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Jean-Marie Le Pen, une vie politique jalonnée de propos condamnés par la justice

Le cofondateur du FN a été condamné, mercredi, pour deux propos polémiques. Et ce n'est pas la première fois.

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France Télévisions
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Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front national, photographié ici le 27 janvier 2016, chez lui à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). (JOEL SAGET / AFP)

Jean-Marie Le Pen entretient une longue relation tumultueuse avec les salles d'audience. Le cofondateur du Front national l'a encore prouvé, mercredi 6 avril, puisqu'il a été condamné deux fois en une seule journée. D'abord pour des propos visant la communauté rom. Ensuite pour avoir répété, une nouvelle fois, que les chambres à gaz sont un "détail" de l'histoire de la seconde guerre mondiale. Francetv info revient sur les propos condamnés par la justice qui ont jalonné, jusqu'ici, la carrière politique mouvementée du "Menhir".

1984 : la "véritable invasion" des étrangers

Cette année-là, pour la première fois de sa carrière, Jean-Marie Le Pen est l'invité du grand rendez-vous politique de l'époque, "L'heure de vérité", sur Antenne 2. Il en profite pour tenir des propos polémiques en rafale : il y compare l'avortement à un génocide, laisse entendre que certains français juifs seraient légalement mieux protégés que les autres et dénonce "la véritable invasion qui est en train de se produire dans notre pays, la constitution de villes étrangères."

Trois ans plus tard, c'est cette dernière déclaration qui lui vaut d'être condamné à 3 000 francs d'amende par le tribunal de Paris pour "provocation à la haine, la discrimination et la violence raciale", en plus des 5 000 francs dont il doit s'acquitter pour un tract jugé raciste, diffusé en 1983.

1987 : le premier "point de détail de l'histoire"

Invité du "Grand Jury" sur RTL, le 15 septembre 1987, Jean-Marie Le Pen est interrogé sur l'existence des chambres à gaz : "Je n'ai pas spécialement étudié la question, mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale." Le tollé est général en France, certains membres du FN claquent la porte et le monde politique se déchaîne contre le leader frontiste.

En mai 1990, il est condamné à verser 1 franc de dommages et intérêts aux dix associations qui ont porté plainte contre lui. Le jugement estime que les propos du président du FN sont "de nature à remettre en cause, à banaliser ou, pour le moins, rendre moins spécifiquement dramatiques les persécutions et les souffrances infligées aux déportés, et plus particulièrement aux Juifs et aux Tziganes par les nazis". L'année suivante, la peine est alourdie en appel, comme le raconte Le Monde à l'époque, avec près de 1,2 million de francs à verser au total.

1988 : le jeu de mots sur "Durafour crématoire"

Lors des universités d'été du FN, organisées cette année-là au Cap d'Agde (Hérault), Jean-Marie Le Pen remplit son discours de calembours douteux. Il se moque ainsi du ministre de la Fonction publique Michel Durafour. "Durafour et du moulin" rigole d'abord le leader frontiste, avant de l'appeler "M. Durafour crématoire".

Ces propos lui valent d'abord d'être condamné à 10 000 francs d'amende, avant d'être relaxé en appel, comme l'explique alors Le Monde. Mais cette décision est annulée en cassation et le leader frontiste est finalement condamné à 100 000 francs d'amende en juin 1993, par la cour d'appel de Paris.

1996 : Fodé Sylla, "le gros zébu fou"

Le 2 août 1996, Jean-Marie Le Pen s'en prend à Fodé Sylla. Celui qui était alors président de SOS-Racisme avait déclaré, quelques heures plus tôt, que le leader du FN avait "du sang sur les mains", en commentant l'affaire de la profanation du cimetière juif de Carpentras, acte un temps attribué à des militants proches du FN. Le Pen réplique lors d'une conférence de presse, comme le raconte Libération. Il traite Henri Hadjenberg et Jack Lang "d'extrémistes juifs", Serge July "d'anti-goy", et dénonce les "délires du gros zébu fou Fodé Sylla".

