Cinq choses à savoir sur Jean Castex, le "monsieur déconfinement" du gouvernement

Elu d'une ville des Pyrénées-Orientales, cet énarque de 54 ans, a été chargé, jeudi 2 avril, de préparer le plan de déconfinement qui doit être présenté par le gouvernement à la fin du mois.

Jean Castex, alors délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024, à Paris, le 14 juin 2018.
Jean Castex, alors délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024, à Paris, le 14 juin 2018. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

[EDIT. Emmanuel Macron a nommé Jean Castex Premier ministre en remplacement d'Edouard Philippe qui a démissionné, vendredi 3 juillet. Ce portrait a été publié le 6 mai 2020 au moment où Jean Castex avait été appelé auprès de l'exécutif pour superviser le processus de déconfinement et n'a pas été mis à jour. Cliquez ici pour suivre les dernières informations après la nomination de Jean Castex à Matignon.] 

Il est encore peu connu du grand public. C'est à lui que revient la lourde tâche de préparer la sortie du confinement, mis en place pour ralentir la propagation du coronavirus. Jean Castex, énarque de 54 ans et maire Les Républicains (LR) de Prades (Pyrénées-Orientales), a été nommé par Edouard Philippe, jeudi 2 avril, pour "réfléchir à la stratégie de déconfinement", selon les mots du Premier ministre, et penser l'étape d'après. Jean Castex est auditionné, mercredi 6 mai, devant le Sénat. Voici cinq choses à savoir sur le "monsieur déconfinement" du gouvernement.

Un haut fonctionnaire au parcours prestigieux  

Jean Castex est originaire du Gers. Il naît en 1965 à Vic-Fezensac, ville dont son grand-père, le sénateur Marc Castex, a été maire. Fils et petit-fils d'instituteurs, Jean Castex suit un parcours scolaire prestigieux. Après son bac, il poursuit des études d'histoire à Toulouse, puis intègre Sciences Po Paris. En 1991, il sort de l'ENA et est admis comme conseiller-maître à la Cour des comptes. Il prend ensuite un poste de directeur des affaires sanitaires et sociales dans le Var.

"Le Premier ministre l'a présenté comme l'homme qui avait tout sur son CV", relate ­Christophe ­Bouillon, président de l'Association des petites villes de France, dans le Journal du dimanche (article payant). Edouard Philippe ne tarit pas d'éloges à son égard. "C'est un haut fonctionnaire [...] redoutable d'efficacité", avait déclaré le Premier ministre le 2 avril, en annonçant sa nomination.  

"Quand il accepte une mission, il se lance à fond, connaît ses dossiers et fait le job jusqu'au bout. C'est quelqu'un qui est prêt à travailler quinze heures par jour", confirme à France 3 Occitanie Joseph Montessino, maire d'Eus, une commune voisine de Prades. 

Elu local depuis 2008 

Homme de droite, tendance gaulliste-sociale, Jean Castex a opté pour une carrière d'élu local depuis une dizaine d'années. En 2008, il est élu maire LR de Prades, une commune de 6 000 habitants, située près de Perpignan. Il est largement réélu au premier tour des dernières élections municipales, en mars, avec 75% des suffrages exprimés.

Jean Castex est également passé par la préfecture du Vaucluse, comme secrétaire général, et a été conseiller régional du Languedoc-Roussillon de 2010 à 2015. Depuis cette date, il est conseiller départemental LR des Pyrénées-Orientales. 

Un ancrage local qui ressemble à un atout pour l'aider dans sa nouvelle mission où le dialogue avec les préfets et les élus de terrain est primordial. "Haut fonctionnaire, il comprend le langage des technocrates, des ministres mais en tant qu'élu local enraciné, à l'accent du Gers, il comprend aussi celui des élus locaux et des citoyens de base. C'est un homme-charnière", synthétise Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse, dans Les Echos (article payant)

Il a travaillé à l'Elysée avec Nicolas Sarkozy

Ses mandats locaux ne l'ont pas vraiment empêché de cumuler des fonctions nationales. En 2011, il est nommé secrétaire général adjoint de l'Elysée et le reste jusqu'à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, en 2012. Un poste qu'il occupe sans quitter son mandat de maire, revenant chaque week-end à Prades, auprès de son épouse et de leurs quatre filles, rapporte France 3 Occitanie. 

En 2012, poussé par Nicolas Sarkozy, il se présente comme député dans la 3e circonscription des Pyrénées-Orientales mais il échoue au second tour face à la socialiste Ségolène Neuville. "C'est un énarque émancipé qui se frotte au suffrage universel", commente ­auprès du Journal du dimanche, Julien ­Vaulpré, ex-conseiller de ­Nicolas ­Sarkozy à l'Elysée, lorsque Jean Castex y travaillait

En 2017, il est nommé délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 à Paris. De quoi lui donner une fine connaissance du fonctionnement des ministères, estime Yves Delcor, son premier adjoint à Prades, auprès de France 3 Occitanie : "Il connaît parfaitement tous les interlocuteurs clés dans chaque ministère que ce soit dans le domaine de la santé bien sûr mais aussi les écoles, les territoires, l'urbanisme, la cohésion sociale ou les finances." En 2019, il devient président de l'Agence nationale du sport.

Il a une expérience dans le milieu de la santé

Jean Castex a dans sa manche un atout de taille pour préparer le déconfinement : ses expériences dans le secteur de la santé. "Il a une grande expérience de la sphère sociale et a été directeur des hôpitaux", rappelle l'ex-secrétaire général de l'Elysée Claude ­Guéant, auprès du Journal du dimanche. De 2005 à 2006, Jean Castex occupe la fonction de directeur de l'hospitalisation et de l'organisation des soins (Dhos) au ministère de la Santé où il doit gérer deux menaces sanitaires : le chikungunya et la grippe aviaire.

Il y travaille avec le professeur Didier Houssin, alors directeur général de la santé. Depuis, ce dernier est devenu expert Covid-19 au sein de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et il est la première personne que Jean Castex a consultée pour sa mission de déconfinement, rapportent Les Echos.  

Xavier ­Bertrand en fait ensuite son directeur de cabinet à deux reprises, d'abord au ministère de la Santé (2006-2007), puis au Travail (2007-2008).

Il n'a pas des tests pour tout le monde dans la poche, mais pour un job aussi difficile, c'est celui qui a le plus d'atouts.Xavier Bertrandau "Journal du dimanche"

"Le premier plan pandémie, c'est Jean Castex qui est directeur de cabinet, à l'époque du virus H5N1, rappelle encore l'ancien ministre de la Santé, auprès de l'AFP. Le côté 'Je vous mets en place un plan qui ne fonctionne pas sur le terrain', ce n'est vraiment pas le genre de la maison Castex."

Il est surnommé "vice-Premier ministre"

Le délégué interministériel en charge des stratégies de déconfinement a établi ses quartiers rue de Ségur, à Paris, non loin de Matignon. Il dirige une équipe d'une dizaine de personnes dont des médecins, des économistes et des spécialistes de la logistique. A travers sa fonction, Jean Castex est en échange permanent avec l'ensemble des ministères, mais il dépend directement d'Edouard Philippe, qu'il voit presque tous les jours, selon les informations du Journal du dimanche

Une proximité qui ferait des jaloux au sein des ministères. "On l'appelle le vice-Premier ministre. Certains ministres en grincent des dents", glisse un conseil auprès de l'hebdomadaire. Les liens entre le haut fonctionnaire et Edouard Philippe ne datent en effet pas d'hier. Son nom avait été avancé pour succéder à Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur, en 2018, avant que Christophe Castaner ne soit finalement choisi.