Pourquoi la contestation ne faiblit pas à Hong Kong

Après 22 week-ends de manifestations, la mobilisation ne semble pas marquer le pas et les rassemblements dégénèrent de plus en plus souvent en heurts violents avec les forces de l'ordre.

Des manifestants portant le masque de Guy Fawkes, à Hong Kong, le 5 novembre 2019. 
Des manifestants portant le masque de Guy Fawkes, à Hong Kong, le 5 novembre 2019.  (VERNON YUEN / NURPHOTO / AFP)

Cinq mois de mobilisation. A Hong Kong, la contestation ne faiblit pas et les actions quasi-quotidiennes deviennent de plus en plus violentes. Dernier incident en date : la mort, vendredi 8 novembre, d'Alex Chow, un étudiant en informatique de 22 ans. Le jeune homme avait été retrouvé, quelques jours plus tôt, gisant dans une flaque de sang à l'intérieur d'un parking, à proximité duquel des affrontements avaient eu lieu entre la police et les manifestants.

Mobilisés dans un premier temps par un projet de loi visant à faciliter les extraditions vers la Chine continentale, finalement retiré le 4 septembre, les Hongkongais continuent de protester massivement. Franceinfo vous explique pourquoi.

Parce que les revendications des manifestants ont évolué

"Non à l'extradition." Début juin, les manifestants se sont élevés contre un texte très controversé, voulu par l'exécutif hongkongais et qui, s'il avait été adopté, aurait autorisé l'île à extrader ses résidents vers la Chine continentale. Si les autorités hongkongaises souhaitaient cette loi pour permettre à la région de ne plus servir de refuge à certains criminels, les opposants ont craint une utilisation politique de ces extraditions par Pékin. D'abord suspendu, le texte a finalement été retiré en septembre.

Mais cette annonce n'a pas calmé la colère des manifestants. Aujourd’hui, la mobilisation agrège une batterie de revendications, dont la lutte contre les inégalités et une enquête sur l'attitude de la police. Parmi elles également, l'instauration d'un véritable suffrage universel, qui fait écho au mouvement des Parapluies de 2014, au cours duquel le cœur financier de la ville avait été occupé pendant 79 jours par des centaines de personnes, principalement des jeunes. Le gouvernement n'avait alors pas plié face à la volonté de la rue d'instaurer la démocratie.

Parce que l'ingérence de Pékin dans les affaires du pays est tangible

Bien que la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, ait annoncé plusieurs mesures économiques et sociales pour calmer le jeu (construction de logements, assouplissement des prêts immobiliers, augmentation des aides), aucune concession politique n’a été accordée. Et encore moins concernant le rôle de Pékin dans les affaires de l'île.

"Hong Kong is not China !" est ainsi devenu l'un des mots d'ordre des manifestants, qui estiment que leur système politique est inféodé à Pékin. Depuis 1997, le statut de Hong Kong est celui de "région administrative spéciale". La ville aux 7,4 millions d’habitants est en fait régie selon le principe "un pays, deux systèmes". Ainsi, elle est sous souveraineté chinoise, mais possède des structures politiques, législatives, juridiques et financières différentes de celles de l'empire du Milieu. Certains Honkgongais ont toutefois le sentiment que l'accord de rétrocession et le fameux principe "un pays, deux systèmes" ne sont plus respectés.

Par exemple, le chef de l'exécutif hongkongais est élu par un comité de 1 200 membres appelé "le Petit Cercle". Ces derniers sont directement choisis par Pékin et chaque député élu au Conseil législatif (le Parlement local) doit prêter allégeance au pouvoir central. En 2016, des députés prodémocratie avaient d'ailleurs été destitués car ils avaient refusé de prononcer correctement ce serment. Carrie Lam, la dirigeante actuelle, en poste depuis 2017, cristallise la colère des protestataires, car elle symbolise toute l'influence de Pékin et sa politique. Les Hongkongais ne cessent de demander sa démission.

Parce que les libertés reculent et les lois se durcissent

Dans la lignée de la destitution de certains députés, le gouvernement a invalidé fin octobre la candidature de Joshua Wong, figure du mouvement, aux élections locales hongkongaises. Selon l'exécutif, le jeune homme a défendu "l'autodétermination" de Hong Kong, ce qui est contraire à l'esprit de la loi fondamentale de l'ex-colonie britannique. Il ne peut donc pas devenir un représentant du peuple.

Signe d'un durcissement des lois, les autorités hongkongaises ont interdit, vendredi 4 octobre, le port des masques en public, masques que les manifestants avaient pris l'habitude de porter pour ne pas être poursuivis en justice. Carrie Lam a invoqué une loi d'urgence qui n'avait plus été utilisée depuis 1967. "Nous pensons que la nouvelle loi aura un effet dissuasif sur les manifestants violents et les émeutiers masqués, et assistera la police dans sa mission de maintien de l'ordre", a-t-elle déclaré. Cette loi, qui remonte à l'époque coloniale, ne nécessite pas de vote du Conseil législatif.

Sitôt cette interdiction annoncée, des centaines de manifestants ont décidé de la braver, en se rassemblant dans le centre-ville, un masque sur le visage. Ils ont également profité d'Halloween, jeudi 31 octobre, pour défiler masqués à travers toute l'île.