Onze mois, plus tard, le fondateur du FN est condamné à 5 000 francs d'amende par le tribunal de Paris pour cette insulte faite au dirigeant associatif. La cour a estimé que la comparaison avec un animal n'était pas blessante, mais qu'il "n'en est pas ainsi du mot zébu qui correspond, dans l'esprit du public, à un mammifère gras et ruminant, dont la propension à l'action ou à la réflexion paraît peu développée".

1996 : "L'inégalité des races"

C'est une nouvelle fois à l'occasion de l'université du FN que Jean-Marie Le Pen fait polémique, le 30 août 1996. Depuis La Grande-Motte (Hérault), il a ainsi déclaré qu'il croit "à l'inégalité des races" : "Elles n'ont pas toutes les mêmes capacités, ni le même niveau d'évolution historique."

Le leader du FN a été condamné à verser 10 000 francs à l'Union des étudiants juifs de France, tout comme son bras droit de l'époque, Bruno Mégret, qui avait lui déclaré croire en "la supériorité d'une race sur une autre", lors d'une émission diffusée sur France 2 en février 1997.

1997 : le "détail de l'histoire", épisode 2

Jean-Marie Le Pen n'est pas en France, le 5 décembre 1997, lorsqu'il remet en avant la polémique du "détail de l'histoire". Il est à Munich, en Allemagne, et vient épauler Franz Schoenhuber, un ancien Waffen-SS, et un proche du leader frontiste, à côté duquel il a siégé au Parlement européen. Le président du Front national déclare alors que, dans "un livre de mille pages sur la seconde guerre mondiale, les camps de concentration occupent deux pages et les chambres à gaz dix à quinze lignes, ce qui s’appelle un détail".

Il est rapidement poursuivi pour contestation de crime contre l'humanité et condamné, le 26 décembre 1997, par le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), à verser jusqu'à 750 euros à 11 associations, jugement confirmé en appel le 13 septembre 1999. Entre-temps, le 2 juin 1999, il est condamné en Allemagne à une amende d'un montant inconnu.

2005 : l'occupation allemande pas "particulièrement inhumaine"

Cette fois, c'est une interview accordée au journal d'extrême droite Rivarol qui fait scandale en janvier 2005. Jean-Marie Le Pen y affirme que, "en France du moins, l'occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine, même s'il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés." Il ajoute : "Si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins, comme l'affirme la vulgate, il n'y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques."

Après une série de péripéties judiciaires, le président du FN a finalement été définitivement condamné, pour contestation de crime contre l'humanité, à trois mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende, par la cour d'appel de Paris le 16 févier 2012, la cour de cassation rejetant le pourvoi de Jean-Marie Le Pen en juin 2013.

2013 : la présence "urticante et odorante" des Roms

En préparation des municipales à Nice, où il vient soutenir le parachutage de Marie-Christine Arnautu, Jean-Marie Le Pen accorde une interview à Nice-Matin, le 4 juillet 2013, et donne le ton sur les axes de la campagne du FN : "Vous avez quelques soucis, paraît-il, avec quelques centaines de Roms qui ont dans la ville une présence urticante et disons... odorante."

Un peu moins de trois ans plus tard, le tribunal correctionnel de Nice l'a condamné, mercredi 6 mars, à 5 000 euros d'amende pour "provocation à la haine et à la discrimination ethniques" pour ces propos jugés discriminatoires.

2014 : le "détail de l'histoire", épisode 3

Ce mercredi, une autre déclaration polémique de Jean-Marie Le Pen a été sanctionnée par la justice. Et c'est une nouvelle fois pour avoir défendu sa thèse selon laquelle les chambres à gaz sont "un détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale" que le leader du FN a été condamné pour contestation de crime contre l'humanité, à verser 30 000 euros d'amende. Cette fois, c'est sur BFMTV, lors de l'émission "Bourdin Direct", en avril 2014, qu'il s'était exprimé.

Au-delà de la condamnation, cette dernière affaire avait surtout entraîné un processus d'exclusion du FN visant son fondateur. Plus qu'une énième condamnation judiciaire, c'est donc sa ligne politique, régulièrement marquée par les outrances, qui a finalement provoqué la naissance d'un conflit interne l'opposant à sa propre fille, Marine. Laquelle a profité du goût pour la polémique de son père pour prendre seule les rênes du FN.

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