VIDEOS. Affaire Libye-Sarkozy : les huit séquences de "Cash Investigation" qu'il ne fallait pas rater

Pendant un an et demi, "Cash Investigation" a recueilli des témoignages inédits qui viennent éclairer l'affaire de financement illégal présumé dans laquelle Nicolas Sarkozy a été mis en examen le 21 mars.

Le numéro de \"Cash Investigation\" consacré à l\'affaire de financement libyen présumé de la campagne de Nicolas Sarkozy a été diffusé le mardi 22 mai 2018 sur France 2.
Le numéro de "Cash Investigation" consacré à l'affaire de financement libyen présumé de la campagne de Nicolas Sarkozy a été diffusé le mardi 22 mai 2018 sur France 2. (CAPTURE ECRAN / CASH INVESTIGATION / FRANCE 2)

C'est un dossier aussi complexe que tentaculaire. Le magazine de France 2 "Cash Investigation" a consacré, mardi 22 mai, un numéro de plus de deux heures à cette affaire de financement occulte présumé révélée en 2011 par Mediapart. Nicolas Sarkozy a été mis en examen le 21 mars pour "corruption passive", de "financement illégal de campagne électorale" et de "recel de détournement de fonds publics libyens".

>> Regardez en replay le numéro de "Cash Investigation" sur l'affaire Sarkozy-Kadhafi

L'enquête de Nicolas Vescovacci, fruit d'un an et demi de travail, tente de recoller les pièces du puzzle, et donne la parole à certains témoins qui ne s'étaient jusqu'à présent jamais exprimés publiquement. Franceinfo revient sur les huit séquences qu'il ne fallait pas rater.

L'interview impossible de Nicolas Sarkozy

Au cours de son enquête, l'équipe de "Cash Investigation" a tenté à plusieurs reprises d'obtenir une interview de Nicolas Sarkozy sur ces soupçons de financement occulte. En vain. Au téléphone, Elise Lucet se fait ainsi raccrocher au nez au moment même où elle décline son identité. L'équipe tente alors de s'approcher de l'ancien président dans des locaux où se tient l'assemblée générale du groupe AccorHotels, dont il est administrateur. "Merci madame", se borne-t-il à répéter plusieurs fois, avant de s'engouffrer dans une voiture.

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Dans la tente du Guide, l'aparté entre Sarkozy et Kadhafi

Octobre 2005 : Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac, se rend à Tripoli, en Libye, pour une visite officiellement consacrée à des questions de sécurité. Mouammar Kadhafi le reçoit dans sa célèbre tente. Les deux dirigeants sont chacun flanqués de collaborateurs et de diplomates. Puis le Guide libyen demande à parler en tête à tête avec son interlocuteur.

Moftah Missouri, alias "le professeur", interprète et conseiller du colonel Kadhafi pendant quinze ans, rend compte de la scène. "Tout le monde est sorti", y compris les interprètes, explique-t-il. Pour autant, il dit avoir pu entendre la teneur de la conversation car celle-ci aurait été enregistrée "sur une disquette" portée à sa connaissance. "Ils ont parlé pendant cinq ou six minutes tout au plus. Sarkozy dit : 'Je vais me présenter aux élections présidentielles', et le colonel Kadhafi dit : 'Nous allons vous aider'", raconte Moftah Missouri. Or "la Libye n'est pas un pays développé, elle ne peut aider que par le truchement du pétrole, du gaz ou des espèces, relève-t-il. On a aidé Sarkozy, et c'est la pure vérité."

"Le Guide a donné son feu vert" : les confessions d'un ancien fidèle

C'est la première fois que cet homme parle de ce sujet devant une caméra. Taher Dahech, l'un des responsables du régime du colonel Kadhafi, a reçu "Cash Investigation" à Sousse (Tunisie), où il vit en exil. "Au départ, il y a eu une demande d'argent pour la campagne. Le principe était acquis. C'était une sorte de cadeau. Et quand on s'est rapproché des élections, des intermédiaires français sont venus à Tripoli pour préparer l'acheminement et le versement de l'argent avant le scrutin", explique-t-il.

Selon lui, Kadhafi aurait donné son feu vert au versement de 57 millions d'euros. Mais dans un premier temps, les intermédiaires français seraient repartis de Libye avec une partie seulement de cette somme – 10 millions d'euros en coupures de 500 euros. L'homme assure avoir lui-même participé à cette remise d'argent. "C'est nous qui avons mis l'argent dans les coffres, tout a été filmé", déclare-t-il avant de mettre un terme à l'entretien.

