Afghanistan : où sont accueillies les dizaines de milliers de personnes évacuées par les Etats-Unis depuis le 15 août ?

Plus de 123 000 personnes ont été évacuées par l'armée américaine, ou grâce à son aide, depuis deux semaines. Pour ces réfugiés, le chemin est encore long avant d'arriver outre-Atlantique.

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Des réfugiés afghans sur la base aérienne américaine de Ramstein (Allemagne), le 26 août 2021. (ARMANDO BABANI / AFP)

Plus de cent vingt-trois mille personnes ont été évacuées d'Afghanistan en deux semaines, a annoncé le Pentagone*, lundi 30 août. Parmi elles, 5 400 citoyens américains de retour sur leur sol natal. Pour les autres évacués, originaires d'Afghanistan, la destination est plus floue. S'ils ont quitté leur pays tombé aux mains des talibans, ils ne savent pas encore où ils pourront s'installer à l'avenir.

Evacués par l'armée américaine grâce au pont aérien instauré le 15 août, ils sont parfois envoyés dans des pays tiers, le temps d'accomplir les démarches administratives et d'obtenir un visa pour s'envoler outre-Atlantique. Chose qu'Emmanuel Macron n'a pas manqué de souligner, dans un entretien au Journal du Dimanche : "Quand les Américains disent qu'ils ont exfiltré tant de milliers de personnes, ce ne sont pas des Afghans qu'ils accueillent directement sur le sol américain", a relevé le président de la République.

Une escale au Moyen-Orient

Et pour cause. L'embarquement à bord d'un vol des forces armées étrangères américaines est une garantie de quitter l'Afghanistan, mais marque aussi le début d'un long parcours pour rejoindre les Etats-Unis. Comme c'est le cas pour les évacuations orchestrées par l'armée française, les personnes qui quittent Kaboul font d'abord escale dans une base militaire américaine au Moyen-Orient. Après les premières vérifications de sécurité, elles sont aiguillées vers l'un des 14 centres de "transit", dont les emplacements ont été détaillés par le général Hank Taylor, le 23 août.

C'est majoritairement dans ce type de centres que les personnes évacuées sont hébergées en attendant l'obtention de leur visa pour les Etats-Unis. Elles font alors l'objet de nouveaux contrôles par les services de sécurité américains, souligne USA Today*. Le nombre exact d'Afghans pris en charge par les autorités américaines n'a toutefois pas été communiqué, souligne le site Axios*.

En Europe, huit centres ont été créés au sein de bases militaires américaines : cinq en Allemagne, un en Italie, un en Espagne et un au Kosovo. Leur capacité d'accueil totale* est estimée à 25 000 places, dont 12 000 pour la seule base aérienne de Ramstein, dans l'ouest de l'Allemagne, à une soixantaine de kilomètres de la frontière française. "Nous sommes profondément reconnaissants envers tout le personnel de la base aérienne de Ramstein qui travaille pour mettre en sécurité les personnes évacuées d'Afghanistan", a déclaré le 24 août Ned Price, le porte-parole du secrétariat d'Etat.

Les derniers chiffres montrent bien que l'affluence dépasse ce qui était imaginé. Environ 15 000 réfugiés y sont actuellement logés, selon la Défense américaine, citée par CNN* lundi. Dans la journée, 2 000 réfugiés supplémentaires devraient arriver sur site, selon la même source, et s'ajouter aux milliers d'Afghans en attente de visa. C'est dans cette base qu'a été accueillie une jeune mère qui avait accouché à bord de l'avion qui l'évacuait d'Afghanistan le 22 août. Peu de chiffres précis ont été communiqués au sujet des autres bases, à l'exception du nombre de 662 réfugiés installés sur la base militaire de Sigonella, en Sicile (Italie).

Des Etats volontaires pour un accueil temporaire

L'Albanie*, le Kosovo et la Macédoine du Nord* ont assuré qu'ils allaient accueillir des réfugiés exfiltrés par les Etats-Unis, en plus de leurs ressortissants déjà rapatriés. Un premier groupe d'employés d'alliés de l'Otan est également arrivé à Pristina (Kosovo) dimanche soir, selon un communiqué* du gouvernement kosovar.

Sur le continent africain, trois pays ont explicitement évoqué leur souhait d'accueillir temporairement des réfugiés afghans : le Somaliland (une république autoproclamée du nord-ouest de la Somalie), l'Ouganda et le Rwanda. Les deux derniers ont d'ores et déjà vu atterrir sur leur sol plusieurs exilés : une cinquantaine de réfugiés sont arrivés mercredi en Ouganda (qui se dit prêt à accueillir jusqu'à 2 000 personnes) et près de 250 adolescents, étudiants, professeurs, personnels et membres de leurs familles se trouvent désormais à Kigali (Rwanda).

Dans un communiqué* publié le 20 août, le secrétariat d'Etat américain remercie également le Canada, la Colombie, le Costa Rica, le Chili, le Mexique, la Pologne et le Qatar qui ont répondu positivement à la demande de Joe Biden d'accueillir des réfugiés "en transit" vers les Etats-Unis. Il est toutefois impossible de connaître dans le détail le nombre de personnes qui seront hébergées par ces Etats, ni la durée de cet accueil, qualifié de "temporaire" par les autorités américaines.

Un accueil massif prévu aux Etats-Unis

Une fois leur visa obtenu, les réfugiés afghans pourront embarquer à bord d'un vol pour les Etats-Unis. "Le premier vol en partance de l'un de ces centres a décollé aujourd'hui de la base aérienne de Ramstein", a annoncé le 24 août le porte-parole du secrétariat d'Etat, Ned Price. Deux portes d'entrée sur le sol américain existent : l'aéroport de Dulles, en Virginie et celui de Philadelphie, dans le Maryland. A leur arrivée, les réfugiés afghans sont ensuite dirigés vers l'un des centres d'accueil nationaux.

La défense américaine liste sept centres disséminés dans le pays : Fort Bliss au Texas, Fort McCoy dans le Wisconsin, Joint Base McGuire-Dix-Lakehurst dans le New Jersey, la base aérienne Holloman au Nouveau-Mexique, Fort Lee, Marine Corps Base Quantico et Fort Pickett en Virginie. Quatre de ces bases militaires accueillent à elles seules pour le moment 21 000 réfugiés (Fort Lee, Fort Bliss, Fort McCoy et Joint Base McGuire-Dix-Lakehurst), mais le nombre de places disponibles doit être porté à 50 000* d'ici au 15 septembre, assure le général américain Glen D. VanHerck.

* Les liens suivis d'un astérisque renvoient vers des contenus en anglais.

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