Remaniement : "Plus une équipe de fin de règne que de début de quinquennat", à peine nommé, le nouveau gouvernement sous le feu des critiques

Les oppositions de gauche comme de droite s'attaquent à la composition du nouveau gouvernement annoncée lundi 4 juillet. Elisabeth Borne refuse de se soumettre à un vote de confiance devant l'Assemblée nationale.

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Elisabeth Borne et Emmanuel Macron, à l'Elysée, le 4 juillet 2022. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL)

"La macronie au point mort", "fin de règne", "Titanic"... À gauche comme à droite, les réactions fusent après l'annonce du casting du gouvernement Borne II, lundi 4 juillet. Un gouvernement qui compte 42 ministres et secrétaires d'Etat, dans lequel la parité est respectée, mais où les nominations sont déséquilibrées. Sur 16 ministres de plein exercice, il n'y a que cinq femmes. Quatre des cinq ministères régaliens sont occupés par des hommes. Un déséquilibre qui fait dire à la numéro 2 du Parti socialiste, Corinne Narassiguin, que la première ministre "sert à à cacher la relégation des femmes aux postes de Secrétaires d’Etat".

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"Minorité présidentielle"

Ce remaniement a, pour certains, un air de déjà vu. "Rien de nouveau sous le ciel gris du gouvernement (...) La macronie au point mort", ironise la députée insoumise Clémentine Autain sur Twitter.

A l'image de l'élue de Seine-Saint-Denis, les autres cadres de La France insoumise ne mâchent pas leurs mots. "Il y a manifestement peu de volontaires pour grimper à bord du Titanic", commente Manuel Bompard, le numéro 2 du parti, au sujet du retour d'anciens ministres au gouvernement.

De l'autre côté de l'hémicycle, le député Les Républicains du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger dénonce sur franceinfo "un gouvernement de macronistes, par les macronistes, pour les macronistes". Son collègue Pierre-Henri Dumont évoque, lui, "un gouvernement qui ressemble plus à une fin de règne qu'à un début de quinquennat". Même ressenti chez le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte, sur franceinfo : "C'est un gouvernement d'ouverture vers ce qu'on pourrait considérer comme la minorité présidentielle. C'est du macrono-macroniste."

"Les mots 'Borne' et 'confiance' se marient très mal"

Autre point de frustration apparu : la Première ministre ne sollicitera pas la confiance des parlementaires, mercredi, lors de sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale, puis au Sénat. Le nouveau porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, l'a confirmé, lundi 4 juillet à l'issue du premier conseil des ministres de la nouvelle équipe. Si cette décision ne surprend pas les oppositions, elle les fait tout de même réagir. La France insoumise a aussitôt annoncé qu'elle déposera, dès mercredi, une motion de censure contre le nouveau gouvernement. La députée insoumise Aurélie Trouvé regrette ainsi sur franceinfo "la mise en place d'un gouvernement illégitime, qui n'a pas la confiance de l'Assemblée nationale et des députés." L'élue craint "des difficultés pour le travail législatif".

Même esprit pour le porte-parole du Rassemblement national, Laurent Jacobelli, qui se dit peu surpris par cette tradition républicaine non-respectée : "On ne demande pas ce que l'on est sûr de ne pas obtenir ! Je crois que les mots 'Borne' et 'confiance' se marient très mal." Le député de Moselle estime que "le président de la République et sa Première ministre s'enferment, s'isolent, se coupent de la réalité et des Français." En revanche, les cadres du Rassemblement national ont déjà expliqué qu'ils ne voteraient pas la motion de censure que déposera la France insoumise.

Le climat, plus une urgence ?

Le ministère de la Transition écologique, attribué à Christophe Béchu, est rétrogradé de la cinquième à la dixième place de l'ordre protocolaire. Le profil du nouveau ministre ne fait pas l'unanimité.

Comme sénateur Les Républicains, il avait voté contre l'interdiction des néonicotinoïdes en 2016. "On ne peut pas dire que les enjeux de l’urgence écologique ont inspiré en quoi que ce soit cette nomination", commente l'ancienne ministre de l'Environnement et actuelle députée écologiste Delphine Batho.

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Plus acerbe encore : des opposants de l'ancien maire d'Angers devenu ministre. Elu d'opposition sur la liste Angers écologique et solidaire, Yves Aurégan dit avoir "rit jaune" : "L'écologie et lui, ce sont deux mondes séparés. Il y a encore quatre ans, il se moquait des écologistes", analyse le chercheur au CNRS. Pour lui, Christophe Béchu n'a "aucune conviction écologiste", mais s'est "converti parce qu'il a senti le vent tourner", déplorant cette "nomination comme une mauvaise nouvelle pour l'écologie."

Les Outre-mer intégrés au ministère de l'Intérieur

La suppression du ministère des Outre-mer suscite des réactions de toutes parts. Il passe sous le giron du ministère de l'Intérieur, toujours piloté par Gérald Darmanin, avec un linistré délégué, Jean-François Carenco. "Comment ne pas voir le mépris, l’outrage, la référence coloniale ?" s'interroge la députée communiste Elsa Faucillon sur Twitter. Marine Le Pen dénonce "une décision lourde de sens" qui "sera évidemment très mal ressentie en outre-mer". Pour la patronne du Rassemblement national, ce changement est "sûrement pour punir nos compatriotes ultramarins d'avoir 'mal voté'".

Un ministre de la Santé pas "raisonnable"

C'est l'un des postes les plus importants avec la septième vague de Covid et la crise des urgences, le ministère de la Santé revient à François Braun. Médecin urgentiste et président de Samu-Urgences de France depuis 2014, il a dirigé la "mission flash" sur les "soins non-programmés" commandée par Emmanuel Macron. "Cette nomination est une véritable provocation", réagit Christophe Prudhomme, urgentiste et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). "Monsieur Braun n'est pas selon nous quelqu'un de responsable, de raisonnable", ajoute le médecin. Il prédit "une révolte dans le monde de la santé et dans la population".

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Départ de Damien Abad : "un signal important envoyé aux femmes"

La seule décision saluée par les oppositions, c'est le départ de Damien Abad du ministère des Solidarités. Le maintien du député LR au gouvernement devenait impossible après les multiples accusations de viols et de tentatives de viols. "C'est un signal fort envoyé aux femmes", se "réjouit" la députée Nupes Sandrine Rousseau sur franceinfo. La cheffe de file des Insoumis à l'Assemblé nationale, Mathilde Panot se félicite de la fin d'une "aberration". Pour elle, Damien Abad "n'aurait jamais dû être nommé" au gouvernement.

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