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Affaire Benalla : nos réponses aux six questions les plus posées pour éclaircir ce dossier

Avec l'afflux d'informations autour de l'affaire Benalla, pas facile de tout saisir. Le chef du service politique de franceinfo, Jean-Jérôme Bertolus, répond aux principales questions posées par les internautes.

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Édité par Jérôme Collin - franceinfo
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Alexandre Benalla à côté du bus de l'équipe de France de football à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, le 16 juillet 2018.  (THOMAS SAMSON / AFP)

Plus d'une semaine après les révélations de l'affaire Benalla mercredi 18 juillet, l'enquête ne fait que débuter et de nombreuses zones d'ombre demeurent. Conséquences politiques pour Emmanuel Macron et sa majorité, interrogations autour de l'organisation de la sécurité du président de la République, attitude de l'opposition politique, rôle de l'enquête parlementaire : le chef du service politique de franceinfo, Jean-Jérôme Bertolus, répond, vendredi 27 juillet, aux multiples questions posées par les internautes.

Quel est le parcours d'Alexandre Benalla jusqu'à l'Élysée ?

Avant d'arriver à l'Élysée, Alexandre Benalla a d'abord suivi des études de droit. Il s'est ensuite lancé dans la vie professionnelle. "Il a commencé au PS où il a été d’abord affecté à la sécurité de la maire de Lille Martine Aubry entre 2008 à 2012, puis au service d’ordre pendant la campagne de François Hollande en 2012. C’est l’ex-chef du service d’ordre du Parti socialiste, Eric Plumer, qui l’a formé aux questions de sécurité. En mars 2016, il avait tenté de lancer, sans succès, une entreprise de sécurité privée, avec Vincent Crase, également identifié dans la vidéo du 1er-Mai et mis en examen", explique Jean-Jérôme Bertolus. 

La trajectoire d'Alexandre Benalla a ensuite connu une ascension aux côtés d'Emmanuel Macron. "Après la démission d’Emmanuel Macron du gouvernement, en août 2016, il devient l’un de ses gardes du corps", relate Jean-Jérôme. "Pendant la campagne présidentielle, il est directeur de la sûreté et de la sécurité du mouvement En marche. C’est Patrick Strzoda, l’actuel directeur de cabinet du Président, qui le recrute à l’Élysée".

La question du salaire d'Alexandre Benalla est régulièrement revenue dans le débat, depuis la révélation de l'affaire. Au cours de son audition par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, Patrick Strzoda a démenti la rumeur d'un salaire de 10 000 euros par mois. Selon l'AFP, Alexandre Benalla touchait 6 000 euros.

Emmanuel Macron a-t-il eu recours à des agents de sécurité privés ?

"Est-ce que nous étions confrontés ni plus ni moins qu'à des barbouzes ?", s'est interrogé Yves Lefebvre, secrétaire général Unité SGP-Police Force ouvrière. Un terme qui a ensuite été repris par une partie de la classe politique. Cette question fait l'objet d'un débat.

"Selon le directeur de cabinet de l'Élysée, Alexandre Benalla était chargé de mobiliser tous les services nécessaires aux déplacements du chef de l’État en France (Élysée, Intérieur, Préfecture, etc.). Il dirigeait également une deuxième équipe de sécurité, au sein du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République) chargée de protéger la vie privée du Président", explique Jean-Jérôme Bertolus.

"Ce service était composé de dix policiers et de quatre gendarmes. C’est Alexandre Benalla qui avait recruté les hommes de ce service. Il était par ailleurs associé étroitement au projet de réorganisation de la sécurité du président. La sécurité est assurée aujourd’hui par le commandement militaire de l’Élysée, des gendarmes et par le GSPR, des policier rattachés au Service de la protection (SDLP)"

À quoi sert l'enquête parlementaire ?

Première précision : il n'y a pas une mais deux enquêtes parlementaires. La première est menée par le Sénat, la seconde par l'Assemblée nationale. "Les deux commissions tentent de faire la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements au sein de l’Élysée et au ministère de l’Intérieur", explique Jean-Jérôme Bertolus, qui décrit les questions posées par les commissions : "Alexandre Benella a-t-il exercé ses responsabilités à l’Élysée dans les règles ou a-t-il bénéficié de passe-droits et d’avantages exorbitants compte tenu de sa proximité avec le chef de l’État ? Après les incidents du 1er-Mai, l’Élysée a-t-il tenté d’étouffer l’affaire ? Les réseaux d’Alexandre Benella révèlent-ils une police parallèle ?"

Parmi les personnes qui ont été entendues : le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, le préfet de police de Paris Michel Delpuech, le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler ou encore le directeur de cabinet de l'Élysée Patrick Strzoda.

