Le point sur les franchises de Daech qui frappent en Afrique

Depuis l’annonce proclamée de la fin du "califat", l'organisation Etat islamique a revendiqué plus de 5 500 opérations militaires dans 30 pays, dont la plus grande majorité a eu lieu sur le continent africain.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des habitants fuient leur village après une attaque du groupe ADF près de Béni, dans l'est de la République démocratique du Congo, en février 2020. (ALEXIS HUGUET / AFP)

Entre la chute de Baghouz dans l'Est syrien, le 23 mars 2019, et fin février 2021, le groupe Etat islamique a revendiqué 5 665 opérations militaires dans 30 pays, selon l’AFP, qui cite un analyste spécialiste de Daech qui requiert l'anonymat et publie ses recherches sur le compte Twitter Mister_Q. Si le plus grand nombre des attaques répertoriées ces deux dernières années ont eu lieu en Irak et en Syrie, plusieurs régions du continent africain ont été visées par des groupes armés affiliés à Daech. Les plus actifs sont l'EIGS, ISWAP, ADF et al-Shabab (qui n'ont pas de liens avec les Shebabs somaliens affiliés à Al-Qïda). Des nébuleuses aux objectifs souvent flous mais avec une capacité de nuisance certaine.

L'EIGS dans la zone des Trois frontières

Ce groupe revendique la plupart des attaques perpétrées dans l’immense région du Sahel, notamment dans la zone dite des Trois frontières (Mali, Burkina Faso, Niger). L'Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS) vise aussi bien les militaires que les civils dans ces trois pays visés également par l'organisation rivale Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Désigné ennemi numéro un par la France et les pays du G5-Sahel, l'EIGS est dirigé par Adnan Abou Walid al-Sahraoui, un dissident d’Al-Qaïda. C’est en 2015 que ce chef jihadiste, qui avait opéré dans le Nord Mali, prête allégeance à l’organisation Etat islamique. Depuis, son groupe mène des opérations "au nom du califat". Le chef de l'EIGS est sur la liste des terroristes recherchés patr le département d’Etat américain.

Boko Haram et ISWAP au Nigeria

Désignée à l'origine comme une secte, ce groupe islamiste sème la terreur depuis 2009 dans le nord du Nigeria, où il multiplie les attaques et les enlèvements, notamment contre les chrétiens. Le nom de Boko Haram, dirigé par Abubakar Shekau, est notamment associé à l’enlèvement des 200 lycéennes à Chibok en avril 2014.

Deux ans plus tard, le groupe qui poursuit les attaques et les kidnappings se scinde en deux avec, d’un côté, la faction historique et de l’autre, l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest ou Islamic State West Africa Province (ISWAP), une branche plus organisée, dirigée par Abu Musab al-Barnawi et reconnue par Daech. Les groupes Boko Haram et Iswap contrôlent de vastes zones rurales ainsi que des routes stratégiques, où ils s’en prennent violemment aux soldats, aux civils et aux membres d'ONG.

Les ADF au Congo

C’est le groupe armé le plus meurtrier parmi une centaine d’autres encore actifs dans l'est de la République démocratique du Congo. Les forces démocratiques alliées ou Allied Democratic forces (ADF) sont à l'origine des rebelles ougandais musulmans installés depuis 1995 dans l'est du Congo.

Sous la direction de l’Ougandais Seka Musa Baluku, la milice ADF terrorise depuis 2014 des civils sans défense dans la région de Beni et ses environs. Dès avril 2019, le groupe Etat islamique a revendiqué certaines attaques commises par les ADF, mais un groupe d’experts de l’ONU sur la RDC affirmait fin 2020 n’avoir "pu établir aucun lien direct" entre l’organisation et les ADF. En mars 2021, les Etats-Unis ont désigné les ADF parmi les "groupes terroristes" affiliés à Daech en les appelant ISIS-DRC ou Daech-RDC.

Al Shabab au Mozambique

Le groupe implanté dans la province de Cabo Delgado à majorité musulmane est à l’origine une organisation religieuse prénommée Ansar al-Sunna (les partisans de la tradition). Depuis 2015, elle prône la lutte contre la corruption et l'application de la charia (la loi islamique) dans cette région du nord, l’une des plus pauvres du Mozambique.  Au fil des ans, le mouvement que l’on appelle aussi al-Shabab (les jeunes en arabe) prend une tournure violente et mène ses premières attaques en 2017. Depuis, il monte en puissance et lance des actions au nom de l’organisation Etat islamique. En mars 2021, le département d’Etat américain a placé ce groupe sur la liste des organisations terroristes sous l’appellation de Daech-Mozambique.

Le groupe islamiste, qui contrôle un large périmètre dans le nord du pays, va "certainement vouloir étendre de plus en plus son territoire", souligne Benjamin Augé, chercheur associé au centre Afrique subsaharienne de l'Institut français des relations internationales (Ifri) dans une interview à franceinfo. Il y explique la stratégie d'al-Shebab et l'évolution de la situation au Mozambique.

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