Les sept casseroles de Claude Guéant

A nouveau entendu dans l'affaire des primes du ministère de l'Intérieur, l'ancien secrétaire général de l'Elysée est également cité dans six autres affaires.

L\'ancien ministre de l\'Intérieur Claude Guéant, au siège de l\'UMP, le 21 mars 2013.
L'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, au siège de l'UMP, le 21 mars 2013. (WITT / SIPA)

Claude Guéant doit avoir hâte que 2013 se termine. Cette année aura été particulièrement difficile pour l'ancien ministre de l'Intérieur. Pas un mois sans que son nom ne soit cité par la presse, ou par un magistrat, dans une affaire liée à un détournement d'argent public. Dernière inquiétude en date, un placement en garde à vue, mardi 17 décembre, dans l'affaire des primes en liquide versées par la place Beauveau.

Si le nom de l'ex-secrétaire général de l'Elysée de Nicolas Sarkozy revient dans plusieurs dossiers suspects, il n'a pour autant jamais été mis en examen. Francetv info revient en détail sur les démêlés avec la justice de Claude Guéant.

1 L'affaire des primes du ministère de l'Intérieur

Que lui reproche-t-on ? C'est tout un système que les Français ont découvert en juin. A la suite d'une perquisition menée fin février dans le cadre de l'affaire Tapie, les enquêteurs découvrent chez Claude Guéant des traces de paiements de factures en liquide. L'ancien ministre se justifie en évoquant des "primes de cabinet", versées entre 2002 et 2004, alors qu'il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur. Or ces primes sont censées avoir été supprimées en 2002 par Lionel Jospin. Pour s'expliquer, Claude Guéant évoque des compléments de salaires provenant des FES, des fonds destinés à financer les dépenses des policiers pendant les enquêtes. La justification fait rire, un peu jaune, les services de police.

Où en est la procédure ? Deux rapports d'inspection interne à l'administration ont révélé que les primes de cabinets avaient bien perduré place Beauveau, et que les FES étaient bien utilisés à ces fins. Claude Guéant en aurait retiré 10 000 euros en liquide chaque mois. C'est sur cette base que l'ancien directeur de cabinet a été placé en garde à vue, mardi matin à 8 heures, au siège de la direction centrale de la police judiciaire à Nanterre. Il y a rejoint le préfet Michel Gaudin, directeur général de la police nationale à l'époque des faits.

2 L'affaire Tapie

Que lui reproche-t-on ? C'est par cette affaire Tapie que les ennuis ont commencé pour Claude Guéant. L'ancien secrétaire général de l'Elysée est soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire pour que Bernard Tapie obtienne, en 2008, un arbitrage favorable dans le conflit financier qui l'opposait au Crédit Lyonnais. 

Où en est la procédure ? Rejetant toute responsabilité, Claude Guéant pointe du doigt le cabinet de Christine Lagarde, à l'époque ministre de l'Economie. Mais l'audition de Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde mis en examen en juin, consolide la thèse d’un arbitrage faussé lors de réunions à l'Elysée, en présence de Claude Guéant. A nouveau interrogé par les enquêteurs le 6 décembre, Stéphane Richard atténue cependant l'importance de ces entrevues élyséennes.

3 La Libye et les tableaux à 500 000 euros

Que lui reproche-t-on ? C'est Le Canard enchaîné qui a révélé le premier l'affaire. Lors de la perquisition liée à l'affaire Tapie, est découvert un versement de 500 000 euros effectué depuis un compte bancaire malaisien sur le compte de Claude Guéant. Le journal fait le lien avec les soupçons d'un financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy. Face aux interrogations, Claude Guéant dément publiquement toute malversation. En direct au 20 heures de France 2, l'ancien ministre évoque la vente de deux tableaux d'un peintre hollandais, conclue en 2008, pour une somme qui étonne beaucoup les spécialistes.

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FRANCE 2

Où en est la procédure ? L'identité de l'acheteur des tableaux a été dévoilée par L'Express, début novembre. Le magazine révèle également qu'une commission rogatoire a été lancée pour interroger cet acquéreur, un malaisien amateur d'art. Selon les journalistes de L'Express qui se sont rendus à Kuala Lumpur, les enquêteurs se demandent si le cabinet de cet avocat malaisien à la retraite ne serait pas une "simple boîte à lettre", destinée à cacher "des mouvements de fonds suspects". 

