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Résultats des législatives 2022 : percée du RN, Ensemble ! sans majorité absolue, des ministres battus... Les enseignements du second tour

Une percée historique du Rassemblement national, le recul du parti présidentiel et de ses alliés, la Nupes qui devient la première force d'opposition... Dans un contexte d'abstention record, voici les enseignements du second tour des élections législatives, dimanche. 

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France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Les résultats du second tour des élections législatives 2022 sont marqués par une forte abstention, un revers pour Ensemble !, la Nupes qui devient la première force d'opposition et une percée pour le RN. (FRANCEINFO / AFP)

C'est un coup de tonnerre. Le Rassemblement national réalise une percée historique au second tour des élections législatives, dimanche 19 juin, et obtient 89 sièges. Ensemble !, la coalition des partis qui soutiennent Emmanuel Macron, obtient 245 sièges au Palais-Bourbon, selon les résultats définitifs. Loin derrière les 289 sièges permettant de décrocher la majorité absolue. 

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La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) devient la deuxième force politique de l'Assemblée nationale, avec 133 sièges. Les Républicains, l'UDI et les divers droite en récoltent 74. Mais au-delà de la répartition en sièges, voici les enseignements de ce second tour.

L'abstention reste très forte

Au niveau national, l'abstention s'établit à 53,77% au second tour, selon les résultats du ministère de l'Intérieur. Il s'agit du deuxième plus haut taux, après le record enregistré il y a cinq ans, lors des élections de 2017, où 57,36% des électeurs avaient boudé les urnes.

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Ce chiffre confirme la tendance lourde, observée depuis le début de la Ve République : le désintérêt des Français pour les élections législatives. Il y a vingt ans, l'abstention ne dépassait pas les 40%. En 2012, elle s'élevait à 44,60%. Depuis, elle a grimpé de 10 points.

Le Rassemblement national réalise un score historique

Aucun qualificatif n'est trop fort pour Jordan Bardella, président par intérim du Rassemblement national, qui évoque un "tsunami" de son parti. La formation d'extrême droite obtient 89 sièges à l'Assemblée nationale et peut constituer un groupe parlementaire. C'est la deuxième fois qu'il y parvient après l'élection en 1986, où il avait obtenu 35 députés à la faveur d'une élection à la proportionnelle.

"Le peuple a décidé d'envoyer un très puissant groupe parlementaire de députés RN à l'Assemblée, qui devient ainsi un peu plus nationale."

Marine Le Pen

en conférence de presse

Marine Le Pen a, d'ailleurs, été largement réélue dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. La formation politique de la finaliste de la présidentielle 2022, qualifiée au premier tour dans 208 circonscriptions, améliore largement son score par rapport à 2017 où seulement huit élus avaient pu entrer au Palais-Bourbon"Nous avons atteint les trois objectifs que nous nous étions fixés : faire d'Emmanuel Macron un président minoritaire (...), poursuivre la recomposition politique indispensable (...) et constituer un groupe d'opposition déterminant face aux déconstructeurs d'en haut, les macronistes, et les déconstructeurs d'en bas, cette extrême gauche antirépublicaine", a ajouté Marine Le Pen. 

Marine Le Pen parle d'"un très puissant groupe parlementaire du RN à l'Assemblée"

En refusant toute alliance avec Reconquête !, le parti d'Eric Zemmour, le RN avait confiance en sa dynamique après le score déjà historique obtenu par Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle en avril (41,45%, contre 33,9% en 2017). Le RN va donc pouvoir peser dans le débat politique national en vue de la présidentielle de 2027.

Ensemble ! échoue à décrocher une majorité absolue

"C'est une première place décevante, mais une première place." Sur France 2, la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, n'a pas caché sa déception. La coalition présidentielle Ensemble ! n'obtient que 245 sièges, loin des 289 nécessaires pour obtenir la majorité absolue. La vague de 2017, quand 350 députés LREM et Modem s'étaient imposés au second tour, est bien loin.

Comme Michel Rocard en 1988, Elisabeth Borne ne pourra s'appuyer que sur une majorité relative. Un résultat qui ouvre "la possibilité d'un gouvernement empêché, entravé, qui ne peut pas mener toutes les réformes qu'il souhaite", expliquait à franceinfo le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier.

Sur certains sujets brûlants, comme la réforme des retraites, il faudra "faire preuve de beaucoup d'imagination" pour agir, a estimé le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire. "On composera avec tous ceux qui veulent faire avancer le pays, la main est tendue", a assuré Olivia Grégoire. 

