Quand la science permet de résoudre les cold cases : "C'est une partie d'échecs, et c'est le plus malin qui gagne"

Plus d'un an après la création d'un pôle spécialisé dans les cold cases à Nanterre, et alors que des centaines d'affaires criminelles restent non élucidées, les progrès scientifiques et techniques apparaissent comme des espoirs pour résoudre certaines enquêtes anciennes.
Article rédigé par franceinfo, David Di Giacomo
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Un scellé judiciaire. (photo d'illustration) (MARTIN BUREAU / AFP)

En France, des centaines d'affaires criminelles restent non élucidées. On les appelle "cold cases" et depuis mars 2022, un pôle spécialisé à Nanterre est en charge de ces dossiers. Pendant longtemps, il a été complexe de faire parler les preuves des années après les faits, et il fallait espérer un miracle pour résoudre certains crimes. Désormais, les avancées scientifiques et techniques permettent de plus en plus souvent de faire avancer les enquêtes

Avec ses laboratoires, l'institut de recherche criminelle de Pontoise joue par exemple un rôle important, comme le détail son patron, le général Gilles Martin : "La reine des preuves c'est la science, ce n'est plus l'aveu comme au temps du commissaire Maigret. Auparavant il nous fallait une tache de sang de la taille d'une pièce de deux euros pour extraire de l'ADN. Désormais il nous suffit d'une tâche de la taille d'une tête d'épingle voire d'un seul noyau de cellule. C'est vous dire les progrès qui ont été faits !"

Identifier les proches d'un suspect

Ces progrès immenses ont permis notamment de résoudre l'affaire Elodie Kulik, une jeune femme assassinée dans la Somme en 2002. La recherche en ADN de parentèle a véritablement changé la donne, comme en témoigne son père, Jacky Kulik : "L'enquête a été longue. Dès le départ, on savait qu'on aboutirait certainement à quelque chose compte tenu du fait qu'on avait un ADN nucléaire. Pour Elodie, c'est la première fois que la technique d'ADN de parentèle a été utilisée. Sans cet éclair de génie, l'ADN serait resté muet pendant des années."

Un éclair de génie que l'on doit à Emmanuel Pham Hoia, colonel de gendarmerie et expert en génétique : "Sur un plan scientifique, je m'aperçois qu'il y a toujours ce profil génétique qui a été retrouvé sur la scène de crime et laisse supposer que c'est celui du violeur d'Elodie Kulik. Là, je me dis qu'il faut chercher des correspondances à seulement 50% : c’est-à-dire tenter de retrouver le père, la mère ou les enfants du suspect, s'ils sont fichés."

Cette recherche en parentèle tient ses promesses : le père du suspect est identifié, permettant ensuite aux enquêteurs de remonter jusqu'aux auteurs du crime. 

Des portraits-robots très précis grâce à la génétique

Autre progrès de la science : les portraits-robots génétiques. L'ADN permet désormais d'en réaliser de beaucoup plus précis et la technique est autorisée par la justice depuis 2014. Une méthode très utile aux enquêteurs de l’office central de répression des violences aux personnes (OCRVP), qui travaillent sur les dossiers non élucidés. Son patron, le commissaire divisionnaire Franck Dannerolle explique : "Le portrait-robot c'est l'un des plus vieux outils utilisés par la police judiciaire. Cet outil, en 2023 il est utilisé différemment. On emploie désormais des éléments codant de l'ADN qui sont trouvés sur une trace de la scène de crime pour réussir à en sortir des éléments caractéristiques de la morphologie : la couleur des yeux, de la peau, des cheveux... C'est un outil qui va permettre d'orienter les enquêteurs."

La science comportementale vient aussi aux secours des enquêtes et des cold cases. Pendant des semaines, des analystes du comportement préparent le déroulé de la garde à vue. Ensuite, derrière leur écran, ils observent le suspect et guident les enquêteurs dans leurs questions. La technique a par exemple été utilisée la semaine dernière dans l'affaire de la disparition de Karine Esquivillon. Michel Pialle, son mari, a fini par dire où se trouvait le corps.

Une partie d'échecs

Il y a quatre ans, une profileuse faisait face au tueur en série Jacques Rançon et ses aveux ont permis de résoudre un cold case vieux d'une trentaine d'années. Marie-Laure Brunel-Dupin est aujourd'hui chef de la division des affaires non élucidées de la gendarmerie : "C'est littéralement une partie d'échecs. Et c'est le plus malin qui gagne. Ce n'est pas forcément celui qui connaît le mieux les règles, et ce n'est pas le plus fort qui remporte la partie. C'est très satisfaisant quand une équipe réussit à faire parler un tueur en série et à lui faire avouer un fait. Mais on ne fait pas une fête parce qu'il a avoué, on pense à la victime et à sa famille."

D'autres techniques existent : l'analyse des traces de sang sur une scène de crime ou encore la médecine légale. Elles sont à découvrir dans le podcast de franceinfo "cold case, la science face au crime".

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