Ferrand, Rugy, Benalla... Ces affaires qui ont déjà entaché le quinquennat d'Emmanuel Macron

La mise en examen du président de l'Assemblée nationale s'ajoute aux dossiers qui empoisonnent le mandat d'Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron, le 22 juillet 2019, à l\'Elysée.
Emmanuel Macron, le 22 juillet 2019, à l'Elysée. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, mis en examen pour "prise illégale d'intérêts" dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 septembre, est un proche parmi les proches d'Emmanuel Macron. Le dossier des Mutuelles de Bretagne qui le met en difficulté n'est pas la première épine dans le pied de l'Elysée. Ce quinquennat, comme les précédents, n'échappe pas aux affaires, plus ou moins lourdes et complexes, qui ternissent la vie politique française. Voici cinq dossiers, classés ou non, qui ont déjà marqué le mandat du chef de l'Etat.

L'affaire des Mutuelles de Bretagne

C'est quoi ? Richard Ferrand a été mis en examen pour "prise illégale d'intérêts". L'enquête porte sur l'affaire dite des Mutuelles de Bretagne, qui avait conduit ce fidèle de la première heure d'Emmanuel Macron à quitter le gouvernement, dès juin 2017. A peine nommé ministre de la Cohésion des territoires, il avait été épinglé par Le Canard enchaîné. En 2011, les Mutuelles de Bretagne, que Richard Ferrand dirigeait alors, avaient décidé de louer des locaux commerciaux appartenant à la société de sa compagne.

Le procureur de Brest avait ouvert une enquête préliminaire en juin 2017, qu'il avait classée sans suite en octobre, invoquant la prescription sur le délit de "prise illégale d'intérêts" et estimant que les infractions d'abus de confiance et d'escroquerie n'étaient "pas constituées". L'association anti-corruption Anticor avait alors déposé une seconde plainte avec constitution de partie civile, ce qui a déclenché l'ouverture d'une information judiciaire et à sa mise en examen.

Pourquoi c'est marquant ? Jamais un président de l'Assemblée nationale n'avait été mis en examen. Légalement, il reste présumé innocent et a le droit de rester au perchoir. Est-ce tenable ? La majorité fait bloc autour d'un Richard Ferrand "déterminé à poursuivre [sa] mission" à la tête de l'Assemblée. Et il peut compter sur le soutien d'Emmanuel MacronMais dans l'opposition, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, et le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, appelle à sa démission. La porte-parole des Républicains, Lydia Guirous, juge sa position "très difficilement tenable sur le court terme".

Les soupçons d'emplois fictifs au MoDem

C'est quoi ? Les anciennes eurodéputées Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez, ainsi que le président du MoDem François Bayrou, sont soupçonnés d'avoir organisé ou bénéficié d'un système d'emplois fictifs d'assistants au Parlement européen. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire en mars 2017, visant une vingtaine d'eurodéputés de tous bords, puis une autre visant le MoDem. Une information judiciaire contre X, confiée à des juges d'instruction parisiens, a aussi été ouverte en juillet 2017 pour "abus de confiance, recel d'abus de confiance et escroqueries".

L'affaire a connu un rebondissement quand Emmanuel Macron a choisi Sylvie Goulard comme nouvelle commissaire européenne française. Le jour même, elle était entendue par les policiers. François Bayrou et Marielle de Sarnez ont été entendus mercredi 11 septembre (comme Richard Ferrand dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne) par la police judiciaire.

Pourquoi c'est marquant ? A peine un mois après leur nomination dans le premier gouvernement d'Edouard Philippe, Sylvie Goulard, Marielle de Sarnez et François Bayrou ont dû démissionner. Il faut dire que l'un de premiers chantiers de l'exécutif portait sur la "moralisation de la vie publique" et devait être porté par François Bayrou, tout juste nommé ministre de la Justice.

L'affaire François de Rugy

C'est quoi ? Cette affaire-là est plus récente, avant l'affaire Ferrand. Point de départ du scandale : le 10 juillet 2019, Mediapart révèle que François de Rugy, lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale (juste avant Richard Ferrand), a organisé plusieurs dîners luxueux à l'hôtel de Lassay. La question du caractère professionnel de ces dîners payés avec de l'argent public se pose. Par ailleurs, le site d'investigation révèle aussi que des travaux d'un coût de 63 000 euros ont été effectués dans le logement de fonction de François de Rugy au ministère de la Transition écologique, à la fin 2018 et au début 2019. Après des enquêtes internes qui l'ont en partie exonéré, François de Rugy se considère désormais comme "blanchi de toutes les accusations" et accuse Mediapart ainsi que des anciens collègues d'Europe Ecologie-Les Verts d'avoir voulu le démolir. 

