Reportage Législatives 2024 : en campagne dans le Tarn, Guilhem Carayon, président des jeunes LR, assume sans complexe l'alliance avec le RN

Article rédigé par Clément Parrot - envoyé spécial à Aussillon (Tarn)
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 9 min
Guilhem Carayon, candidat LR/RN sur la 3e circonscription du Tarn, en campagne sur le marché d'Aussillon, le 20 juin 2024. (CLEMENT PARROT / FRANCEINFO)
En position favorable dans la 3e circonscription du Tarn, Guilhem Carayon a souhaité "bâtir une alliance des patriotes", quitte à décevoir une partie de sa famille politique. En face de lui, le député sortant de la majorité Jean Terlier et le candidat du Nouveau Front populaire Julien Lassalle tentent de lui barrer la route.

"On va gagner grâce à une grande coalition de la droite !" A 25 ans, Guilhem Carayon a déjà l'assurance des vieux routiers de la politique. Sur le marché d'Aussillon, dans la 3e circonscription du Tarn, le jeune ambitieux mène campagne, jeudi 20 juin, pour tenter de se faire élire député lors des législatives anticipées dont le premier tour a lieu le 30 juin. Le président des jeunes LR, qui n'a pas été exclu de son mouvement, a choisi de suivre Eric Ciotti dans sa volonté d'alliance avec le Rassemblement national"Cet accord, il aurait fallu le faire avant, parce que si ça continue, ça va être la guerre civile dans le pays", se réjouit une électrice historique du RN en récupérant le tract du candidat. Tandis qu'un militant s'énerve : "Je ne vous serre pas la main, car je fais barrage à l'extrême droite."

Au centre du prospectus, le large sourire de Guilhem Carayon est entouré d'Eric Ciotti et de Jordan Bardella, avec la mention "candidat Républicain soutenu par le Rassemblement national", sans le logo de LR. "Je n'ai pas envie d'être dépendant d'un contentieux. On a réfléchi avec Eric Ciotti à une formulation et on a vu avec les avocats", explique-t-il, pensant déjà à la victoire. "Je ne me bats pas pour passer les 6% à chaque élection et pour qu'on sauve six sièges au Parlement européen. Je veux qu'on accède au pouvoir pour changer le pays." 

"LR était tombé dans l'indifférence et n'intéressait plus personne. On a obtenu 7% aux européennes, alors qu'on a réalisé une super campagne."

Guilhem Carayon, candidat LR/RN dans le Tarn

à franceinfo

Le fils de Bernard Carayon, ancien député et toujours patron des LR dans le département, n'aura pas d'autre candidat de droite face à lui, contrairement à plusieurs de ses camarades. "A titre personnel, j'aurais aimé mettre quelqu'un face à lui, mais on a été pris de court. Mais cela ne vaut ni soutien, ni investiture", précise Michèle Tabarot, présidente de la commission nationale d'investiture LR branche "canal historique", qui a investi près de 400 candidats. La décision arrange aussi le député sortant Jean Terlier (Renaissance), qui avoue avoir téléphoné à Michèle Tabarot pour éviter une autre candidature. Objectif ? Se donner une chance de récupérer des voix à droite et d'accéder au second tour. 

Front contre front

Le scrutin s'annonce donc incertain, mais Guilhem Carayon sait qu'il a de l'avance. "Il faut gagner maintenant", s'impatiente une sympathisante sur le marché. "Si on ne gagne pas là, on ne gagnera jamais", répond avec enthousiasme le candidat de l'Union de l'extrême droite, selon l'étiquette choisie par le ministère de l'Intérieur. "Si on prend les projections des européennes, on devrait sortir largement en tête et se retrouver face à la LFI", calcule son suppléant, Alexandre Pujol. Aux élections européennes, le Rassemblement national a terminé loin devant, avec 35,6% des voix sur cette circonscription, qui s'étend de Lavaur à Mazamet en passant par Castres. Le score monte à 43,1% avec l'addition des voix LR et permet à Guilhem Carayon d'espérer mieux que sa quatrième place et ses 16,28% obtenus en 2022.  

