"Vendredi soir, vous avez volé l'amour de ma vie, mais vous n'aurez pas ma haine", le livre d'Antoine Leiris, adapté au théâtre

Deux ans après les attentats du 13-Novembre en Ile-de-France, le livre "Vous n'aurez pas ma haine", d'Antoine Leiris qui a perdu sa femme au Bataclan est adapté au théâtre.

Le comédién Raphäel Personnaz interprète le texte d\'Antoine Leiris tiré de son livre Vous n\'aurez pas ma haine.
Le comédién Raphäel Personnaz interprète le texte d'Antoine Leiris tiré de son livre Vous n'aurez pas ma haine. (VINCENT BERANGER)

Il y a deux ans, le journaliste Antoine Leiris perdait sa femme dans l’attentat du Bataclan à Paris. Dans les jours qui ont suivi, il avait posté sur Facebook une lettre dans laquelle il déclarait aux terroristes Vous n’aurez pas ma haine. Un livre a suivi, aujourd’hui adapté au théâtre. C’est Raphaël Personnaz qui porte les mots d’Antoine Leiris. Les premières représentations ont eu lieu cette semaine au Théâtre Le Liberté à Toulon.

Les mots d'Antoine Leiris

Le spectacle s’ouvre avec les mots d’Antoine Leiris qui s’inscrivent en lettres blanches sur le rideau noir du fond de scène. Les mots de cette lettre postée sur Facebook trois jours après la mort de sa femme Hélène. "Vendredi soir, vous avez volé la vie d'un être d'exception, l'amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n'aurez pas ma haine", lance Raphael Personnaz sur la scène de théâtre, habillé tout en noir. "Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir. Vous êtes des âmes mortes", lâche-t-il.

Il poursuit son discours adressé aux terroristes du Bataclan. Les mots d'Antoine Leiris, qui après avoir perdu sa femme dans l'attentat du Bataclan le 13 novembre 2015 fait le choix de na pas laisser la haine triompher : "Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément vous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur, alors non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr".

Le livre "Vous n'aurez pas ma haine", interprété au théâtre : reportage d'Anne Chépeau
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Le combat pour la vie

Pendant 1h20, dans une adaptation très fidèle, Raphaël Personnaz porte avec justesse et intensité ce récit en forme de journal. Des mots accompagnés de larmes ou de sourires, ceux d’un homme dévasté par la douleur mais qui se bat pour son fils de 17 mois, pour que la vie l’emporte. "Il ne s'agit pas pour moi d'interpréter Antoine Leiris, c'est juste dire ces mots qui véhiculent des sentiments forts et aussi beaucoup de beauté, une forme de poésie, et elle nous fait énormément de bien", explique Raphaël Personnaz.

Tous les soirs, je redécouvre le texte, et il y a des passages qui m'apparaissent magnifiquesRaphaël Personnazfranceinfo

Dire ces mots sur scène est le résultat d’un long travail. Raphaël Personnaz avoue qu'au départ, il s’est senti écrasé par le texte, tellement l’émotion était forte. Une émotion qui l’a envahi de nouveau il y a quelques jours.

"J'ai eu une forme de culpabilité à jouer ce texte. Quand je l'ai joué pour la première fois devant des gens, j'ai ressenti une culpabilité à prendre du plaisir avec ces mots", confie le comédien. Mais il prend du recul et change son regard le lendemain.

Je me suis dit : il faut absolument prendre du plaisir avec ces mots, parce que c'est mon métier et c'est aussi ma façon de résisterRaphaël Personnazfranceinfo

Il considère que c'est sa "seule manière d'agir". Sur scène, Raphaël Personnaz est accompagné par une pianiste. Placée derrière un rideau, elle apporte des respirations, de courtes ruptures musicales. Le public retient son souffle jusqu’à la fin, ému mais pas seulement.

"C'est plein d'espoir, c'est beau, il n'y a pas de haine, l'amour transparaît vraiment", dit une spectatrice à la sortie de la pièce. Une autre s'interroge : "C'est une très belle histoire d'amour, je ne sais pas si j'aurais eu le même courage, je ne sais pas si moi, je n'aurais pas de la haine justement". S’il libère les émotions, ce spectacle est aussi source de réflexion. Vous n’aurez pas ma haine à voir à Paris au théâtre du Rond-Point à partir de mardi et jusqu’au 10 décembre, puis du 12 mars au 14 avril au théâtre de l’Œuvre.