Les valises d'argent de Ziad Takieddine

L'entretien est déjà connu, puisque des extraits avaient déjà été diffusés sur le site Mediapart à l'automne 2016. L'intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine affirme avoir, entre novembre 2006 et janvier 2007, remis au ministère de l'Intérieur trois valises de billets en provenance de Libye. Les deux premières fois, il se serait rendu dans le bureau de Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère. La troisième fois, assure-t-il, il aurait remis la valise directement dans le bureau du ministre.

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Le double-discours de Béchir Saleh

Pour la première fois, l'ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi répond à des journalistes sur cette affaire de financement illégal présumé. Mais devant la caméra, Béchir Saleh, que certains protagonistes décrivent comme l'homme par lequel passaient toutes les décisions de ce type, est peu disert. "Je n'ai aucune trace, aucune info qu'ils aient donné de l'argent. Je n'ai jamais donné de l'argent pour les élections", assure-t-il.

Mais hors caméra, alors qu'il est filmé à son insu, il semble changer de discours. "Moi je crois qu'ils donnent de l'argent, mais ce n'est pas mon canal. Le canal qui donne de l'argent, c'est le ministère des Finances", déclare-t-il. "Kadhafi avait un budget spécial pour les personnes qu'il souhaitait soutenir", explique-t-il encore, évoquant "des centaines de millions d'euros, 350 millions comme ça" d'argent liquide disponible.

L'accusation de Kadhafi dans le "Figaro" passée inaperçue

C'est dans une interview donnée le 16 mars 2011 au Figaro que Mouammar Kadhafi a pour la première fois affirmé avoir financé la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. "C'est moi qui l'ai fait arriver au pouvoir en France. (...) Il est venu ici, sous cette tente, et il a demandé un soutien, il a demandé un montant, on lui a donné le montant", affirme-t-il, comme on peut l'entendre dans l'enregistrement que la journaliste Delphine Minoui a conservé.

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Mais en pleines tractations sur d'éventuelles frappes françaises en Libye (qui interviendront trois jours plus tard), ces accusations passent totalement inaperçues, d'autant que, dans ses colonnes, le journal les édulcore largement.

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Le goût de Claude Guéant pour l'argent liquide

Est-ce une conséquence des versements libyens présumés ? Entre 2003 et 2012, Claude Guéant n’a en tout cas retiré que 800 euros en liquide, soit un budget de 24 centimes par jour. Et pourtant… ce sont des dizaines de milliers d'euros qu'aurait dépensés Claude Guéant pour meubler l'appartement acheté 700 000 euros en 2008 grâce à un mystérieux virement sur son compte bancaire. "Cash Investigation" s'est procuré de nombreuses factures, dont certaines auraient même été payées en coupures de 500 euros.

De son côté, Claude Guéant dément catégoriquement : "Je n'ai jamais vu l'ombre d'un financement libyen." Dans cette affaire, il a été mis en examen pour "faux", "usage de faux" et "blanchiment de fraude fiscale en bande organisée".

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L'ex-ambassadeur Boris Boillon et son drôle de butin

Un an de prison avec sursis. C'est la peine dont a écopé Boris Boillon, condamné en juillet 2017 pour "blanchiment de fraude fiscale" (il a depuis fait appel). Fin juillet 2013, cet ancien "Sarko-boy", ex-ambassadeur de France en Irak puis en Tunisie, a été arrêté par la douane à la gare du Nord, à Paris, en possession de 350 000 euros et 40 000 dollars en liquide. "Cash Investigation" révèle la photo du butin intercepté, composé de 3 190 billets de 100 euros, 32 de 500 euros, 100 de 50 euros et 50 billets de 200 euros.

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D'où vient cet argent ? Est-il lié aux versements libyens présumés ? Là encore, Boris Boillon dément : il explique aux douaniers avoir gagné cette somme par ses activités en Irak. Mais contacté par "Cash investigation", l'entrepreneur censé l'avoir rémunéré assure ne lui avoir "jamais versé d'argent". Détail troublant : les billets sont totalement neufs, avec des numéros de série qui se suivent. "Ces billets ne peuvent venir que d'une grande banque commerciale, ou plus probablement d'une banque centrale", décrypte Eric Vernier, chercheur spécialiste du blanchiment d'argent.