Coronavirus : à quoi faudra-t-il s'attendre en cas de reconfinement ?

Le déconfinement a débuté lundi 11 mai et doit se dérouler en plusieurs phases. Mais le gouvernement se laisse la possibilité d'un reconfinement si la circulation du virus venait à s'accélérer.

Un homme passe devant la vitrine d\'un grand magasin dans une rue de Bordeaux (Gironde), le 12 mai 2020.
Un homme passe devant la vitrine d'un grand magasin dans une rue de Bordeaux (Gironde), le 12 mai 2020. (VALENTINO BELLONI / HANS LUCAS / AFP)

Enfin libres ! Depuis le 11 mai, nous pouvons sortir à nouveau sans attestation, dans un rayon de 100 kilomètres et en portant parfois un masque. Mais pour certains, ce déconfinement progressif est synonyme d'un éventuel reconfinement. Le président de la République, Emmanuel Macron, a lui-même évoqué l'échéance "possible, mais incertaine, d'un reconfinement, si la situation devait se dégrader", lors d'une visioconférence avec les préfets de région et les directeurs des agences régionales de santé (ARS), le 13 mai.

Jean Castex, qui coordonne la stratégie nationale de déconfinement, a également prévu un plan de retour au confinement. Dans un rapport remis au gouvernement, il y détaille quelques pistes.

Un "sas de déconfinement" de trois semaines

Nous, les citoyens, sommes "la clé de la réussite" de la lutte contre le Covid-19. Jean Castex en est convaincu. Mais si nous ne respectons pas la distanciation physique, les gestes barrières, "toutes ces règles élémentaires qui sont la clé de voûte dans la lutte contre cette pandémie, on risque la rechute", prévient le haut fonctionnaire. Dans son rapport de 67 pages, il conseille d'envisager une "réversibilité des mesures" en cas d'urgence. Sollicité par franceinfo, celui qui est aussi le maire de Prades (Pyrénées-Orientales) décline toute demande d'interview.

Depuis le 11 mai, la France est entrée dans un "sas de déconfinement" car ce "n'est pas la fin de la crise sanitaire", a rappelé Jean Castex lors de son audition au Sénat, le 6 mai. Ces trois semaines, jusqu'au prochain point d'étape le 2 juin, se déroulent dans un cadre sanitaire "lourd" et avec une vigilance "très élevée" fondée sur des indicateurs épidémiologiques. Prévoyant, Jean Castex s'est aussi voulu rassurant face aux députés inquiets de l'éventualité d'une seconde vague.

Il faudrait que le nombre de nouveaux cas par jour en France double par rapport à ce qu'il est aujourd'hui pour que nous reconfinions.Jean Castexà l'Assemblée nationale

A la date du 13 mai, la Direction générale de la santé faisait état de 543 nouvelles admissions pour une infection due au virus Sars-CoV-2 en 24 heures. Il y a une semaine, ce chiffre était de 833 nouvelles admissions sur une journée.

Une surveillance accrue de la circulation du virus

Mais comment savoir à temps s'il faut reconfiner ? Pour cela, le gouvernement scrute une série d'indicateurs d'alerte, notamment les flux d'hospitalisation, le R0 (le taux de reproduction de la maladie), les passages aux urgences et les résultats des tests virologiques. Parmi ces indicateurs, l'un est déterminant et peut devenir un point de blocage en cas de reprise de l'épidémie : le nombre de lits disponibles en réanimation. D'ailleurs, Jean Castex préconise un "désarmement" très progressif de ces lits afin d'avoir une réserve suffisante en cas de résurgence épidémique, "dans des délais de 24, 48 ou 72 heures selon les lits".