Les deux commissions d'enquête vont tirer des conclusions des auditions qui ont été effectuées. Ce devrait être "dans les prochains jours" pour l'Assemblée nationale. En revanche, le délai est plus long pour le Sénat. "La commission d’enquête du Sénat s’est dotée de pouvoirs pour six mois. Les auditions vont se poursuivre à la rentrée", explique le chef du service politique de franceinfo.

Dans la vie parlementaire, les rapports des commissions d’enquête sont toujours très attendus et connaissent un fort retentissement car ils peuvent accabler ou au contraire blanchir le gouvernement

Jean-Jérôme Bertolus

franceinfo

L'une des principales demandes de l'opposition, c'est qu'Emmanuel Macron soit entendu par les commissions d'enquête. Mais il n'y a aucun moyen de contourner la Constitution pour rendre possible cette audition. "Même si une majorité de parlementaires demandaient son audition, le président pourrait toujours refuser, se fondant sur le principe de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif. Le président de la République n’est pas politiquement responsable devant le Parlement", relate Jean-Jérôme Bertolus.

Quelles conséquences politiques peuvent avoir cette affaire ?

Sur le plan politique, "concernant le président de la République, les éventuelles conséquences de cette affaire pourraient se traduire par un fléchissement en termes de popularité et de la confiance des Français envers lui", estime Jean-Jérôme Bertolus, du service politique de franceinfo. "À l’inverse, l’opposition, divisée et encore meurtrie par l’élection présidentielle et les législatives, pourrait retrouver de la vigueur".

Un remaniement du gouvernement ne semble, en revanche, pas d’actualité

Jean-Jérôme Bertolus

franceinfo

Cette affaire peut entraîner des démissions. "Il est possible que des membres du cabinet du président de la République quittent l’Élysée. Le président de la République a demandé une réorganisation de l’ensemble des services de l’Élysée", explique Jean-Jérôme Bertolus. Sans oublier d'éventuelles sanctions dans le cadre des enquêtes ouvertes : "Des hauts fonctionnaires de la police pourraient être sanctionnés à l’issue de l’enquête de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale), demandée par Gérard Collomb."

Sur le plan administratif, cette affaire Benalla devrait entraîner quelques modifications. "La sécurité du président devrait être réorganisée".

Est-ce que les médias en font trop autour de cette affaire ?

Plusieurs internautes s'interrogent sur la place accordée à cette affaire. "Pourquoi cette affaire est croustillante pour les médias ?", demande l'un d'entre eux. "Comme toutes les affaires – Fillon, Cahuzac, financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, Karachi, Rainbow Warrior... -  la presse joue un rôle déterminant. C’est elle qui sort généralement l’affaire et explore ses ramifications", répond Jean-Jérôme Bertolus. "L’affaire Benalla intervient en plus dans un contexte de relation difficile entre la presse et Emmanuel Macron depuis le début du quinquennat. Le président de la République a d’ailleurs critiqué très vivement le déferlement médiatique"

Un autre internaute ajoute : "N'est-ce pas un peu exagéré, toute cette affaire ?" Les réactions n'ont pas du tout été les mêmes d'un camp à l'autre. "C’est une affaire de point de vue. Emmanuel Macron a dénoncé une 'tempête dans un verre d’eau'. À l’inverse, Jean-Luc Mélenchon dénonce un 'Watergate à la Française', du nom de la célèbre affaire américaine, qui a abouti à la démission de Richard Nixon", explique le chef du service politique de franceinfo.

Cette affaire est-elle une tentative de l'opposition de bloquer le pays ?

Certains internautes se demandent si cette affaire ne sort pas à un moment opportun. Soit pour la majorité parlementaire, alors que le député LREM Thierry Solère venait d'être placé en garde à vue pour fraude fiscale. Soit pour l'opposition, afin de retarder les débats sur la réforme constitutionnelle. 

Pour Jean-Jérôme Bertolus, il n'y a pas de lien avec l'affaire Solère. "Après sa garde à vue, l’enquête pour fraude fiscale et corruption se poursuit à l’encontre de Thierry Solère. Au plan politique, ce député, rallié après la présidentielle, a peu d’influence", estime le chef du service politique de franceinfo.

Même si Emmanuel Macron "s’est demandé pourquoi Alexandre Benella avait été identifié tant de temps après les faits, il n’a pas fait le lien avec le projet de réforme constitutionnelle", rappelle Jean-Jérôme Bertolus. "L’examen de ce projet a été seulement suspendu et les débats à l’Assemblée nationale devraient reprendre en septembre ou en octobre".

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