4 Les 25 000 euros jordaniens

Que lui reproche-t-on ? Les policiers enquêtant sur l'affaire Tapie ont également découvert 25 000 euros venus de Jordanie, versés en 2012, sur les comptes de Claude Guéant. Dans un premier temps, l'origine de ces fonds reste inexpliquée, selon L'Express qui ressort le lien avec le financement libyen de la campagne de 2007. D'après l'hebdomadaire, des noms de personnalités liées à cette affaire ont été retrouvés dans le portable de l'ancien ministre. 

Où en est la procédure ? Questionné par les juges sur ce versement de 25 000 euros, l'ex-ministre a présenté un contrat "passé avec une société jordanienne dans laquelle Claude Guéant assure la fonction de président du comité d’orientation", selon ses avocats. Une justification qui n'a pas empêché les deux juges chargés de l'enquête sur le financement libyen, de lancer, au mois de juillet, une commission rogatoire internationale.

5 L'emploi fictif du ministère du Logement

Que lui reproche-t-on ? Trouver une place à un proche n'est pas un délit. Sauf si cet emploi n'en est pas un. Ainsi Claude Guéant est soupçonné d'avoir obtenu, début 2008, l'embauche de Philippe Pemezec, ami de Nicolas Sarkozy et maire UMP du Plessis-Robinson, au cabinet de Christine Boutin, alors ministre du Logement, où l'élu est censé produire des rapports. Or selon Le Monde, "les travaux de M. Pemezec n'auraient été, en réalité, que de pâles plagiats de documents déjà existants". Quelques heures après ces accusations, Christine Boutin confirme que c'est bien Claude Guéant qui a imposé cette embauche.

Où en est la procédure ? Le parquet de Nanterre a ouvert le 10 mai une information judiciaire contre X, pour "détournement de fonds publics, complicité et recel". Claude Guéant "est implicitement visé par la procédure", tout comme Christine Boutin, ministre du Logement de 2007 à 2009. 

6 Le contrat Ecomouv'

Que lui reproche-t-on ? Une enquête préliminaire est en cours autour de l'attribution controversée du marché public de la collecte de l'écotaxe en 2011 à la société Ecomouv'. Le juge Gelli mène des investigations liées aux déclarations de Stéphane Fouks, un consultant travaillant à l'époque pour un concurrent d'Ecomouv'. Ce dernier, cité par Le Canard enchaîné, évoque un coup de téléphone anonyme, lié à cet appel d'offre. "Vous ne faites pas ce qu'il faut", lui aurait dit son interlocuteur. Claude Guéant a alors été auditionné par les juges, mardi 3 décembre, pour lui poser des questions sur ce contrat passé par le gouvernement Fillon, à l'époque où il était secrétaire général de l'Elysée.

Où en est la procédure ? C'est en tant que simple témoin que l'ancien ministre de l'Intérieur a été entendu par le juge Gelli, qui a rouvert un dossier vite classé en 2011 par le juge Courroye. Ses avocats affirment qu'il n'a "strictement joué aucun rôle" dans cette affaire, précisant que Claude Guéant avait été auditionné que pour "vérifier les déclarations de certains témoins".

7 Le tableau offert par Alassane Ouattara

Que lui reproche-t-on ? L'œuvre représente "un couple africain naïf et coloré" et habille aujourd'hui un mur du cabinet Guéant avocats, à Paris. Le tableau signé d'un peintre ivoirien a été offert par le président de la Côte d'Ivoire Alassane Ouattara, en 2011, à Claude Guéant, alors ministre de l'Intérieur. Un cadeau qui aurait dû revenir au patrimoine national, lors du départ du ministre selon une circulaire datant de 2007, comme le relève la presse ivoirienne le 13 mai dernier.

Claude Guéant et Alassane Ouattara, lors d\'une visite officielle à Abidjan (Côte d\'Ivoire), le 6 novembre 2011, au cours de laquelle le président ivoirien offre au ministre un tableau.
Claude Guéant et Alassane Ouattara, lors d'une visite officielle à Abidjan (Côte d'Ivoire), le 6 novembre 2011, au cours de laquelle le président ivoirien offre au ministre un tableau. (SIA KAMBOU / AFP)

Où en est la procédure ? Aucune procédure n'a été ouverte à l'encontre de Claude Guéant dans ce cas. L'intéressé s'est d'ailleurs défendu de toute appropriation non autorisée. Car, comme il l'affirme à Europe 1, la circulaire de 2007 ne s'applique qu'aux œuvres de valeurs. Or, selon l'ancien ministre, "ce tableau n'a pas de valeur marchande". Pour qu'une procédure soit lancée, une plainte doit être déposée devant l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels. Des actions souvent traitées très discrètement, car selon Le Figaro, la disparition des œuvres d'art est monnaie courante dans les ministères.