Présidentielle 2022 : quatre questions sur la proposition d'Anne Hidalgo d'organiser une primaire à gauche, déjà largement rejetée

Le scrutin envisagé par la socialiste, qui pourrait se greffer à la Primaire populaire, semble très compromis tant il est rejeté par le reste de la gauche.

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La candidate du PS à l'élection présidentielle 2022, Anne Hidalgo, lors d'un meeting à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 20 novembre 2021. (ERIC DESSONS / JDD / SIPA)

Véritable volonté d'union ou dernière carte d'une candidate en perte de vitesse ? La proposition d'Anne Hidalgo d'organiser une primaire pour désigner un candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle 2022, annoncée mercredi 8 décembre sur TF1, a surpris. Moins de 24 heures plus tard, elle a déjà du plomb dans l'aile : Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont tous refusé de participer. Franceinfo fait le point sur cette proposition et les réactions suscitées.

>>Primaire à gauche proposée par Anne Hidalgo : "ce n'est pas la solution", répond le candidat PCF, Fabien Roussel. Suivez notre direct.

1Que propose Anne Hidalgo ?

Sur TF1, mercredi soir, la candidate socialiste a appelé à "organiser une primaire de la gauche, arbitrée par nos concitoyens". "Je ne suis pas là pour dire qui peut y participer ou pas", a-t-elle ajouté. Sa proposition s'adresse à "celles et ceux qui veulent gouverner ensemble". "Il faudra bien sûr faire campagne pour celui ou celle qui gagnera", s'est engagée la maire de Paris, interrogée sur l'hypothèse d'une victoire de Jean-Luc Mélenchon.

Si son appel reste lettre morte, Anne Hidalgo affirme en revanche qu'elle ne retirera "évidemment" pas sa candidature à l'élection présidentielle.

Cette proposition d'organiser une primaire est une surprise. L'invitation de la candidate socialiste a d'ailleurs été présentée par TF1 comme une annonce de "dernière minute", moins de trois heures avant le journal.

2Que répondent les candidats de gauche ?

Un seul candidat, également à la peine dans les sondages, a réagi plutôt positivement à cette annonce : Arnaud Montebourg. L'ancien ministre socialiste avait publié quelques heures plus tôt une lettre ouverte dans laquelle il se disait prêt à "offrir" de s'effacer derrière "un candidat commun". "Je me réjouis de l'initiative prise par Anne Hidalgo à la suite de mon appel", a-t-il réagi sur franceinfo mercredi soir. Arnaud Montebourg ne s'est pas pour autant engagé à participer à la primaire : il pose comme condition la participation de "ceux qui sont en tête". "Je ne vais pas me retrouver dans une primaire avec Mme Hidalgo en tête-à-tête, ça n'a aucun sens", a-t-il tranché.

Ailleurs, l'accueil a été bien différent. Si Jean-Luc Mélenchon ne s'est pas encore exprimé, plusieurs représentants de La France insoumise ont balayé l'idée. "Nous, ça ne nous fait pas rêver", a tranché la députée Danièle Obono mercredi soir sur BFMTV. "Les candidats, ce sont des programmes", a aussi réagi le député Eric Coquerel sur RTL, jeudi matin. "Entre Anne Hidalgo, qui est encore très proche de l'héritage de François Hollande, et nous, il y a des différences très profondes."

Le refus est tout aussi net chez l'écologiste Yannick Jadot, l'autre candidat de gauche qui devance Anne Hidalgo dans les sondages. "Non, je ne participerai pas à une primaire de la gauche", a-t-il répondu jeudi sur Europe 1. "Parce que l'élection, c'est dans quatre mois et demi, et qu'il faut être un peu sérieux." Il voit dans cette annonce surprise "un constat d'échec" de la part d'Anne Hidalgo. Plus cinglant encore, sur franceinfo, le secrétaire national d'EELV, Julien Bayou, y perçoit "une sorte de stratagème pour habiller peut-être un retrait." Il tranchait dès mercredi soir sur Twitter : "Le projet d'avenir, c'est l'écologie. La primaire a déjà eu lieu et le candidat c'est Yannick Jadot."

Le communiste Fabien Roussel exclut également de participer. "La primaire, c'est fait pour trancher sur tel ou tel candidat. Nous pensons, nous, que le problème de la gauche est d'être en capacité de se rassembler sur un programme", a-t-il expliqué sur franceinfo jeudi. Lançant un appel à Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg : "Si vous ne savez pas quoi faire, si vous doutez de votre candidature, venez nous rejoindre."

