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Les collectivités locales ne peuvent s'adapter au réchauffement climatique qu'avec le soutien de l'Etat, pointent deux rapports

Les deux études proviennent du groupe de réflexion français I4CE, spécialiste de l'économie du climat.
Article rédigé par Louis San
France Télévisions
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Temps de lecture : 4 min
Vue aérienne montrant la station de ski de Peyragudes (Hautes-Pyrénées) souffrant d'un déficit de neige, le 6 janvier 2023. (FRANCOIS LAURENS / HANS LUCAS / AFP)

Perturbation du cycle des saisons, canicules plus fréquentes, sécheresses, incendies qui gagnent le Nord, montées des eaux, baisses de l'enneigement... Les effets du réchauffement climatique provoqué par nos modes de vie gourmands en énergies fossiles se font déjà sentir en France, et les collectivités sont en première ligne. C'est ce que souligne l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) dans deux rapports sur le sujet, publiés vendredi 27 janvier. Il en ressort que si les collectivités locales ont à disposition d'importants leviers d'action, elles ne peuvent relever le défi seules et doivent être accompagnées par un effort de l'Etat au niveau national.

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Dans la planification et l'animation des politiques d'adaptation, blocs communaux, départements et régions "ont chacun un rôle crucial à jouer pour anticiper ces impacts et limiter leurs conséquences économiques, environnementales et sociales", écrit l'I4CE. Des actions visibles comme la végétalisation de certains espaces se multiplient, mais d'autres, plus discrètes et "structurantes", ne doivent pas être oubliées, appuie le groupe de réflexion.

Repenser les dépenses "sous le prisme d'un climat qui change"

L'Institut appelle les collectivités, par exemple, à accélérer leurs investissements pour renouveler les réseaux d'eau afin de diminuer les fuites. "On peut effectivement diviser par deux les taux de fuites", avait reconnu le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, en novembre, sur Public Sénat. L'Institut mentionne aussi la possibilité pour les échelons locaux d'augmenter les moyens dédiés à la prévention des risques d'inondation pour anticiper les futurs phénomènes extrêmes. En effet, d'ici à la fin du siècle, la conjonction de chaleurs extrêmes, de longues périodes de sécheresse et de violents épisodes de pluie risquent d'augmenter le risque d'inondations. Lorsque les sols sont trop secs, la pluie ne parvient pas à s'y infiltrer. Si elle est très abondante, elle ruisselle et peut finir par former des inondations.

Concrètement, l'I4CE préconise d'intégrer la question de l'adaptation dans les dépenses et de revoir tous les investissements "sous le prisme d'un climat qui change". Cela signifie, par exemple, de prendre en compte le climat à venir  "lors de la construction d'un bâtiment". Toutes les actions ne peuvent être menées qu'avec des effectifs en nombre suffisants, formés et impliqués. C'est pourquoi le groupe de réflexion juge "indispensable" de confier les missions liées à l'adaptation à "des agents dont c'est l'attribution principale". L'I4CE souligne que ces derniers ne doivent pas travailler dans une structure isolée, mais qu'ils doivent être soutenus par "l'ensemble des services concernés, pour qui l'adaptation doit devenir un objectif explicitement inscrit".

Soutenir les collectivités face à des choix parfois délicats

Si les collectivités endossent un rôle clé, elles ne peuvent pas mener de projets ambitieux sans l'intervention de l'Etat, qui doit définir des lignes directrices et fournir des infrastructures permettant le déploiement des politiques d'adaptation. Parmi les chantiers importants, l'I4CE mentionne "la prise en compte des évolutions du climat dans les politiques de santé publique", la "gestion des grands ports maritimes", du "réseau ferroviaire", "le transport d'électricité", ou encore la " politique forestière".

Pointant les disparités entre les différentes collectivités, le groupe de réflexion relève que "les plus petites" auront besoin de "s'appuyer sur des moyens nationaux, notamment en ingénierie technique". Elles auront également besoin de repères partagés avec les autres échelons administratifs. Pour l'instant, "l'existence de standards" et de "points de comparaison" manquent, alors qu'ils sont nécessaires pour progresser, remarque l'I4CE.

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"Certains choix d'adaptation peuvent entraîner des conséquences importantes pour la vie et l'économie locales, politiquement lourdes à porter sans soutien", avance l'Institut de l'économie pour le climat. Et d'illustrer : "Il peut par exemple être difficile pour un maire de justifier le choix de ne plus construire, voire de déplacer des activités, s'il est isolé dans sa décision et que sa commune est la seule à adopter cette position." Pour les auteurs des rapports, il est donc nécessaire de "pouvoir se reposer sur des références qui font autorité". Ce cadrage aurait un double bénéfice : éviter qu'une personne paye seule les conséquences et "asseoir la légitimité de certains choix".

Une conférence sur le sujet le 30 janvier

L'adaptation au dérèglement climatique doit devenir "un sujet du dialogue Etat-Collectivités", tranche l'I4CE. Un avis déjà partagé par le ministre Christophe Béchu, pour qui "la planification écologique ne se fera pas sans les territoires". Cette dimension est d'ailleurs une partie intégrante de son portefeuille puisqu'il est "ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires".
Comment mettre en musique ce dialogue sur l'adaptation dans le millefeuille administratif ? C'est tout l'enjeu du colloque intitulé "Adaptation au changement climatique dans les territoires : comment avancer ?" , organisé le lundi 30 janvier, et auquel Christophe Béchu doit participer.

Le temps presse : ces derniers mois, plusieurs experts avaient pointé les lenteurs de la France en matière d'adaptation aux enjeux climatiques. "La transition écologique n'est pas amorcée en France", cinglait en mai l'Autorité environnementale. Après un été caniculaire, la climatologue Véronique Masson-Delmotte avait à son tour tiré la sonnette d'alarme. "Les écarts se creusent entre les mesures d'adaptation nécessaires et celles qui sont réellement mises en œuvre", avait dénoncé la coprésidente du Giec, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. De quoi intensifier la pression sur le ministre de la Transition écologique, qui reconnaissait en juillet à l'Assemblée que le pays devrait "changer de braquet" sur le sujet. 

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