Affaire Estelle Mouzin : comment Michel Fourniret est devenu le suspect numéro un

La juge d'instruction a prévu un déplacement avec le tueur en série et son ex-épouse jeudi à Guermantes, puis un autre dans les Ardennes à la fin du mois.

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Une affiche montrant le visage d'Estelle Mouzin, affichée le 15 mars 2003 à Paris, peu après la disparition d'Estelle. (CBA / AFP)

La jeune Estelle Mouzin a-t-elle été victime de l'"ogre des Ardennes" ? L'étau se resserre autour de Michel Fourniret, désigné par son ex-femme, Monique Olivier, comme l'auteur de l'enlèvement, du viol et du meurtre de la fillette de 9 ans, disparue le soir du 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). Dernier élément en date : des SMS échangés le soir des faits entre le tueur en série et son ancienne épouse, a appris franceinfo de source judiciaire, lundi 12 octobre, confirmant une information d'Europe 1. La juge d'instruction Sabine Kheris a prévu un déplacement avec les deux ex-époux jeudi à Guermantes puis un autre dans les Ardennes à la fin du mois.

Ces nouveaux éléments interviennent à l'issue d'une série d'événements qui, au cours des onze derniers mois, ont fait de Michel Fourniret le suspect numéro un. Il a d'ailleurs été mis en examen en novembre 2019 pour "enlèvement et séquestration suivis de mort" dans cette affaire. Franceinfo revient sur les étapes qui ont permis à la justice d'associer le nom du tueur en série à celui de la fillette disparue. 

Un alibi remis en cause par les premières révélations de son ex-femme

Michel Fourniret a longtemps nié être impliqué dans la disparition d'Estelle à Guermantes (Seine-et-Marne) le 9 janvier 2003, assurant qu'il se trouvait chez lui ce soir-là. La preuve, selon lui : il avait appelé son fils depuis son domicile de Sart-Custinne (Belgique), pour son anniversaire. Ce dernier n'avait pas répondu, mais la réalité de l'appel avait été attestée par des relevés téléphoniques. En 2007, la police l'avait donc mis hors de cause une première fois.

Mais de premières révélations de son ex-femme ont fait tomber cet alibi. Le 21 novembre 2019, Monique Olivier a, en effet, expliqué à la juge d'instruction que c'était elle qui avait passé le coup de téléphone en question, à la demande de son époux qui était alors absent du domicile. "Cela signifie que Michel Fourniret n'était pas à Sart-Custinne le jour de la disparition d'Estelle Mouzin. Il était ailleurs", a expliqué Richard Delgenes. 

Il est lui-même passé aux aveux

Une fois son alibi discrédité par Monique Olivier, Michel Fourniret a changé de version. En effet, le tueur en série a avoué "à deux reprises", début mars 2020, devant le juge d'instruction, le meurtre de la fillette. "Il a reconnu qu'il était l'auteur du meurtre d'Estelle Mouzin. Ce n'est pas un scoop. On avait déjà beaucoup d'éléments qui le mettaient en cause", avait réagi sur franceinfo Didier Seban, avocat de la famille d'Estelle.

En effet, le 27 novembre 2019, sans passer formellement aux aveux, Michel Fourniret avait déjà conseillé à la juge d'instruction de chercher le corps "entre l'école et le domicile" de l'enfant, selon le procès-verbal d'audition dont franceinfo a pris connaissance. Dès juin 2007, Michel Fourniret avait écrit au président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Reims, comme le racontait L'Express à l'époque. L'"ogre des Ardennes" demandait que le dossier Estelle Mouzin et ceux de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece soient joints aux affaires pour lesquelles il était déjà renvoyé devant les assises. Début 2018, le tueur en série a avoué les faits dans ces deux dernières affaires.

Cependant, "il faut savoir que [Michel Fourniret et Monique Olivier] sont tous les deux de grands manipulateurs" et "les enquêteurs actuels vont devoir aller plus loin" que ces aveux, mettait en garde, le 22 novembre, Jean-Marc Bloch, ancien directeur du service régional de la PJ de Versailles. Peu après les dernières révélations de Monique Olivier, Didier Seban a poutant souhaité, dans un entretien à franceinfo, que cette enquête "se termine""Michel Fourniret est trop fier de son œuvre criminelle pour revendiquer des crimes commis par d'autres. C'est évident que c'est lui. Monique Olivier a donné des précisions telles que l'on peut être sûrs que ce sont eux. Nous en étions sûrs depuis longtemps. Nous avions redemandé que l'enquête se poursuive sur cette orientation", a déclaré l'avocat de la famille d'Estelle.

Des photos et un reportage sur Estelle Mouzin ont été retrouvés sur son ordinateur

En juin 2006, le parquet de Charleville-Mézières (Ardennes), où sont instruits les crimes du tueur en série, prévient la Chancellerie que Michel Fourniret pourrait "raisonnablement être suspecté dans la disparition d'Estelle Mouzin". Quelques semaines plus tard, les enquêteurs retrouvent une série de cassettes vidéo appartenant à Michel Fourniret.

