On vous explique les plaintes qui visent le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler et ses liens avec l'armateur MSC

Mediapart a révélé lundi que le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, avait approuvé, comme haut fonctionnaire, des contrats concernant l'armateur MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère.

Alexis Kohler arrive à l\'Elysée, le 5 juin 2018.
Alexis Kohler arrive à l'Elysée, le 5 juin 2018. (PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)

Les révélations s'enchaînent et mettent de plus en plus Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée, en difficulté. Anticor a déposé une plainte complémentaire pour "prise illégale d'intérêts", "trafic d'influence" et "corruption passive" à son encontre, mercredi 8 août. Une première plainte avait été déposée par l'association anticorruption au mois de mai auprès du parquet national financier. Une enquête judiciaire avait été confiée à la Brigade de répression de la délinquance économique. Franceinfo vous explique les ressorts de cette affaire.

Qui est Alexis Kohler ? 

Âgé de 46 ans, ce haut fonctionnaire a été directeur adjoint du cabinet de Pierre Moscovici (2012-2014) puis directeur de cabinet d'Emmanuel Macron (2014-2016) à Bercy. Depuis l'élection de ce dernier, il est devenu secrétaire général de l'Elysée, le membre le plus haut placé du cabinet du président de la République. 

Quels sont ses liens avec MSC ? 

Le groupe italo-suisse MSC, l'un des plus importants armateurs de porte-conteneurs du monde, a été fondé et est dirigé par la famille Aponte, des cousins de la mère d'Alexis Kohler. 

Après son passage dans les cabinets ministériels, Alexis Kohler a rejoint la filiale MSC Croisières comme directeur financier. Tout en occupant ces hautes fonctions chez l'armateur, il est devenu un membre actif de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron.

Pourquoi est-il soupçonné de conflit d'intérêts ? 

Il a siégé au conseil d'administration des chantiers de Saint-Nazaire. Dans sa première plainte pour "prise illégale d'intérêts" et "trafic d'influence", déposée en mai, Anticor reprochait à Alexis Kohler d'avoir siégé comme représentant de l'Etat au conseil d'administration de STX France, les chantiers navals de Saint-Nazaire, entre 2010 et 2012, alors qu'il "ne pouvait ignorer qu'il existait un conflit d'intérêts"De loin le plus grand pourvoyeur de commandes de ces chantiers, MSC a joué un rôle essentiel dans les discussions sur leur avenir menées avec l'Etat français.

Selon Anticor, même après son départ du conseil d'administration de STX, Alexis Kohler est resté en situation de conflit d'intérêts, en raison de ses postes à Bercy, alors que l’avenir des chantiers de Saint-Nazaire y faisait l’objet de nombreuses réunions.

Il a siégé au conseil d'administration du Grand Port maritime du Havre. Anticor a déposé une plainte complémentaire, mercredi 8 août, pour "prise illégale d’intérêts". Elle concerne cette fois le Grand Port maritime du Havre (GPMH), ) où Alexis Kohler a siégé de 2010 à 2012 comme représentant de l'Etat aux côtés du maire du Havre, l'actuel Premier ministre Edouard Philippe. Des procès-verbaux de 2010 et 2011 du conseil de surveillance du GPMH, publiés par Mediapart et consultés par franceinfo, révèlent ainsi qu'Alexis Kohler a pris la parole et voté en faveur de contrats entre le GPMH et Terminal Normandie MSC (TNMSC), filiale française de l'armateur italo-suisse et acteur majeur de l'extension considérable du port alors engagée. 

Anticor souligne notamment que, le 30 septembre 2011, Alexis Kohler a voté, "contre l'avis du commissaire du gouvernement", en faveur de l'extension de la présence de TNMSC dans le nouveau terminal "Port 2000". 

"À défaut de preuve contraire, et notamment de la communication de sa déclaration d'intérêts", le lien familial entre Alexis Kohler et les dirigeants de MSC "a toujours été dissimulé (...) jusqu'à sa révélation par le journal Mediapart", estiment les avocats d'Anticor, Jean-Baptiste Soufron et Patrick Rizzo.

Il a occupé un poste à responsabilités chez MSC après son passage à Bercy. Dans sa première plainte, Anticor rappelait aussi qu'Alexis Kohler a voulu à deux reprises rejoindre MSC après ses postes à Bercy. La première fois, en avril 2014, la commission de déontologie, l'instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, s'était opposée à sa demande. Mais en août 2016, Alexis Kohler avait finalement obtenu le feu vert de la commission et rejoint MSC Croisières comme directeur financier. Le parquet national financier enquête notamment sur les conditions dans lesquelles cette autorisation a été donnée.

Sur cette période, Anticor soupçonne Alexis Kohler d'être intervenu comme cadre de MSC dans une réunion à Bercy en mars 2017 sur la reprise de STX France, alors menacé de faillite. MSC voulait alors entrer dans le capital du groupe, mais l'opération avait échoué. 

Quelles ont été les réactions ? 

Interrogé en mai dernier par Mediapart, le numéro deux de l'Elysée a affirmé s'être "toujours déporté" quand il a eu à connaître comme haut fonctionnaire des dossiers concernant MSC. L'Elysée n'a souhaité faire "aucun commentaire" compte tenu de l'enquête en cours. En juin, aux lendemains de la révélation de l'enquête du parquet national financier, Emmanuel Macron avait loué la "probité exemplaire" de son secrétaire général.

"Si les faits sont avérés pour Alexis Kohler (...), l'affaire est plus grave que celle d'Alexandre Benalla", a estimé jeudi 9 août sur franceinfo Jean Garrigues, professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et à Sciences Po.