Sécheresse : huit conséquences de cet été (presque) sans pluie

La sécheresse n'épargne quasiment aucun département de France métropolitaine : 87 départements subissent des mesures de restriction d'eau. Une situation qui a de graves conséquences pour les agriculteurs, dont l'activité est menacée, mais pas seulement. 

Un champs de tournesols, dans le Gard, le 20 août 2019. 
Un champs de tournesols, dans le Gard, le 20 août 2019.  (PASCAL GUYOT / AFP)

La sécheresse s'est durablement installée sur l'Hexagone. Jeudi 29 août, le site gouvernemental Propluvia dénombrait 87 départements français concernés par des restrictions d'eau (sur 89 en France métropolitaine), dont 41 en situation de "crise". 

La carte des zones de sécheresse en France, le 29 août 2019.
La carte des zones de sécheresse en France, le 29 août 2019. (PROPLUVIA)

Alors que d'importantes mesures d'économie d'eau ont été prises dans certaines régions de France, aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels, franceinfo énumère les conséquences de cette météo trop sèche. 

1Des restrictions d'eau pour presque tous les Français

Quand un département est jugé en situation de crise, les prélèvements non prioritaires, y compris à des fins agricoles, sont interdits, sous peine d'amendes pouvant s'élever à 1 500 euros. Seuls les prélèvements en relation avec la santé, la sécurité civile, l'eau potable ou encore la salubrité sont autorisés. 

Ainsi, en Dordogne, il est interdit d'arroser son jardin entre 8 heures et 20 heures. Laver sa façade, sa terrasse, sa voiture ou encore remplir sa piscine est interdit en permanence, souligne France Bleu. En Corrèze, les secteurs jusqu'à présent en alerte sont passés en alerte renforcée : dans les bassins hydrographiques de la Vézère, de l'Auvézère et de la Corrèze, seul l'arrosage des potagers reste autorisé, et ce pendant la nuit. Dans l'Aisne comme dans le Gard, les préfectures ont pris des mesures visant à réduire la consommation d'eau. Mais elles sont parfois difficiles à mettre en œuvre, notamment pour les agriculteurs : dans l'Indre, les demandes de dérogation à ces restrictions ont été multipliées par quatre, selon La Nouvelle République.

2Des camions-citernes approvisionnent certaines communes

En Corrèze, sept communes ont mis en place des rotations de camions-citernes pendant le week-end pour alimenter leur réseau d'eau potable. Selon France Bleu Limousin, l'eau est prélevée dans le réseau de Bort-les-Orgues, puis injectée dans le réseau des sept communes – Sarroux-Saint-Julien, Saint-Bonnet-près-Bort, Saint-Victour, Margerides, Monestier-Port-Dieu, Thalamy et Veyrières, à quelques kilomètres au sud d'Ussel. Sans ce dispositif, 4 000 habitants seraient privés d'eau du robinet.

La société Véolia, qui gère ce réseau, appelle depuis samedi les habitants à la vigilance. Mais la consommation d'eau n'a pas baissé et le rythme des rotations risque de devoir s'intensifier dès lundi. 

En Creuse, à Guéret – une ville de près de 13 500 habitants –, le maire craint de devoir bientôt prendre des mesures similaires. Interrogé dimanche sur franceinfo, il a déclaré disposer de "100 jours de provision d'eau (...). Après, il faudra trouver des solutions extérieures, avec des camions-citernes pour approvisionner la ville". "Aujourd'hui, la production des sources est quasiment inférieure de 30% à ce qu'elle était il y a quelque temps, si bien que désormais, on a une production d'eau qui est inférieure à la consommation", s'est-il inquiété. 

3De nouvelles retenues d'eau vont voir le jour

Pour assurer l'irrigation des terres agricoles, le gouvernement va autoriser la mise en place d'une "soixantaine" de retenues d'eau sur le territoire en 2019, a annoncé le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, jeudi 29 août. "On ne va pas regarder la pluie tomber du ciel pendant six mois et la chercher les six autres mois de l'année", a-t-il défendu sur le plateau de CNews. 