Guilhem Carayon débat avec un militant LFI sous le regard amusé du député sortant Jean Terlier, le 20 juin 2024 sur le marché d'Aussillon (Tarn). (CLEMENT PARROT / FRANCEINFO)

Entre les stands de fruits et légumes, les trois principaux candidats se retrouvent sur le marché d'Aussillon. Julien Lassalle, le candidat LFI du Nouveau Front populaire, se montre tout aussi ferme : "On a déjà fait campagne l'un contre l'autre, mais à l'époque il était candidat républicain. Il a fait le choix de s'allier avec l'extrême droite, qui porte un projet raciste et xénophobe pour le pays. Je vais tout faire pour qu'il soit battu."  

"En tant que fils d'immigré espagnol, je peux dire ce qu'est l'extrême droite à ceux qui disent 'qu'on ne les a pas essayés'." 

Julien Lassalle, candidat Nouveau Front populaire aux législatives dans le Tarn

à franceinfo

Face à l'alliance de gauche, Guilhem Carayon a choisi sa cible et détourne volontiers la notion de front républicain. "Si on est au second tour, on va faire un 'front républicain' face à l'extrême gauche", répète le candidat en distribuant ses tracts. Il appelle déjà les électeurs centristes à "faire barrage". "Je n'ai pas envie d'avoir Jean-Luc Mélenchon Premier ministre, ou encore le fiché S Raphaël Arnault comme ministre de la Jeunesse" , lance-t-il, même si l'alliance de gauche n'a pas encore désigné de chef de file. "Je ne veux pas jouer sur les peurs, mais moi, j'ai peur pour mon pays", explique-t-il. 

L'autoroute A69 au cœur de la campagne

Guilhem Carayon raille aussi le programme économique de la gauche, avec le smic à 1 600 euros net "qui ferait couler toutes les entreprises". Mais il se montre moins à l'aise concernant les différences de programme économique entre LR et le RN. "Il y a beaucoup de nos propositions, issues de notre contre-budget, qui se retrouvent dans le projet de coalition qu'on défend", assure-t-il, avant de rappeler les priorités de l'alliance que sont "le pouvoir d'achat, la sécurité et l'immigration". Il sera d'ailleurs lundi aux côtés de Jordan Bardella, à Paris, pour détailler ce programme qui n'a eu de cesse d'évoluer ces derniers jours.

"Macron a cramé la caisse. On l'avait vendu comme le Mozart de la finance et sa gestion a été calamiteuse. Notre enjeu, c'est de rassurer."

Guilhem Carayon

à franceinfo

Dans la circonscription, c'est aussi un dossier local qui cristallise les débats : le chantier de l'autoroute A69, qui doit relier Castres à Toulouse. Le candidat de la majorité, Jean Terlier, le sait et affiche la couleur sur ses tracts avec la mention "pour l'A69". "L'autoroute, il faut la faire, merde !", s'emporte un électeur d'Eric Zemmour en interpellant les candidats. "Si je gagne, on ira au bout du projet, on rétablira l'ordre public et on expulsera les zadistes, promet Guilhem Carayon. Mon opposant de gauche veut un moratoire, il veut suspendre le projet". Le candidat LFI Julien Lassalle assume cette mesure pour "apaiser" et "ouvrir un dialogue" : "Je pense que le moratoire, c'est la possibilité d'une sortie par le haut."

"Un peu d'opportunisme"

Un peu plus tard dans la matinée, sur le petit marché couvert de Labastide-Rouairoux, à l'autre bout du département, Guilhem Carayon s'aperçoit que son alliance avec le RN n'est pas approuvée par tous. "Je pense qu'il y a un peu d'opportunisme", juge un traiteur qui ne votera pas "pour les extrêmes". "Il cherche à se faire élire d'une manière ou d'une autre en faisant des alliances contre-nature", estime aussi Yannick, maraîcher bio. Ali, un habitant de Mazamet, avait voté pour le candidat en 2022 et regrette désormais son choix. "Il a critiqué à fond le RN et maintenant, il est avec eux ? C'est traître", s'agace-t-il.