Sur l'une d'elles se trouve un reportage de la chaîne belge RTL, consacré à la disparition d'Estelle Mouzin. En analysant son ordinateur, les enquêteurs découvrent aussi que Michel Fourniret a consulté des photos de la fillette sur internet. En prison, le pédocriminel affirme alors s'être seulement intéressé à l'affaire et nie toute implication. 

La camionnette blanche, le portrait-robot… des détails troublants

A l'époque de la disparition d'Estelle Mouzin, les enquêteurs recherchaient une camionnette blanche décrite par plusieurs témoins. Or, Michel Fourniret possédait le même genre de camionnette, avec laquelle il arpentait la Seine-et-Marne durant la même période. Autre détail notable : trois semaines avant la disparition de la fillette, une de ses camarades d'école avait raconté avoir été importunée par un individu. 

Un portrait-robot, établi à partir de sa description, ressemblait à celui de Fourniret, soulignait en novembre 2019 Didier Seban sur France Bleu Paris : "Le portrait-robot dressé par une petite fille avant la disparition d'Estelle (…) nous amène vers Michel Fourniret". Des sources au Parisien glissaient également que "la juge a des témoignages faisant état de la présence de Fourniret à Guermantes. Bien sûr, c'est à prendre avec des pincettes après seize ans, mais ça semble sérieux."

Monique Olivier avait par ailleurs confirmé au juge qu'Estelle Mouzin "était tout à fait le genre de jeune fille qui pouvait satisfaire" son ancien mari. "Les éléments sont réunis pour avancer très sérieusement sur la seule piste qui existe dans l'affaire", concluaient les avocats de la famille d'Estelle, Corinne Herrmann et Didier Seban, après la mise en examen de Michel Fourniret en novembre 2019.

Son ex-femme l'accuse directement

Lors d'une audition fin août, Monique Olivier a finalement affirmé que Michel Fourniret avait kidnappé Estelle Mouzin le 9 janvier 2003, qu'il l'avait emmenée à Ville-sur-Lumes "pour la séquestrer" et "qu'il l'[avait] violée et étranglée", a déclaré son avocat,  Me Richard Delgenes, à la presse. Des fouilles menées fin juin à Ville-sur-Lumes, d'abord dans la cave d'une maison ayant appartenu à la sœur du tueur, décédée un an avant l'enlèvement d'Estelle, puis au domaine du Sautou, une propriété isolée ayant appartenu à Michel Fourniret, n'ont pourtant pas permis de retrouver le corps de la fillette.

"Tous les éléments mènent au couple Fourniret, cela fait des années que ça les met en cause, nous avons les éléments pour dire que c'est eux. Il faut terminer cette enquête et donner la vérité à la famille qui l'attend depuis si longtemps", a réagi Didier Seban, avocat de la famille Mouzin

Entendue depuis mardi à Paris par la juge d'instruction, Monique Olivier, 71 ans, est désormais mise en examen pour "complicité", a précisé Richard Delgenes. 

De l'ADN partiel de la fillette retrouvé dans l'ancienne maison de la sœur de Fourniret

Des traces d'ADN partiel d'Estelle ont été retrouvées sur un matelas dans la maison de Ville-sur-Lumes ayant appartenu à la sœur de Michel Fourniret, ont affirmé, vendredi 21 août, l'avocat de Monique Olivier, Richard Delgenes, et l'avocate du père d'Estelle Mouzin, Corinne Herrmann.

"Sur ce matelas se trouve de l'ADN partiel d'Estelle Mouzin à deux endroits différents, précise à France Inter Richard Delgenes. L'expert ne peut pas affirmer à 100% qu'il s'agit d'Estelle Mouzin parce que l'ADN est partiel, il a été mélangé à des traces ADN d'une autre victime."

Des SMS échangés entre Fourniret et Monique Olivier le soir de la disparition

La juge d'instruction s'intéresse à des SMS échangés le soir des faits entre Michel Fourniret et son ex-épouse, a appris franceinfo de source judiciaire, confirmant une information d'Europe 1. A l'issue de l'audition, vendredi 9 octobre, de Monique Olivier, l'avocat de cette dernière avait indiqué à la presse que la juge Sabine Kheris l'avait interrogée sur "des échanges de SMS entre (...) Michel Fourniret et Monique Olivier sur des périodes clés".

Ils se seraient envoyé ces messages le soir du 9 janvier 2003, selon cette même source. La justice, qui en ignore le contenu, tente de déterminer si l'"ogre des Ardennes" n'aurait pas informé sa femme (qu'il tenait souvent au courant de ses agissements) sur ce qu'il était alors en train de faire. L'analyse des lignes du tueur en série est une demande ancienne des avocats du père d'Estelle Mouzin, réclamée depuis 2006, mais cela n'avait pas été effectué jusqu'à récemment.

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