Coronavirus : cinq questions sur le placement en soins intensifs de Boris Johnson

Le Premier ministre britannique, positif au coronavirus depuis le 27 mars et admis à l'hôpital dimanche soir, a vu son état se dégrader lundi après-midi, nécessitant son placement en soins intensifs.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson sort du 10 Downing Street, à Londres, le 25 mars 2020.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson sort du 10 Downing Street, à Londres, le 25 mars 2020. (HANNAH MCKAY / REUTERS)

Le Royaume-Uni est sous le choc. Le Premier ministre britannique Boris Johnson, 55 ans, se bat désormais pour sa vie face au coronavirus. Admis à l'hôpital dimanche, il a été placé lundi 6 avril dans la soirée en unité de soins intensifs, le contraignant à déléguer provisoirement les commandes du pays à son ministre des Affaires étrangères Dominic Raab.

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1Comment a-t-il contracté le virus ?

On ne sait pas précisément à quelle occasion le Premier ministre a contracté le virus, mais force est de constater que jusqu'au test qui a révélé son infection par le Covid-19, le 27 mars, Boris Johnson avait pris peu de précautions. Début mars, devant la presse, le Premier ministre minimisait le danger et se vantait même de ne pas respecter les gestes barrières. "Je serre des mains. J'étais à l'hôpital l'autre soir où je crois qu'il y avait des patients atteints du coronavirus et j'ai serré la main de tout le monde, ça vous fera plaisir de le savoir. Je continue à serrer des mains", clamait-il avec le sourire.

Trois semaines plus tard, le verdict tombait. Dans une vidéo partagée sur son compte Twitter et filmée avec son téléphone portable, Boris Johnson annonçait avoir développé de légers symptômes du coronavirus (de la température et une toux persistante) et avoir subi un test qui s'est révélé positif. Visiblement en forme, il avait mis un point d'honneur à continuer à travailler, tout en restant confiné dans ses appartements du 10 Downing Street.

2Comment son état s'est-il détérioré ?

Malgré la maladie et le confinement, Boris Johnson a tenu à montrer qu'il était toujours aux manettes. Dans une nouvelle vidéo postée sur Twitter, mercredi 1er avril, il conjurait ses citoyens de "rester à la maison" pour "sauver des vies".

Le lendemain, des rumeurs sur son état de santé ont circulé dans les milieux politiques londoniens, rappelle le Guardian (en anglais) : un lit lui aurait même été réservé à l'hôpital Saint-Thomas, juste en face de Westminster, sur l'autre rive de la Tamise. Interrogé par la presse britannique, son cabinet a balayé ces informations, répétant que le Premier ministre n'était atteint que de "symptômes bénins". Le soir même, apparemment fatigué, il apparaissait sur le perron de Downing Street pour applaudir les soignants.

Dans une autre vidéo, postée vendredi, Boris Johnson expliquait d'une voix rocailleuse "aller mieux", mais avoir toujours "de la température". "Je dois continuer mon confinement jusqu'à ce que les symptômes disparaissent", expliquait-il, après déjà sept jours d'isolement.

Il s'agit de la dernière apparition du Premier ministre. Durant le week-end, son état de santé s'est encore détérioré, au point qu'il a dû être transporté en urgence à l'hôpital dimanche soir, raconte le Guardian. Selon Downing Street, il s'agissait d'une simple mesure de précaution. Avec toutefois un changement de vocabulaire dans les communiqués officiels : les symptômes n'étaient plus "bénins" mais "persistants".

Vingt-quatre heures plus tard, son porte-parole annonce que Boris Johnson a été transféré dans un service de soins intensifs. "Au cours de l'après-midi, l'état de santé du Premier ministre s'est détérioré", explique-t-il. Selon une source gouvernementale, Boris Johnson reste "conscient" et son transfert, intervenu vers 19 heures (20 heures à Paris) a été décidé "par précaution au cas où il aurait besoin d'un respirateur".

3Quel est son traitement à l'hôpital ?

