il appelle "le plan de l'après-11 mai", c'est-à-dire "les détails d'organisation de notre vie quotidienne." "Je sais vos questionnements et je les partage, ils sont légitimes. J'aimerais pouvoir tout vous dire mais en toute franchise, en toute humilité, nous n'avons pas de réponse à cela", n'a d'ailleurs pas hésité à prononcer Emmanuel Macron, lundi soir, depuis son bureau de l'Elysée.

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