Montée des eaux, pertes agricoles, chaleur : ce que dit le nouveau rapport du Giec sur les risques du réchauffement climatique en France

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Des vacanciers observent un feu de forêt, le 18 août 2021, à La Garde-Freinet (Var). (NICOLAS TUCAT / AFP)

Le deuxième volet du sixième rapport du Giec, publié lundi, détaille région par région les impacts du changement climatique. L'occasion de se pencher sur ses conséquences en France.

"Un terrible avertissement." Ce sont les mots choisis par le président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) pour décrire le nouveau volet du sixième rapport de ces scientifiques, chargés de faire le point sur l'état des connaissances sur le changement climatique. Consacrée aux effets du réchauffement et au moyen de s'y adapter, cette deuxième partie s'accompagne de fiches détaillées, région du monde par région du monde.

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Si le Giec ne fait pas d'analyse par pays, ces fiches permettent d'en savoir un peu plus sur ce qui nous attend si nous ne diminuons pas nos émissions de gaz à effet de serre. Franceinfo se penche sur la situation de la France, à cheval sur plusieurs régions.

En France hexagonale

Au niveau actuel de réchauffement (+1,09°C), l'Europe est déjà touchée par des vagues de chaleur et des sécheresses. A l'avenir, quatre risques, qui s'aggraveront si le réchauffement se poursuit au-delà de 1,5°C, ont été identifiés. A l'heure actuelle, les promesses des Etats (qui ne sont encore pas tenues) nous conduisent vers un réchauffement de 2,7°C en 2100.

La chaleur. Le premier risque identifié est celui de la mortalité liée aux canicules. Le nombre de morts va "doubler ou tripler pour un réchauffement de 3°C", avertissent les scientifiques. Ils précisent qu'au-delà de ce seuil, il sera difficile, voire impossible, de s'adapter. Le sud de la France est particulièrement menacé, avec jusqu'à 20 à 30 jours de température supérieure à 35°C par an avec un réchauffement de 3°C.

Le réchauffement va réduire les habitats des animaux et des plantes et modifier de façon "irréversible les écosystèmes", dès 2°C de réchauffement. "Les zones à risque de feu de forêt vont s'étendre en Europe, menaçant la biodiversité et les puits de carbone", ces écosystèmes qui captent une partie des émissions de gaz à effet de serre, écrivent les scientifiques.

Les pertes agricoles liées à la sécheresse et à la chaleur. Selon les auteurs du rapport, "des pertes de production agricole substantielles sont projetées pour la plupart des régions européennes au cours du XXIe siècle et elles ne seront pas compensées par les gains de production en Europe du Nord". L'irrigation, qui peut être une solution efficace, sera de plus en plus limitée par la disponibilité réduite en eau, en particulier si le réchauffement dépasse 3°C.

Le manque d'eau. Ce risque concerne d'abord l'Europe du Sud, dans laquelle se trouve de nombreuses régions françaises, de l'Aquitaine aux Alpes du Sud. Dans cette zone, plus d'un tiers de la population risque de manquer d'eau à partir de 2°C de réchauffement. A partir de 3°C, ce risque double et des "pertes économiques importantes dans les secteurs dépendant de l'eau et de l'énergie peuvent se produire". L'Europe centrale, où se trouve le reste de notre pays, sera concernée à partir de ce seuil.

Les inondations et la montée des eaux. Au rythme actuel de nos émissions de gaz à effet de serre et de la mise en place de nos stratégies d'adaptation, les dégâts provoqués par les inondations côtières vont être "multipliés par 10 à la fin du XXIe siècle". Quant à la montée du niveau de la mer, elle représente une "menace existentielle" pour les villes côtières, notamment après 2100.

La Méditerranée est particulièrement "fragile" face à cette montée des eaux, souligne Wolfgang Cramer, directeur de recherches du CNRS à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale (IMBE) et l'un des auteurs du rapport. "Historiquement, le niveau de cette mer a peu bougé [la Méditerranée a une faible amplitude de marée et connaît moins de tempêtes que l'Atlantique], donc vous avez beaucoup de villes, de patrimoines et de zones naturelles humides très proches de la côte", explique-t-il.

L'un des auteurs du chapitre consacré à l'Europe, Gonéri Le Cozannet, précise que cette sélection "ne veut pas dire que ce sont les seuls risques" pour la région. "Il y a des risques en cascade", poursuit le chercheur au Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM). Il cite par exemple les risques d'ouverture de cavité après une inondation – l'eau élargit une cavité souterraine, provoquant un trou en surface – ou la fissuration des maisons par le retrait-gonflement de l'argile après une sécheresse.

Dans les départements insulaires d'outre-mer

Particulièrement menacées par le changement climatique, les petites îles font l'objet d'une fiche détaillée. De nombreux territoires français, comme la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion ou Mayotte, sont concernés.

Des impacts déjà très forts. Dans ces territoires, le réchauffement climatique est une réalité très présente. Le rapport cite notamment les vagues de chaleur, les cyclones tropicaux plus intenses, la modification des précipitations, la montée du niveau de la mer, le blanchiment des coraux, les espèces invasives... 

Des écosystèmes menacés. Ces îles abritent parfois l'un des écosystèmes les plus menacés par le réchauffement climatique : les récifs de coraux. A partir de 2°C, 99% des coraux dépériront, victime du blanchiment. Ce n'est pas beaucoup mieux pour le reste de l'écosystème de ces îles : les espèces endémiques disparaîtront si le réchauffement atteint 3°C, selon le Giec.

Une habitabilité en sursis. Enfin, c'est tout simplement la possibilité de vivre sur ces îles qui est menacée par le réchauffement climatique. "La vulnérabilité de ces communautés, tout particulièrement celles qui dépendent des récifs coralliens pour vivre, pourra dépasser les limites de l'adaptation bien avant 2100, même avec un scénario de faible émission de gaz à effet de serre", avertissent les scientifiques. Au-delà de la montée du niveau marin, qui grignote leurs territoires, ces îles risquent de manquer d'eau douce et de nourriture.

En Guyane

Avec la Guyane, le territoire français est aussi exposé aux risques qui menacent la forêt amazonienne. Cette forêt, "l'un des plus grands réservoirs de biodiversité et de carbone", est "très vulnérable à la sécheresse". Elle a déjà fait des dégâts en 1998, 2005, 2010, 2015 et 2016. Cela se traduit par une augmentation de la mortalité des arbres et une réduction de la productivité de la forêt. Le changement climatique favorise aussi la progression dans la région de la dengue, du chikungunya et du virus Zika, transmis par le biais des piqûres de moustique.

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