Le quotidien britannique The Times affirme Boris Johnson a éprouvé des difficultés respiratoires qui auraient nécessité un placement sous oxygène. Une information confirmée mardi matin par le numéro 2 du gouvernement, Michael Gove, assurant qu'il n'avait pas été placé sous respirateur. "Cela ne fait aucun doute que la tournure prise par les événements signifie que Boris Johnson est gravement malade", estimait lundi soir Derek Hill, professeur d'imagerie médicale à l'University College de Londres, cité par Science Media Centre.

Boris Johnson bénéficie d'un "type d'assistance respiratoire appelé ventilation en pression positive continue (CPAP), communément employé dans le traitement de l'apnée du sommeil obstructive", poursuit Derek Hill. "L'expérience en Italie et dans d'autres pays européens montre que le CPAP peut être efficace pour les patients atteints du Covid-19, au moins dans un premier temps", explique-t-il.

Mardi matin, son état de santé n'avait pas évolué, selon deux sources de son entourage, citées par l'agence Reuters.

4Qui assure l'intérim ?

Lors de l'annonce de son placement en soins intensifs, le porte-parole de Boris Johnson a annoncé que le Premier ministre avait "demandé au ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, Premier secrétaire d'Etat, de le remplacer là où nécessaire".

Agé de 46 ans, cet eurosceptique convaincu est un représentant de la nouvelle génération de conservateurs qui a fait son entrée au Parlement au cours des dix dernières années. Il a rejoint en 2015 le gouvernement conservateur de David Cameron en tant que sous-secrétaire d'Etat à la Justice, son tout premier poste au sein de l'exécutif britannique, mais a quitté ses fonctions en juillet 2016 quand Theresa May est devenue Première ministre, dans la foulée du référendum sur la sortie de l'UE.

Dominic Raab a alors milité au sein de la campagne officielle pour le Brexit "Vote Leave" et a plaidé pour que le Royaume-Uni puisse "reprendre le contrôle" de ses frontières. Il a fait son retour au gouvernement en juin 2017, devenant secrétaire d'Etat à la Justice, puis au Logement, en janvier. Theresa May l'a ensuite nommé ministre du Brexit en juillet 2018. Il a claqué la porte trois mois plus tard, jugeant sa stratégie trop conciliante avec Bruxelles.

De conviction très libérale, ce pourfendeur de la bureaucratie se présente comme un défenseur de la démocratie locale, de la liberté d'expression et des baisses d'impôts. Sa première tâche en tant que Premier ministre par intérim sera de présider, mardi, la réunion quotidienne d'urgence regroupant des ministres, le principal responsable médical et le conseiller scientifique.

5Quelles sont les réactions au Royaume-Uni et dans le monde ?

Malgré l'heure tardive de l'annonce lundi soir, la presse britannique consacre ce mardi matin ses unes au placement de Boris Johnson en soins intensifs. Les mots "intensive care" ("soins intensifs") barrent les premières pages des principaux journaux. Tandis que les tabloïds Daily Mirror et Daily Star vont plus loin, parlant de "combat pour sauver sa vie".

Cette annonce a suscité de nombreuses réactions à travers le monde. "Tous les Américains prient pour son rétablissement", a déclaré le président américain Donald Trump. "Tout mon soutien à Boris Johnson, à sa famille et au peuple britannique dans ce moment difficile. Je lui souhaite de surmonter cette épreuve rapidement", a écrit Emmanuel Macron sur Twitter"Je sais sa force, je suis convaincu qu'il va puiser dans ses ressources, qui sont grandes, la capacité de surmonter cette épreuve. C'est aussi le symbole de la gravité de la crise, qui touche tout le monde", a pour sa part réagi sur BFMTV le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Le Premier ministre espagnol, dont le pays est durement touché par le coronavirus, l'a assuré de sa "solidarité" et de ses "vœux d'un prompt rétablissement". "Les jours sont difficiles pour nos pays, mais c'est par la force et l'unité que nous parviendrons à remporter cette bataille. Affectueusement à tout le peuple britannique", a ajouté Pedro Sanchez sur Twitter.

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