Or, ces projets sont régulièrement attaqués devant les tribunaux administratifs par les associations de défense de l'environnement. Treize projets de "bassines" dans le département des Deux-Sèvres, deux en Charente-Maritime et un dans la Vienne sont notamment contestés par des militants écologistes qui dénoncent un système pompant principalement les ressources des nappes souterraines et soutenant l'agriculture jugée intensive. Les retenues vont donc "se faire sur des projets de territoire discutés" avec les écologistes, a affirmé Didier Guillaume, appelant au "pragmatisme" pour que l'agriculture "soit résiliente et puisse avancer". 

4Les éleveurs manquent de nourriture pour leurs bêtes 

La sécheresse prive les agriculteurs des fourrages indispensables pour nourrir leurs bêtes. Leurs terres sont sèches, brûlées. Or, recourir aux stocks de nourriture prévus pour l'hiver dès l'été met en péril les finances, mais aussi les animaux. Heureusement, certains peuvent compter sur la solidarité des agriculteurs céréaliers. Sur une plateforme, ils proposent à leurs voisins de la paille à petit prix. Ainsi, de la paille de Seine-et-Marne peut rejoindre une exploitation dans l'Allier. 

 

5Des agriculteurs se tournent vers les eaux usées

Le recyclage des eaux usées est un procédé prometteur pour mieux gérer les ressources hydriques. Pour certains agriculteurs, elles permettent de continuer à travailler en dépit de la sécheresse. A Roquefort-des-Corbières (Aude), France 2 a rencontré un viticulteur qui a opté pour cette solution. Il irrigue les 15 hectares de vignes de la coopérative avec les eaux usées. Pour arriver au pied des vignes, les eaux font l'objet d'un double traitement. Après la station d'épuration, elles sont traitées une seconde fois dans un bassin de stockage de 3 000 m3. Pendant plusieurs jours, les rayons UV du soleil améliorent leur qualité. L'élimination de bactéries et de virus potentiellement présents se poursuit à l'intérieur d'un conteneur de traitement.

Selon un sondage récent, 3 Français sur 4 seraient enclins à consommer des légumes irrigués avec des eaux usées dépolluées. 

6La France risque de manquer d'olives

A cause de la sécheresse, certains arbres qui avaient donné 100 kilos d'olives il y a un an resteront quasiment infructueux. France 3 a rencontré un producteur qui espère atteindre péniblement une tonne d'olives cueillies en 2019, soit sept fois moins que l'année précédente. Le Centre technique de l'olivier a en effet mesuré des températures sous terre atteignant les 26 °C durant plus d'un mois, contre une seule journée l'an passé. 


Dans les Alpes-Maritimes, la production d'olives est en baisse de 60% en moyenne cette année. "On a des gens qui ont pratiquement perdu la récolte aujourd'hui, à 90%", souligne Jean-Philippe Frère, de la chambre d'agriculture, à France Bleu Azur. "Sur d'autres parcelles, cela serait 40 à 50%."

7Les forêts de l'est du pays pourraient changer de visage

En Alsace, dans la forêt de la Hartt, les arbres meurent de soif. Pour la sauver, de nouvelles espèces plus résistantes à la sécheresse sont plantées, marquant la fin du règne du chêne. Il y a trente ans, une plantation de cèdres de l'Atlas a été expérimentée, et le fait qu'ils se portent bien en période de sécheresse est donc une piste pour les futures plantations d'arbres dans l'est de la France.

8Le prix des assurances augmente 

En raisons des intempéries, sécheresse incluse, la facture d'assurance est de plus en plus salée pour les agriculteurs, les collectivités et les Français en général, explique Emmanuel Cugny dans son "Brief éco". A l'heure actuelle, seul un agriculteur français sur trois est couvert par une assurance "multirisque climatique", tandis que de nombreux Français vivent dans des maisons construites sur des terrains argileux et menacées de fissures ou d’écroulement en cas de sécheresse prolongée.