Mais le président des jeunes LR n'en démord pas. "Je suis en accord avec mes convictions. J'ai toujours dit que j'étais à la droite de LR, d'une droite populaire", estime celui qui souhaite désormais "bâtir une alliance des patriotes".

"J'ai davantage de convergences avec le RN qu'avec Macron." 

Guilhem Carayon

à franceinfo

Le jeune élève avocat, qui gère sa campagne tout en terminant l'écriture de son mémoire, tente de rassurer sur la préservation de l'Etat de droit, comme sur la mise à l'écart des éléments les plus radicaux au sein du RN. "Je ne veux pas qu'il y ait dans les rangs des gens qui ne soient pas républicains, des violents ou des agressifs. Mais je crois qu'objectivement, le Rassemblement national a fait le travail", assure-t-il. Concernant le passé sulfureux du Front national, il relativise : "Jordan Bardella a 28 ans et on lui parle encore de Jean-Marie Le Pen. On pourrait aussi parler du PS de Mitterrand et de René Bousquet. Chaque parti a une histoire complexe."

"Je n'ai pas peur du Rassemblement national"

Dans les rues de la petite ville de Mazamet aussi, une page d'histoire semble également s'être tournée sur les dérapages du passé"Cette alliance ne me dérange pas. Je crois qu'il faut évoluer avec son temps", déclare Dany, 71 ans, inquiète du pouvoir d'achat des retraités. "Je ne comprends pas pourquoi on reproche à la droite de s'allier avec l'extrême droite, alors que la gauche avec l'extrême gauche, ça ne pose aucun problème", s'indigne un chef d'entreprise, en vidant un pastis dans un bar de la ville. "Je n'ai pas peur du Rassemblement national. Regardez Meloni en Italie, elle fait venir des étrangers" , explique aussi Amy, originaire de Djibouti et qui vit en France depuis vingt-neuf ans.

"Dans l'électorat, le débat est plus partagé que chez les dirigeants politiques, analyse le maire divers-droite de Mazamet, Olivier Fabre. Certains se demandent pourquoi on ne pourrait pas s'allier avec un parti qui s'est débarrassé des excès d'un Jean-Marie Le Pen et avec lequel on partage beaucoup de choses sur le régalien, sur la sécurité".

"Je ne donnerai qu'une consigne de vote sur ces élections, c'est de faire barrage à l'extrême gauche."

Olivier Fabre, maire de Mazamet

à franceinfo

"Il y a des gens qui ont hésité, qui se sont demandé si cette alliance était la bonne solution", reconnaît Guilhem Carayon, tout en assurant avoir fait "un travail de pédagogie". Certains cadres LR restent toutefois critiques. Richard Amalvy, militant historique de droite républicaine, se dit "peiné" du choix de son jeune ami. "Je l'ai vu grandir, c'est perturbant. Je considère qu'il abîme son talent avec une alliance contre-nature", tranche l'ancien élu, qui a toujours sa carte des Républicains. "L'extrême droite est une caricature de la droite. Ils ont fait la jonction sur les questions de sécurité, sur l'identitaire. Si je peux être d'accord sur les symptômes, je ne le suis pas sur l'analyse des causes et sur les solutions." Et l'ancien responsable local du RPR de conclure en citant les mots de Jacques Chirac, "Ne composez jamais avec l'extrémisme", puis ceux de François Mitterrand : "Le nationalisme, c'est la guerre". 


Liste des candidats pour le premier tour :

  •  Julien LASSALLE (Union de la gauche)
  •  Chantal TRESSENS (Extrême gauche)
  •  Alban AZAIS (Droite souverainiste)
  •  Jean TERLIER (Ensemble ! (Majorité présidentielle))
  •  Guilhem CARAYON (Union de l'extrême droite)
  •  Claire DAUGÉ (Régionaliste)

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