Conflit d'intérêts : Alexis Kohler a approuvé des contrats entre MSC et le port du Havre sans signaler ses liens familiaux

Des procès-verbaux de séances montrent qu'Alexis Kohler a pris part aux débats et a voté des décisions favorables à l'armateur.

Un porte-conteneurs de MSC entre dans le port du Havre, le 16 juillet 2009.
Un porte-conteneurs de MSC entre dans le port du Havre, le 16 juillet 2009. (MYCHELE DANIAU / AFP)

Le secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler a approuvé en 2010 et 2011 des contrats concernant l’armateur italo-suisse MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère, a appris mercredi 8 août franceinfo, qui s’est procuré les procès-verbaux du conseil du Grand port maritime du Havre (GPMH) confirmant l’information révélée par Mediapart lundi. À l'époque, Alexis Kohler était membre du conseil de surveillance et n'avait pas signalé ses liens familiaux avec MSC.

Pour sa défense, Alexis Kohler a assuré s’être "toujours déporté" dès que des discussions portaient sur MSC. Or les procès-verbaux de séances montrent qu'au Havre, il a pris part aux débats et a voté des décisions favorables à l'armateur.

Un vote en faveur d'un projet de chantier à 140 millions d'euros

Alexis Kohler était présent lors de trois séances du conseil de surveillance du Grand port maritime du Havre en tant que représentant de l'Agence des participations de l'État. Il siégeait au côté d'Édouard Philippe, alors maire du Havre, les 4 juin et 24 septembre 2010, et le 30 septembre 2011. Une période importante après la grande réforme portuaire. Le port était alors en pleine réorganisation et offrait de belles opportunités aux acteurs privés.

Le conseil de surveillance s'est prononcé à plusieurs reprises sur des dossiers qui concernent MSC et sa filiale à 50% Terminal Normandie MSC (TNMSC). Ainsi, le 4 juin 2010, Alexis Kohler vote en faveur d'un projet de chantier du port normand, évalué à 140 millions d'euros. Le 24 septembre 2010, le port envisage de racheter plus tôt que prévu des équipements et outillages appartenant notamment à TNMSC pour faciliter un déménagement vers de nouvelles installations. Malgré des réserves, Alexis Kohler participe à la discussion. Il soutient et vote en faveur de cette proposition.

Aucune mention des liens familiaux lors des débats

Un an après, le 30 septembre 2011, il est justement question du déménagement lui-même et TNMSC va obtenir une place de choix dans le tout nouveau Port 2000. Là encore, Alexis Kohler, malgré de nouvelles réserves, plaide en faveur de la décision, qu'il "vote en tant que représentant de l'État", peut-on lire sur le procès-verbal et le conseil de surveillance adopte ce jour-là l'extension de la présence de TNMSC dans le nouveau terminal Port 2000.

Jamais, au cours de ces débats, Alexis Kohler n'a fait mention de ses liens familiaux avec les fondateurs du groupe MSC. Les autres membres du conseil l'apprendront plusieurs années après, dans la presse.

L'Élysée renouvelle sa confiance à Alexis Kohler

Une plainte complémentaire a été déposée par Anticor mercredi pour "prise illégale d’intérêt" contre Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Élysée. La réaction de l'Élysée est attendue et laconique : "Une instruction est en cours, pas de commentaire", même si Emmanuel Macron s’était ensuite confié à des journalistes pour renouveler sa confiance à Alexis Kohler et souligner "sa probité exemplaire".

Il est déjà visé par une enquête depuis mai dernier sur des soupçons de collusion dans le cadre de la reprise de STX France.