Trois questions sur ces décharges sauvages qui empoisonnent la vie des élus locaux

La mort du maire de Signes a mis en lumière le problème des décharges sauvages. Un fléau auquel sont confrontées des centaines de communes. 

Une décharge illégale le long de la nationale 1 au nord de Paris. 
Une décharge illégale le long de la nationale 1 au nord de Paris.  (OLIVIER BOITET / MAXPPP)
#AlertePollution

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Le maire de Signes (Var) est mort, lundi 5 août, en tentant d'intervenir auprès de deux ouvriers qui étaient en train de déposer des déchets sur le bord d'une route. Cette disparition tragique a ravivé la problématique des décharges sauvages en France. "Mon père se battait pour l'environnement depuis des années, il avait justement un projet de nouvelle déchetterie ", explique son fils au Parisien. Après la disparition de l'édile, franceinfo revient sur le problème des décharges sauvages en France. 

Quelle est l'ampleur du phénomène ? 

Le problème des décharges illégales est récurent dans le Var, selon Valérie Gomez-Bassac, député LREM de la 6e circonscription du département. "Le plateau est devenu la poubelle de tout le Var et même au-delà", confie Jean-Pierre, un habitant du village de Signes, toujours au Parisien

Il n'existe toutefois pas d'état des lieux exhaustif de la situation des décharges sauvages à l'échelle nationale, comme l'explique dans une étude publiée en 2019 l'Agence de l'environnement et la maîtrise de l'écologie (Ademe). De son côté, l'association Stop décharges sauvages propose une cartographie des décharges à ciel ouvert en France sur son site. Ce sont les riverains qui signalent par mail un lieu identifié où se trouvent des déchets abandonnés dans la nature et envoient coordonnées précises et photos à l'appui. 

Capture d\'écran du site de l\'association \"Stop décharges sauvages\" qui répertorie sur le territoire français les lieux où se trouvent des décharges illégales. 
Capture d'écran du site de l'association "Stop décharges sauvages" qui répertorie sur le territoire français les lieux où se trouvent des décharges illégales.  (CAPTURE D'ÉCRAN)

Depuis le lancement de notre enquête participative #Alertepollution, nous avons reçus près de six cents signalements de cas de décharges sauvages partout en France. Elles se trouvent notamment à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), Saint-Maixent-sur-Vie (Vendée), Fontaine-Chaalis (Oise), Bonnétable (Sarthe), Limours-en-Hurepoix (Essonne), Vinça (Pyrénées-Orientales), Lyon (Rhône), Saint-Sauveur (Haute-Garonne), Bédarrides (Vaucluse) ou Beuvange-sous-Saint-Michel (Moselle)... 

Parmi les nombreux exemples, la décharge sauvage de Carrières-sous-Poissy (Yvelines) fait l'objet d'une mobilisation importante. Le département concentrerait en effet la plus grande plaine de déchets du pays, comme le rapportait France Bleu en 2018, avec 7 000 tonnes sur une trentaine d'hectares d'anciennes terres maraîchères. L'association Rives de Seine nature environnement (RSNE) avait porté plainte en avril 2018.

Quels sont les problèmes posés par les décharges sauvages ? 

Le problème de pollution pour l'environnement est évident. Cela peut aussi poser un problème de santé publique quand les déchets laissés en pleine nature sont des matériaux dangereux, comme l'amiante par exemple. Comme nous le rappelions dans notre enquête sur l'amiante déchargé en pleine nature, le caractère cancérigène de ce matériau a été établi dès 1950. "L'amiante est extrêmement volatil, il est très facile d'en inhaler si on reste au contact", explique ainsi Audrey Petiteau, ingénieure prévention des risques à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Elle donne comme exemple "des enfants qui auraient l'habitude de jouer à proximité d'un dépôt pollué."

L'autre problème est d'ordre financier. Déposer des déchets dans une déchetterie coûte cher aux entreprises... Ainsi l'une des déchetteries les plus proches de la décharge illégale d'Aix-en-Provence facture 133 euros hors taxe la tonne de plastique. Mais déposer des déchets dans la nature coûte de l'argent aux municipalités qui doivent les collecter, alors qu'elles n'ont pas toujours les moyens de nettoyer des zones parfois très étendues. 

Quelles sont les solutions mises en place ? 

La loi est claire : on risque 75 euros d'amende si l'on jette une simple poubelle, 1 500 euros en cas de dépôt depuis un véhicule. Concernant les déchets professionnels, cela peut atteindre 75 000 euros d'amende et une peine de 2 ans de prison.

Mais cela ne suffit pas à endiguer le problème. Certains élus ont élevé la voix pour dire leur détresse face à ces phénomènes et demander des moyens financiers. "Mais nom d'un chien, aidez-nous, aidez-nous, aidez-nous !", a réclamé au gouvernement Sylvine Thomassin, maire de Bondy, sur franceinfo, mercredi 7 août. Ces décharges existent "énormément dans la région PACA, donc dans le Var, mais aussi énormément sur l'ancienne RN3 qui va de Pantin à Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis", explique-t-elle. 

D'autres communes ont décidé de prendre les devants. A Carrières-sous-Poissy, une brigade de quatre agents de nettoyage et d'intervention est chargée depuis mars dernier de patrouiller dans les rues, comme l'expliquait Le Parisien. Par ailleurs les habitants peuvent signaler, via l'application de la ville, les incidents qu'ils constatent, et les dépôts sauvages en font partie.

Enfin, des initiatives citoyennes existent déjà pour organiser des opérations de nettoyage, comme celles recensées par la Fondation pour l'Homme.