Même dans le camp socialiste, certains semblent sceptiques. BFMTV filmait mercredi la réaction de François Hollande au sujet d'une candidature commune de la gauche, réagissant aux propos d'Arnaud Montebourg. "Ça ne s'improvise pas, estimait-il alors. Une candidature d'union n'a de sens que s'il y a un programme commun (...) or on sait que ce n'est pas le cas."

Cette idée de primaire a été rejetée si vite que le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a déjà pu réagir, jeudi matin sur France Inter. "Aujourd'hui, tous vous répondront 'j'ai piscine', 'je fais autre chose', parce que personne ne veut voir la réalité. Mais on ne peut pas continuer à être dans le déni", a-t-il plaidé, assurant croire que l'idée peut encore s'imposer.

3Dans quel délai faudrait-il organiser une primaire ?

Le premier tour de l'élection présidentielle aura lieu le 10 avril 2022, dans quatre mois. Un délai très court notamment pointé par les écologistes. "C'est une fausse proposition de primaire, hors délai", commente David Cormand, un des responsables de la campagne de Yannick Jadot, dans un article du Monde.

Une primaire tardive ne serait pas inédite. En 2017, le candidat socialiste Benoît Hamon avait été désigné le 29 janvier (mais le premier tour de l'élection présidentielle était programmé plus tard, le 23 avril). Le calendrier électoral impose d'avoir déposé ses 500 parrainages d'élus avant le 4 mars mais cette échéance ne serait pas forcément un problème pour des candidats dont la collecte est bien avancée. Anne Hidalgo affirme qu'elle dispose déjà des signatures requises.

Si la gauche devait improviser une primaire de dernière minute, elle pourrait aussi se greffer à une initiative déjà existante, la Primaire populaire. Ce scrutin doit avoir lieu en ligne entre le 27 et le 30 janvier. Un appel en sa faveur a été signé près de 250 000 fois. Son fonctionnement est un peu particulier : lors d'une première phase, les internautes ont proposé le nom d'une personnalité de leur choix, qui ne devait pas forcément être candidate. Parmi les 10 noms les plus cités figurent notamment Christiane Taubira, François Ruffin, Clémentine Autain et l'économiste Gaël Giraud. La liste définitive des candidatures soumises au vote doit être arrêtée le 15 janvier. Les candidats devront cependant être volontaires.

"Il existe une primaire populaire qui rassemble déjà plus de 230 000 citoyens. On peut s'appuyer dessus et envisager des modalités plus larges", expliquait Anne Hidalgo au Monde mercredi soir. Un des porte-paroles des organisateurs a salué son annonce. "Je les vois tout à l'heure pour discuter avec eux de la façon dont on peut organiser ensemble un processus démocratique" a déclaré Olivier Faure sur France Inter jeudi.

4Anne Hidalgo n'avait-elle pas refusé une primaire ?

Certains détracteurs de sa proposition, comme l'Insoumis Alexis Corbière, n'ont pas manqué de rappeler les propos que tenait encore Anne Hidalgo mercredi matin sur France 2. "Vous savez très bien qu'une union qui serait perçue comme artificielle, parce qu'il y a des candidats qui depuis très longtemps sont déclarés, ne fonctionnerait pas", répondait-elle au sujet de l'union proposée par Arnaud Montebourg. En novembre, sur Public Sénat, elle rejetait plus explicitement encore l'organisation d'un scrutin pour départager les candidats de gauche : "Je ne suis pas favorable à ce type de primaires. (...) Nous ne portons pas les mêmes propositions."

La candidate du PS s'était aussi fermement opposée à l'organisation d'une primaire socialiste, réclamée par son rival, Stéphane Le Foll. Un compromis avait finalement été trouvé : l'organisation d'un vote réservé aux militants, en octobre, qu'elle avait remporté.

Au printemps, quand Yannick Jadot avait organisé une réunion entre les différentes formations de gauche pour tenter de trouver un terrain d'entente, Anne Hidalgo avait participé à une première rencontre, en avril, alors qu'elle n'était pas officiellement candidate. Elle s'était alors félicitée du lancement d'un travail "qui doit proposer aux Français une coalition, et pourquoi pas une candidature commune". Mais l'initiative s'était délitée entre cette première réunion et la seconde, en mai, à laquelle Anne Hidalgo était absente.

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