Soudan : le gouvernement britannique critiqué sur la stratégie d'évacuation de ses ressortissants

Londres profite du cessez-le-feu de 72 heures au Soudan mardi pour débuter l'évacuation des Britanniques encore sur place. Une réaction trop tardive, reprochée au gouvernement, alors que plusieurs pays d'Europe rapatrient leurs ressortissants depuis le week-end.
Article rédigé par France Info
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Les soldats britanniques partent pour évacuer les ressortissants britanniques au Soudan, le 25 avril 2023. (MARK JOHNSON / MOD / AFP)

C'est une opération d'envergure qu'a démarré Londres,mardi 25 avril, alors qu'il reste 4 000 ressortissants britanniques à évacuer du Soudan. Cette opération débute pendant le cessez-le-feu de 72 heures. "Les vols seront ouverts à tous les Britanniques ayant un passeport et la priorité sera donné aux familles avec enfants et aux personnes les plus âgées ou avec un problème de santé", indique le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. 

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Les familles, les personnes âgées, malades ou blessées sont ainsi invitées à rejoindre l'aérodrome Wadi Saeedna, à l’extérieur de Khartoum, et à embarquer dans des avions militaires. Ces civils ne doivent pas se rendre sur place s’ils n’ont pas été appelés, prévient James Clerverly, le ministre des Affaires étrangères, qui ajoute : "Nous voulons maintenir le cessez le feu le plus longtemps possible. Nous voulons aider un maximum de britanniques mais ça reste une situation imprévisible et dangereuse." Un cessez-le-feu fragile, dont s'est néanmoins félicité le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell, qui exhorte "les deux parties à la respecter pleinement".

Depuis le 15 avril, les combats font rage à Khartoum, la capitale du Soudan. Des milliers d'habitants vivent dans le chaos, et ceux qui ne peuvent pas s'enfuir tentent de survivre, privés d'eau et d'électricité, soumis aux pénuries de nourriture et aux coupures d'internet et de téléphone. Les combats ont déjà fait plus de 427 morts et 3 700 blessés, selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires. 

Londres anticipe l'évacuation de 2 000 ressortissants qui ont signalé aux autorités vouloir être évacués du pays. "Je rends hommage aux forces armées britanniques, aux diplomates et aux agents des douanes pour mener cette opération complexe", déclare sur Twitter le Premier ministre Rishi Sunak qui, selon son porte-parole, a décidé lundi tard dans la soirée de lancer l'opération. Les passagers seront dans un premier temps acheminés jusqu'à une base de la Royal Air Force à Chypre, d'où un premier avion est parti vers le Soudan, avant de pouvoir regagner le Royaume-Uni, selon un porte-parole du Premier ministre Rishi Sunak. 

" Pourquoi avons-nous été abandonnés ?"

Le gouvernement britannique doit faire face à des critiques sur sa réaction tardive. Plusieurs pays d'Europe ont exfiltré leurs ressortissants ce week-end : en tout, plus de 1 000 citoyens européens ont quitté le Soudan. La France déclare avoir évacué 538 personnes, dont 209 Français. L'Ukraine a elle pu faire sortir du pays 138 personnes, dont 87 de ses ressortissants. Tokyo a dit de son côté avoir évacué "tous les Japonais qui se trouvaient à Khartoum" et qui désiraient partir. Environ 700 employés internationaux de l'ONU, d'ONG et d'ambassades "ont été évacués vers Port-Soudan", a également indiqué l'ONU. Une trentaine de diplomates britanniques ont pu tout de même être évacués avec leurs familles. En tout, des ressortissants de 41 nationalités différentes ont été pris en charge.

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Le Royaume-Uni a tenté de justifier ce que certains qualifient "d'abandon de ses citoyens" en mettant en avant la situation sécuritaire extrêmement tendue du Soudan. Mais pour Jonathan, Londres a surtout réagi trop tard : ce Britannique a pu quitter Khartoum dans un vol affrété par la France. Sur Sky News, il dénonce la lenteur de son pays.

"Cette guerre s’intensifiait sous mes yeux. Après six ou sept jours de conflit, vous vous dites : alors ? Que va faire notre gouvernement pour nous ?"

Jonathan, citoyen britannique évacué du Soudan

à Sky News

"En réponse, c'était toujours le même message : ne bougez pas. Ces Britanniques piégés à Khartoum doivent se demander : pourquoi avons-nous été abandonnés ?", s'indigne Jonathan. L’opération en cours mobilise environ 1 500 soldats, et seules les personnes qui détiennent un passeport britannique seront acceptées à bord des vols de la Royal Air Force. "La sécurité de tous les citoyens britanniques au Soudan continue d'être notre première priorité et nous exhortons chacun à continuer de suivre nos recommandations de déplacement" dans le pays, insiste le ministère des Affaires étrangères. "Nous travaillons à d'autres options pour aider les Britanniques à quitter le Soudan", ajoute-t-il. 

  

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