Affaire Benalla : ce qu'il faut retenir de l'audition de Gérard Collomb devant l'Assemblée nationale

Le ministre de l'Intérieur a confirmé avoir eu connaissance des images impliquant l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron dès le 2 mai. Mais a tenu à minimiser sa responsabilité.

Gérard Collomb, le 23 juillet 2018, avant son auditon à l\'Assemblée nationale par les députés sur l\'affaire Alexandre Benalla.
Gérard Collomb, le 23 juillet 2018, avant son auditon à l'Assemblée nationale par les députés sur l'affaire Alexandre Benalla. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

"Je jure de dire toute la vérité, rien que la vérité." Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a été interrogé lundi 23 juillet par la commission des lois de l'Assemblée nationale, désormais dotée de pouvoirs d'enquête, au sujet de l'affaire Benalla. Après avoir "condamn[é] avec la plus grande fermeté les actes de M.Benalla", Gérard Collomb a répondu pendant plus de deux heures, et dans une ambiance agitée, aux questions des parlementaires. Franceinfo résume ce qu'il faut retenir de cette audition.

>> Suivez en direct l'audition devant l'Assemblée nationale de Michel Delpuech, préfet de police de Paris

Gérard Collomb était au courant de l'implication d'Alexandre Benalla dès le 2 mai

Le ministre assure qu'il a été mis au courant de l'existence de la vidéo impliquant Alexandre Benalla dans l'après-midi du 2 mai, au lendemain des faits donc, à l'occasion d'un "point d'information quotidien" avec son directeur et son chef de cabinet. Dans le détail, c'est le chargé de mission en charge des réseaux sociaux à l'Elysée qui a informé le chef de cabinet de Gérard Collomb qu'une vidéo des violences de la place de la Contrescarpe tournait en boucle sur "les réseaux sociaux". 

Ce dernier a ensuite prévenu le directeur de cabinet du ministre, qui a lui-même communiqué à Gérard Collomb "l’existence d’une vidéo montrant des faits de violence sur la place de la Contrescarpe, l’implication de monsieur Benalla dans ces faits, et la qualité de celui-ci". Le ministre a également précisé qu'avant de le prévenir, ses collaborateurs s'étaient "déjà entretenus avec le préfet de police, et en ont informé le président de la République"

Il considère qu'il n'avait pas à saisir le procureur ou l'IGPN directement

Gérard Collomb a assuré avoir saisi l'IGPN, la "police des polices", le 18 juillet au soir, alors que l'affaire éclate. Une décision qui intervient plus de deux mois après les faits. Bien qu'ayant pris connaissance d'une première vidéo le 2 mai, ce n'est qu'avec les révélations du Monde que Gérard Collomb a considéré que "des éléments nouveaux" (comme le port d'un brassard de police par Alexandre Benalla) nécessitaient "d'en savoir plus", en saisissant l'IGPN.

Néanmoins, le ministre a confirmé la saisie de la "police des polices" par "un internaute" sur le même sujet dès "le 3 mai", soit au surlendemain des manifestationsvia une plateforme de signalement en ligne. La vidéo des violences soumise par cet internaute a été "analysée par un des opérateurs de la plateforme" qui a jugé que "les conditions justifiant l'ouverture d'une information judiciaire n'étaient pas réunies", a précisé le ministre.

Selon l'article 40 du Code de procédure pénale, le procureur de la République aurait par ailleurs dû être saisi pour ces faits dès lors que Gérard Collomb, ou "tout officier public ou fonctionnaire" avait acquis "la connaissance d'un crime ou d'un délit". Sur ce point, Gérard Collomb s'est défendu en estimant que "ce n'est pas au ministre qu'il appartient de le faire" car il a connaissance quotidiennement "de suspicions d'infractions ou d'infractions". "Je considère que c'est à ceux qui sont aux responsabilités dans l'administration, au plus près du terrain, de le faire." 

Le cabinet du président de la République et la préfecture de police disposant de toutes les informations nécessaires pour agir, j’ai considéré que les faits signalés étaient pris en compte au niveau adapté. Et donc, je ne me suis plus occupé de ce sujet.Gérard Collomb

Il n'était pas au courant de la venue d'Alexandre Benalla et de Vincent Crase le 1er-Mai

"Qui avait invité M.Benalla et M.Crase [au côté des forces de police le 1er mai] ? Je n'en sais rien", a expliqué Gérard Collomb, qui a assuré qu'il avait constaté seulement "a posteriori" que les deux hommes étaient "présents sur les lieux", y compris "dans la salle de commandement" de la préfecture de police. Alexandre Benalla et Vincent Crase étaient alors, comme dans la journée, "pris en charge par un major de police [Philippe Mizerski, major de police de la Direction de l'ordre public et de la circulation]".

