Violences au Capitole : qui sont les principaux suspects arrêtés et poursuivis ?

Parmi les premières personnes poursuivies figurent notamment l'homme à la coiffe de bison, mais aussi celui qui a emporté le pupitre de la présidente de la Chambre des représentants, ainsi que celui qui a posé les pieds sur le bureau de cette dernière.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min.
Jacob Anthony Chansley, le "chaman QAnon", le 6 janvier 2021, face à un policier lors de l'envahissement du Capitole par des partisans de Donald Trump à Washington. (SAUL LOEB / AFP)

Il n'a pas fallu longtemps aux enquêteurs pour remonter jusqu'à eux. Une douzaine de suspects ont été arrêtés et inculpés aux Etats-Unis. Ils sont accusés d'avoir participé à la manifestation violente des partisans de Donald Trump, mercredi 6 janvier à Washington, qui s'est soldée par l'envahissement du Capitole et la mort de six personnes. D'autres sont en cours d'identification et activement recherchés. Voici ce que l'on sait de ces premiers mis en cause.

Jacob Anthony Chansley, l'homme aux cornes de bison

Jacob Anthony Chansley, le "chaman QAnon" (au centre), lors de l'envahissement du Capitole par des partisans de Donald Trump à Washington (Etats-Unis), le 6 janvier 2021. (SAUL LOEB / AFP)

Toque en fourrure et cornes de bison sur la tête, torse nu recouvert de tatouages, maquillage patriotique sur le visage : son accoutrement a attiré l'attention. Jacob Anthony Chansley, alias Jake Angeli, a été arrêté et inculpé d'intrusion illégale et de conduite violente au Capitole, indique le ministère de la Justice américain dans un communiqué. "Cet individu était armé d'une lance de deux mètres de long avec un drapeau américain attaché juste sous la lame", souligne le communiqué*.

L'acte d'accusation précise qu'il a appelé lui-même le FBI jeudi pour confirmer sa présence au Capitole. Il a affirmé qu'il "faisait partie d'une action de groupe répondant, avec d'autres 'patriotes' d'Arizona, à un appel du président à tous les 'patriotes' à venir à Washington le 6 janvier".

Originaire de l'Arizona, ce trentenaire, qui se dit "guerrier spirituel" et se fait appeler "Le Loup du Yellowstone", a déjà été aperçu à de nombreuses reprises lors de manifestations pro-Trump, notamment à Phoenix, ces derniers mois, arborant systématiquement son fameux costume. Il se présente comme un "soldat numérique de QAnon", la mouvance complotiste dont Donald Trump est le héros.

Surnommé aussi le "chaman QAnon", il écrivait dans un message posté en décembre sur Parler, le réseau social chéri des ultraconservateurs : "Nous sommes des patriotes, sur le front en Arizona, qui voulons amener notre énergie positive" à Washington.

Adam Johnson, l'homme qui emporte le pupitre de Nancy Pelosi

Adam Christian Johnson tient à la main le pupitre de la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, le 6 janvier 2021, lors de l'envahissement du Capitole par des supporters de Donald Trump, à Washington. (WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES / AFP)

Il a été photographié tout sourire avec son bonnet Trump sur la tête. D'une main, il fait coucou au photographe, de l'autre il emporte le pupitre de la présidente démocrate de la Chambre des représentants, bête noire des militants pro-Trump, Nancy Pelosi.

Adam Christian Johnson a été arrêté vendredi en Floride. Le trentenaire a été inculpé des mêmes chefs que le "chaman QAnon", auxquels s'ajoute le vol, même si le pupitre de Nancy Pelosi a été retrouvé au lendemain de l'émeute, abandonné dans un couloir.

Cet habitant de Parrish, une petite ville de l'ouest de la Floride proche de Tampa, avait également diffusé une vidéo en direct sur Facebook, dans laquelle il déambulait dans les couloirs du Capitole, rapporte le Tampa Bay Times. La vidéo a été effacée et les profils d'Adam Christian Johnson sur les réseaux sociaux ont été supprimés.

Richard Barnett, l'homme qui a posé le pied sur le bureau de Nancy Pelosi

Richard Barnett, un pied sur le bureau de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, le 6 janvier 2021, lors de l'envahissement du Capitole par des partisans de Donald Trump à Washington. (SAUL LOEB / AFP)

L'homme a été immortalisé, vautré dans un fauteuil, le pied sur le bureau de la présidente de la Chambre des représentants. Richard Barnett a été interpellé à Little Rock, dans l'Arkansas. Il a été inculpé, entre autres, pour intrusion violente dans l'enceinte du Congrès, selon le bureau du procureur fédéral de Washington*.

C'est "mon bureau", avait expliqué mercredi à la chaîne locale KFSM 5News ce sexagénaire au fort accent du Sud. "Je suis un contribuable. Je suis un patriote. Ce n'est pas son bureau. On le lui a prêté." Connu localement pour animer un groupe Facebook pro-armes, "2A NWA STAND", Richard Barnett, surnommé "Bigo", a affirmé s'être retrouvé dans ce bureau presque par accident, alors qu'il "cherchai[t] les toilettes".