La Nupes devient la première force d'opposition

L'alliance des partis de gauche a réalisé une "percée incroyable", selon les mots de la députée de La France insoumise (LFI) Clémentine Autain. La Nupes obtient 133 sièges de députés. Dans le détail, LFI obtient 72 sièges, Europe Ecologie-Les Verts 23, le Parti socialiste 26 et enfin le Parti communiste, 12. Les écologistes retrouvent donc un groupe parlementaire cinq ans après l'avoir perdu.

Face à ses militants, Jean-Luc Mélenchon s'est réjoui de la "déroute totale" du parti présidentiel. Il a fustigé "l'échec moral" des membres de la majorité "qui donnaient des leçons à tout le monde sans arrêt et qui se prétendaient le barrage à l'extrême droite et qui ont eu pour principal résultat d'en avoir renforcé les rangs".

Jean-Luc Mélenchon a aussi rappelé, dimanche soir, qu'il n'y aurait aucun rapprochement avec le groupe Ensemble ! "Il n'y a aucun clivage à dépasser avec nous parce que nous ne sommes pas du même monde (...). Nous n'avons pas les mêmes valeurs", a-t-il insisté. 

L'intégralité de la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon

Trois ministres candidats battus

Le gouvernement est déjà promis à un remaniement : certains de ses membres, candidats malheureux dimanche, sont démissionnaires d'office selon une règle tacite imposée par l'Elysée. Ainsi, le ministère de la Santé et de la Prévention aura un nouvel hôte après la défaite de Brigitte Bourguignon dans la 6e circonscription du Pas-de-Calais, face à la candidate RN, Christine Engrand. La secrétaire d'État chargée de la Mer, Justine Benin, a été battue dans la 2e circonscription de Guadeloupe par Christian Baptiste (DVG), soutenu par la Nupes. Amélie de Montchalin échoue de son côté à se faire élire dans la 6e circonscription de l'Essonne. La ministre de la Transition écologique est battue par le socialiste Jérôme Guedj qui a lui-même annoncé sa victoire dimanche soir.

Par ailleurs, la Première ministre, Elisabeth Borne, a été élue députée du Calvados avec 52,46% des voix face à Noé Gauchard (Nupes). Tout comme certains de ses ministres. Après une campagne marquée par des accusations de viols le visant, Damien Abad a été réélu pour son troisième mandat dans l'Ain. Dix autres membres du gouvernement obtiennent aussi un siège : Olivier Dussopt (Travail), Marc Fesneau (Agriculture), Olivier Véran, (Relations avec le Parlement), Stanislas Guerini (Transformation et Fonction publiques), Gabriel Attal (Action et Comptes publics), Olivia Grégoire (porte-parole du gouvernement), Franck Riester (Commerce extérieur) Yaël Braun-Pivet, (Outre-Mer), Clément Beaune (chargé des Affaires européennes), Gérald Darmanin (Intérieur).

Plusieurs cadors de la macronie perdent leur siège

Parmi les figures de la macronie éjectées de leur fauteuil figure le président sortant de l'Assemblée, Richard Ferrand. Il a reconnu sa défaite dans la 6e circonscription du Finistère face à Mélanie Thomin (Nupes). L'ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu s'est inclinée devant la femme de chambre et syndicaliste Rachel Keke, dans la 7e circonscription du Val-de-Marne. L'ex-ministre de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, n'a pas réussi à se faire élire dans la 9e circonscription des Français de l'étranger.

Le député sortant de la majorité présidentielle et rapporteur général du Budget, Laurent Saint-Martin, est défait au second tour de la 3e circonscription du Val-de-Marne. Quant au président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner, il a été battu dans les Alpes-de-Haute-Provence par Léo Walter (Nupes).

La droite est déplumée, mais elle pourrait être courtisée

L'alliance LR-UDI-DVD n'obtient que 74 députés au soir du second tour et perd donc une soixantaine de sièges dans la nouvelle Assemblée. En 2017, face à la vague macroniste, la droite avait terminé le second tour avec près de 27% des voix et 136 députés dans l'Hémicycle. Malgré ce recul, la droite républicaine pourra jouer un rôle crucial à l'Assemblée lorsque la majorité présidentielle cherchera des renforts. Le président de LR, Christian Jacob, a déjà prévenu : "Pour ce qui nous concerne, nous avons fait campagne dans l'opposition, nous sommes dans l'opposition, nous resterons dans l'opposition."

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