Pourquoi c'est marquant ? Aucune mise en examen n'a été prononcée dans cette affaire, réglée en interne. Mais les révélations de presse ont tout de même contraint François de Rugy à démissionner du ministère de la Transition écologique. Et les règles vont changer. Edouard Philippe a édicté une circulaire qui impose aux ministres d'obtenir l’accord préalable de Matignon pour faire des travaux supérieurs à 20 000 euros dans leur logement de fonction. Quant à l'Assemblée, elle réfléchit à un moyen d'encadrer les dépenses de son président.

L'affaire Kohler

C'est quoi ? Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée, s'est trouvé en difficulté en 2018. Une enquête a été ouverte le 4 juin de cette même année, après des révélations sur un potentiel conflit d'intérêts entre ses anciennes fonctions à Bercy et ses liens familiaux avec l'armateur MSC. Ce dernier, gros client de l'entreprise STX France, gère les chantiers navals de Saint-Nazaire, dossier souvent abordé au ministère de l'Economie. 

Une première plainte pour "prise illégale d'intérêt" et "trafic d'influence" avait été déposée par l'association anti-corruption Anticor. Cette dernière avait ensuite déposé deux autres plaintes, en août 2018, à la suite de nouvelles révélations de Mediapart, puis en mars 2019, notamment pour "faux et usage de faux" et "omission substantielle de ses intérêts".

Après un an d'enquête, le parquet national financier a classé sans suite cette affaire, en août 2019. Anticor a annoncé, par la voix de son avocat, se constituer partie civile et demander la nomination d'un juge d'instruction. Selon lui, cette décision "démontre un climat de reprise en main de la justice par le politique".

Pourquoi c'est marquant ? Difficile de remonter plus haut au sommet de l'Etat. Secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler est le plus proche collaborateur d'Emmanuel Macron. "Si les faits sont avérés (...), l'affaire est plus grave que celle d'Alexandre Benalla"avait estimé sur franceinfo Jean Garrigues, professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et à Sciences Po, même s'ils sont "antérieurs à ses responsabilités à l'Elysée".

Les affaires Benalla

C'est quoi ? Depuis juillet 2018, le feuilleton Alexandre Benalla, avec ses multiples rebondissements, n'en finit pas d'empoisonner l'exécutif. Le dossier débute avec les manifestations du 1er-Mai, pendant lesquelles Alexandre Benalla, chargé de mission à l'Elysée, a été filmé équipé de matériel de CRS en train de frapper des manifestants. Cinq personnes sont mises en examen dans ce volet de l'affaire : Alexandre Benalla, Vincent Crase, un autre collaborateur de l'Elysée et trois policiers.

Il y a ensuite une affaire dans l'affaire : on apprend en décembre 2018 qu'Alexandre Benalla a utilisé des passeports diplomatiques pour voyager, après son licenciement par l'Elysée. L'intéressé est mis en examen pour "usage abusif" de ces documents. En janvier 2019, Mediapart publie des extraits de l'enregistrement d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, alors qu'ils ont l'interdiction de se rencontrer. On y entend Benalla se vanter d'avoir reçu le soutien d'Emmanuel Macron. S'ajoute un "contrat de sécurité russe", dans lequel Alexandre Benalla aurait agi en intermédiaire alors qu'il était salarié de l'Elysée.

Pourquoi c'est marquant ? Cette affaire tentaculaire a déjà provoqué l'ouverture de sept procédures judiciaires. Les noms de proches du couple Macron sont cités, des hauts responsables de l'Elysée ont été entendus, la cheffe de la sécurité du Premier ministre a démissionné, des perquisitions ont eu lieu dans les locaux de Mediapart et des journalistes du Monde sont convoqués par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI)... La commission d'enquête sénatoriale a par ailleurs pointé des "dysfonctionnements majeurs" au sommet de l'Etat. C'est à ce jour l'affaire la plus explosive pour Emmanuel Macron et le gouvernement.