Sont également surveillés le nombre de lits occupés et ceux disponibles pour les malades du Covid-19 ainsi que "les passages aux urgences pour suspicion de Covid sur les sept derniers jours, mais aussi l'activité de SOS Médecins". Sans oublier l'arrivée d'un nouveau critère depuis la sortie du confinement : l'exploitation des résultats des tests virologiques. "Dès que le nombre de patients testés positifs sera anormalement élevé, alors il faudra effectivement, y compris de manière localisée, se donner les moyens d'agir immédiatement", précise Jean Castex.

Un reconfinement localisé et mieux accompagné

Quant au fameux indice R0, il reste dans le viseur du gouvernement. Car si, avec la levée du confinement, il va de nouveau augmenter, il doit rester inférieur à 1. "Mais s'il passe au-dessus de 1, voire beaucoup au-dessus de 1, il y a un risque épidémique beaucoup plus important", a expliqué Olivier Véran, le ministre de la Santé, au micro de Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, au premier jour du déconfinement. "Nous serions amenés à prendre à nouveau des mesures de confinement territorialisées."

Pour les Françaises et les Français, le signe d'un éventuel retour à la maison est plus simple à surveiller : il est rouge et se trouve sur la carte du déconfinement.  Mise à jour régulièrement, cette carte fait état de la circulation du virus et de la tension hospitalière dans chaque département. Si les indicateurs évoqués plus haut se dégradent, alors le département passe au rouge. Ainsi, dans les clusters, ces foyers de résurgence du virus, les préfets et les maires peuvent rétablir des mesures locales de confinement, comme la limitation des déplacements.

La stratégie du "stop and go" ("arrêt et reprise") pourrait également être mise en place. Elle relève d'une alternance entre une phase où l'activité économique est maintenue et une autre où elle est arrêtée, avec des mesures sanitaires strictes de confinement. Le "stop" est activé dès qu'un seuil prédéterminé est franchi dans les unités de soins intensifs. A l'inverse, ces mesures sont allégées quand ce nombre de cas très sérieux diminue. 

En outre, Jean Castex invite le gouvernement à mieux penser un éventuel reconfinement. Fort de l'expérience des 56 derniers jours de confinement, le coordonnateur propose de "prévoir des dispositifs d'accompagnement sociaux et économiques de la nature de ceux mis en place durant la période de confinement". Mais aussi de "mieux prévenir les risques psycho-sociaux du confinement, aujourd'hui mieux connus".

A l'étranger, le reconfinement est aussi envisagé

Nos voisins européens ont des politiques de déconfinement assez similaires, selon Jean Castex, qui discute régulièrement avec ses homologues. Certains envisagent la possibilité de reconfiner une partie de leur population, comme en Allemagne. La découverte de nouveaux foyers de contamination, comme à Greiz, dans l'est du pays, ou à Coesfeld, dans l'Ouest, a poussé le gouvernement à prévoir de futures mesures de confinement si le taux d'infection excédait 50 contaminations pour 100 000 habitants durant sept jours. Ces mesures pourront être limitées à un établissement, tel qu'une maison de retraite, ou à un territoire.

Du côté de l'Asie, le reconfinement localisé a débuté. Au Japon, l'île d'Hokkaido, déconfinée le 19 mars, a été reconfinée à l'arrivée d'une seconde vague, le 12 avril. Le Premier ministre a finalement étendu l'état d'urgence à l'ensemble du pays, le 16 avril. Mais les mesures de confinement y sont moins contraignantes qu'en France : la plupart des gens vont travailler et les magasins et les bars restent ouverts.

En Chine, 600 000 habitants ont été à leur tour reconfinés après la détection de nouveaux malades dans le district de Jia, à 800 kilomètres de Pékin, le 31 mars. Tout comme à Wuhan, la mégapole au cœur de la pandémie, où un quartier du sud de la ville est à nouveau bouclé, avec 5 000 personnes mises en quarantaine après la découverte de nouveaux cas dans une résidence, lors du week-end du 9 mai. Les cinq personnes contaminées ont toutes été placées à l'isolement dans un hôtel et un plan de dépistage massif vient d'être lancé.