Précisant qu'il est courant que des "observateurs" assistent aux opérations de police, vêtus d'un "casque" et d'une "chasuble", Gérard Collomb a expliqué que le collaborateur d'Emmanuel Macron s'était vu remettre un "casque, comme moyen de protection". "Ni le brassard de police, ni le poste de radio [visibles dans les vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux] ne lui ont été remis à cette occasion", a-t-il ajouté, estimant que leur port par Alexandre Benalla n'était "pas normal". Le ministre a déclaré qu'il avait demandé à l'IGPN des "recommandations pour l'avenir" afin que "les 'observateurs' soient équipés d'un habit différent [de celui des policiers] afin que ce genre de situation ne puisse plus se reproduire".

Il ne connaissait pas personnellement Alexandre Benalla

"J'avais déjà rencontré M. Benalla lors de services d'ordre mais, personnellement, je ne le connaissais pas", a assuré Gérard Collomb, qui a aussi assuré qu'il "ignorai[t] sa qualité de conseiller de président de la République". Concernant Vincent Crase, le ministre a déclaré qu'il le connaissait "encore moins" que le premier. Idem pour Philippe Mizerski, le major de police en charge d'encadrer les deux hommes, que le ministre a "découvert ces derniers jours".

L'ancien maire de Lyon a par ailleurs précisé qu'il n'avait "jamais entendu parler" de faits de violence d'Alexandre Benalla précédant le 1er mai. "Les services n'ont reçu aucune candidature [de l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron] (...) pour un poste de sous-préfet", a aussi lancé le ministre. Concernant le véhicule de fonction du jeune homme de 26 ans, doté de dispositifs lumineux à l'avant de la voiture et derrière le pare-brise, le ministre a expliqué qu'il n'était pas "en mesure d'indiquer pourquoi et comment il disposait d'un service avec ce type d'équipements", assurant que ses services n'avaient "jamais équipé son véhicule".

Il a très peu évoqué les faits avec Emmanuel Macron

Gérard Collomb a expliqué avoir téléphoné au président de la République, alors en Australie, au soir du 1er mai, pour l'informer de "la violence des événements". Il n'a alors pas encore pris connaissance des images impliquant Alexandre Benalla. Le lendemain, le "cabinet de la présidence [l]'informe que cet acte est inacceptable et qu'une sanction va être prise". Depuis, Gérard Collomb déclare d'abord n'avoir "jamais évoqué avec le président de la République le cas de M.Benalla"

Plus tard, il est revenu sur ses déclarations, assurant avoir rencontré Emmanuel Macron le week-end précédant l'audition, et avoir "[parlé des faits] le moins possible". "Le président de la République était plutôt préoccupé de l'avancement de la réforme constitutionnelle", a même osé le ministre, suscitant l'hilarité de la salle.

Il ne sait pas bien si Alexandre Benalla est souvent intervenu auprès des forces de l'ordre

Alexandre Benalla est-il intervenu à d'autres reprises auprès des forces de l'ordre ? "Je n'ai eu aucune connaissance de demande d'intervention de M. Benalla, sauf pour une demande de permis de port d'armes, sur laquelle nous avons donné une réponse négative", a assuré Gérard Collomb, qui a néanmoins précisé que l'enquête de l'IGPN devrait faire la lumière sur ce point. Le ministre a aussi ajouté qu'[s]a connaissance", le "monsieur sécurité" d'Emmanuel Macron n'avait jamais demandé de mises sur écoute. Alexandre Benalla pouvait, en revanche, être en contact avec des membres de son cabinet "lorsque sont organisées des manifestations, puisqu'il s'en occupait à l'Elysée".

Une ambiance tendue 

L'ambiance était électrique à l'Assemblée nationale. Après avoir prêté serment, le ministre de l'Intérieur a dû attendre avant de démarrer son propos liminaire, le député de la Manche Philippe Gosselin (LR) protestant contre le choix de la salle retenue pour cette audition, trop étroite pour asseoir tous les parlementaires. 

Un peu tendu, Gérard Collomb a régulièrement eu recours à ses notes, et a profité des prises de parole des élus pour se désaltérer. Il n'a pas été épargné par les députés de l'opposition, qui n'ont pas hésité à revenir à la charge en reposant plusieurs fois la même question lorsque Gérard Collomb n'était, à leur goût, pas assez précis. "J'ai l'impression que tout se passe à l'insu de votre plein gré (...) Vous avez perdu connaissance !", a d'ailleurs résumé le député Gilbert Collard (Rassemblement national).