EDITO. Sciences Po, un "incident dérisoire", la dessinatrice Coco qui "mérite la haine"... LFI et les apprentis sorciers

Jean-Luc Mélenchon a qualifié d'"incident dérisoire" une mobilisation pro-palestinienne à Sciences-Po Paris lors de laquelle une étudiante de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) a été empêchée d'accéder à un amphithéâtre. Le même jour, Sophia Chikirou a interpellé la dessinatrice Coco pour un dessins sur le ramadan à Gaza.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
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L'entrée de Sciences Po Paris, le 13 mars 2024. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Mercredi 13 mars, Emmanuel Macron a pris la parole en conseil des ministres pour s’indigner de l'incident survenu la veille à Sciences Po Paris. Il a dénoncé les propos "inqualifiables et intolérables" tenus lors de l’occupation d’un amphithéâtre de l’école par des manifestants pro-palestiniens.

Une centaine d’étudiants ont empêché la tenue d’un cours magistral. Et ils ont refoulé une étudiante au motif qu’elle était membre de l’Union des étudiants Juifs de France. "Ne la laissez pas entrer, c’est une sioniste !", ont hurlé les militants bloqueurs. Des propos réfutés par certains participants. La direction de l’école s’est saisie de l’affaire, Gabriel Attal et la ministre de l’Enseignement supérieur Sylvie Retailleau se sont rendus sur place pour dénoncer une "incitation à la haine", et le gouvernement va faire un signalement au procureur. Des réactions disproportionnées aux yeux de Jean-Luc Mélenchon, qui ne voit là qu’un "incident dérisoire".

Mettre Gaza au cœur de la campagne européenne

Au-delà des faits eux-mêmes, contestés par certains étudiants présents, Jean-Luc Mélenchon accumule d"epuis un bon moment les déclarations ambiguës sur l’antisémitisme. Il a boycotté la grande marche républicaine contre l'antisémitisme du 12 novembre. À ses yeux, les islamistes du Hamas ne sont pas des "terroristes" et ils n’ont pas commis de "pogrom" le 7 octobre. Et puis, plus les Insoumis affichent leur solidarité avec les civils tués par l’armée israélienne à Gaza, plus ils veulent mettre ce sujet au cœur de leur campagne européenne. Ils espèrent progresser au sein de l’électorat musulman qu’ils courtisent de longue date. D’où la présence sur leur liste de Rima Hassan, une militante pro-palestinienne qui accuse Israël d’être un "État d’apartheid", une "entité coloniale", qui veut procéder à un "génocide" des Palestiniens.

Une autre élue insoumise a suscité la polémique mercredi. La députée Sophia Chikirou, pour les mêmes raisons électoralistes, s'est fâchée d’un dessin publié dans Libération, ironisant sur le ramadan en période de famine à Gaza. Cette proche de Jean-Luc Mélenchon a posté sur X à l’intention de la dessinatrice Coco : "Vous n’aurez pas ma haine mais vous la méritez." Cette phrase est calquée précisément sur la formule adressée aux terroristes par certaines familles de victimes des attentats de 2015. L’infliger à Coco, elle-même rescapée de l’attentat de Charlie Hebdo, témoigne, disons, d’une certaine élégance. L'effet de son post a été immédiat : Coco croule sous les menaces de mort.

L’agression de femmes juives attaquées par des militants pro-palestiniens dans le cortège du 8 mars lors de la Journée internationale des droits des femmes a récemment illustré le même type d’instrumentalisation. Pour certains apprentis sorciers, la situation dramatique à Gaza est un prétexte tout trouvé pour tenter de justifier l’injustifiable.

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