Selon un reporter du New York Times*, l'homme s'est vanté de ses exploits à sa sortie du Capitole. Il lui a raconté avoir frappé poliment à la porte du bureau, avant d'y être poussé par d'autres manifestants. En souvenir, il est reparti avec une enveloppe à en-tête de la présidente de la Chambre des représentants. Il ne l'a pas volé, a-t-il assuré : "J'ai laissé 25 cents sur son bureau." Il a aussi laissé à Nancy Pelosi un souvenir de son cru. "Je lui ai écrit un message dégueulasse, j'ai posé mes pieds sur son bureau et je me suis gratté les c…" Le mot insultant disait : "Nancy, Bigo était là, espèce de p…" indique un journaliste de NBC*.

Doug Jensen : le QAnon qui a pourchassé un policier

Doug Jensen n'est lui non plus pas passé inaperçu lors de l'envahissement du Capitole. On le voit sur de nombreuses photos, avec son t-shirt à la gloire des QAnon, faire face à un cordon de policiers.

Il apparaît surtout dans l'une des vidéos les plus vues de cette émeute, postée par un reporter du HuffPost. Il est au premier rang des émeutiers qui forcent un officier de police du Capitole à reculer puis le pourchassent dans les couloirs et les escaliers du bâtiment.

Doug Jensen a lui aussi partagé de nombreuses photos de lui ce jour-là. A 41 ans, cet habitant de Des Moines, dans l'Iowa, a été arrêté et placé en détention à la prison du comté de Polk, rapporte le Des Moines Register*, samedi. Le quadragénaire a été arrêté par le FBI. Il est sous le coup de cinq chefs d'inculpation, parmi lesquels l'obstruction aux forces de l'ordre. Outre ces poursuites judiciaires à venir, il a, comme d'autres émeutiers, été renvoyé par son entreprise. Il travaillait jusque-là pour une société de maçonnerie de l'Iowa.

Derrick Evans, un élu local de Virginie

Coiffé d'un casque, il s'était filmé en train de pénétrer par la force dans le Congrès, en criant "Derrick Evans est au Capitole !" Ce jeune élu local républicain du Parlement de l'Etat de Virginie-Occidentale a été arrêté vendredi à son domicile et inculpé samedi d'intrusion illégale et de conduite violente.

Derrick Evans, 35 ans, avait diffusé ses exploits en direct sur son compte Facebook, rapporte BuzzFeed*. L'acte d'accusation le cite lorsqu'il pousse les gens autour de lui à forcer les portes du Capitole, en criant "Avancez ! Avancez !", puis lorsqu'il s'exclame : "On est dans la place !"

Plus tard, l'élu a publié sur Facebook un communiqué* dans lequel il affirme n'avoir participé à aucune dégradation et n'avoir pénétré dans le Capitole qu'en tant que "membre indépendant des médias, pour filmer l'Histoire"Derrick Evans a annoncé sa démission samedi.

Nicholas Ochs : un membre des Proud Boys

Nicholas Ochs, leader autoproclamé de la section hawaïenne du groupe d'extrême droite des Proud Boys, a été arrêté à son retour à Honolulu, a indiqué le ministère de la justice américain* vendredi. L'homme, qui a échoué à obtenir un siège à la Chambre des représentants d'Hawaï en novembre, est accusé d'"entrée illégale" dans le Capitole. Selon un journaliste de NBC, l'un des documents prouvant sa présence sur place serait une photo où il apparaîtrait en train de fumer une cigarette dans le bâtiment.

Lonnie Leroy Coffman : des armes à feu et des cocktails Molotov près du Capitole

Un homme de 70 ans, originaire de Falkville, dans l'Alabama, a été arrêté, inculpé et maintenu en garde à vue, a annoncé le ministère de la justice*. Lonnie Leroy Coffman est le propriétaire d'un pick-up rouge suspect, découvert par des officiers de la police du Capitole mercredi alors qu'ils cherchaient d'éventuels engins explosifs qui auraient pu être dissimulés aux abords du Congrès. Les policiers ont découvert à l'intérieur du véhicule un pistolet, un fusil d'assaut, des chargeurs de munitions et onze cocktails Molotov. Plus tard dans la soirée, le septuagénaire a été arrêté par les policiers près de sa voiture, avec des armes à feu sur lui et les clés de son pick-up. Il a également été en mesure de donner aux officiers la composition des bombes incendiaires. Il encourt cinq ans de prison pour port d'arme prohibé et dix ans pour possession d'engins explosifs.

Le FBI poursuit son enquête

Une affiche du FBI placardée sur un abribus de Washington, le 9 janvier 2021. (AL DRAGO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

La traque des émeutiers du Capitole est loin d'être terminée. Le FBI diffuse leurs portraits sur les réseaux sociaux et jusque sur les abribus de la capitale fédérale. Les enquêteurs offrent jusqu'à 50 000 dollars de récompense* aux personnes qui leur fourniront des informations sur l'identité ou la localisation d'un suspect vu en train de poser une bombe artisanale près du Capitole.

Le FBI enquête également, avec la police de Washington cette fois, sur les circonstances au cours desquelles l'officier de police du Capitole Brian Sicknick a été mortellement blessé alors qu'il tentait de protéger le bâtiment contre les émeutiers.

Le directeur adjoint du bureau du FBI chargé de l'enquête, Steven D'Antuono, a prévenu les émeutiers. "Même si vous avez quitté la région de Washington, attendez-vous à ce qu'on frappe à votre porte."

* Les liens signalés d'un astérisque sont en anglais.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.