Réforme des retraites : pourquoi les annonces d'Edouard Philippe ne satisfont pas les grévistes de la SNCF et de la RATP

Le Premier ministre a officiellement mis sur les rails, mercredi, la fin des régimes spéciaux. Notamment ceux des agents de la RATP ou de la SNCF, qui leur permettaient jusqu'ici de partir à la retraite plus tôt.

Un agent de la SNCF marche à Perpignan (Pyrénées-Orientales) contre la réforme des retraites, le 10 décembre 2019.
Un agent de la SNCF marche à Perpignan (Pyrénées-Orientales) contre la réforme des retraites, le 10 décembre 2019. (JC MILHET / HANS LUCAS / AFP)

Le terminus de la grève contre la réforme du système de retraite ne semble pas être pour demain. En actant officiellement la disparition des régimes spéciaux, mercredi 11 décembre, le Premier ministre, Edouard Philippe, semble surtout avoir (re)gonflé à bloc les rangs de la SNCF et de la RATP qui en bénéficiaient.

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Les syndicats des deux entreprises publiques ont d'ores et déjà annoncé un durcissement du mouvement entamé il y a une semaine. Franceinfo vous résume là où ça coince. 

En quoi consiste leur régime spécial jusqu'à présent ?

Jusqu'à aujourd'hui, les employés de la SNCF et certains agents de la RATP bénéficient d'un régime spécial. Il leur permet de cesser de travailler plus tôt : 52 ans (principalement pour les conducteurs des deux entreprises) ou 57 ans (pour les autres agents de la SNCF et certains techniciens de la RATP). Un régime qui se justifie historiquement par la pénibilité de leur travail : pollution souterraine, températures extrêmes, horaires décalés, travail de nuit, efforts physiques importants, travail le week-end et les jours fériés… 

Mais dans les faits, tous les agents n'utilisent pas cette possibilité. Car plusieurs réformes successives, en 2008, 2010 et 2014, ont augmenté le nombre d'annuités nécessaires pour bénéficier d'une retraite à taux plein, qui est désormais comparable à celui en vigueur dans les autres régimes.

Selon un rapport de la Cour des comptes rendu public en juin, l'âge moyen de départ à la retraite était de 56,9 ans à la SNCF fin 2017, et de 55,7 ans à la RATP. Cet âge moyen de départ à la retraite est en constante augmentation depuis une dizaine d'années, mais reste loin des niveaux des autres fonctionnaires (59,2 ans dans la fonction publique hospitalière, 61,3 ans dans la fonction publique d'Etat, 61,6 ans dans la territoriale). Et encore plus loin des salariés du privé (63 ans).

Que vont devenir ces régimes après la réforme des retraites ?

Le projet de réforme des retraites proposé par le gouvernement signe la fin pure et simple de ces deux régimes de retraite. Exit donc la possibilité de partir à 52 ou à 57 ans. Les agents de la SNCF et de la RATP devront donc attendre, comme les autres salariés, l'âge de 62 ans pour partir à la retraite. Et ils seront concernés par l'instauration d'un "âge d'équilibre" de 64 ans avec un malus pour tout départ avant cet âge, et un bonus pour un départ après.

Quant aux pensions de retraite, elles ne seront plus calculées sur la base des six derniers mois (les plus avantageux), mais sur la totalité de la carrière. Pour la RATP, Le Parisien calcule qu'un conducteur de RER, qui peut aujourd'hui espérer une retraite aux alentours de 2 500 euros par mois en partant entre 55 et 57 ans, perdrait entre 20% et 30% de sa pension si la réforme entrait en vigueur.

Face à la colère des agents, qui observent une grève massive depuis le 5 décembre, l'exécutif fait une concession de taille : alors que la réforme doit s'appliquer pour les salariés nés à partir de 1975, les bénéficiaires de régimes spéciaux ont droit à un sursis de cinq ou dix ans, selon les cas. Ainsi, pour les agents dont l'âge légal de départ est actuellement fixé à 57 ans, ceux nés avant 1980 ne seront pas touchés par la réforme. Et pour les agents dont l'âge légal de départ est fixé à 52 ans, le nouveau système ne s'appliquera que pour les générations 1985 et suivantes.

Autre aménagement : comme les autres salariés, les agents de la SNCF et de la RATP pourront bénéficier du compte pénibilité (C2P), ce qui n'est pas le cas actuellement. Ce dispositif permet, selon certains critères de pénibilité, de cumuler des points qui donnent droit au salarié d'avancer son départ en retraite. Le gouvernement assure d'ailleurs que "davantage de points seront accordés pour tous ceux qui exercent longtemps des métiers pénibles", sans préciser si les conducteurs de la SNCF et de la RATP entrent dans cette catégorie.

Pour Edouard Philippe, "les garanties données" justifient que la grève "s'arrête". Le Premier ministre souhaite désormais que "les présidents d'entreprises publiques engagent le dialogue avec les organisations syndicales".

Que demandent les syndicats ?

Les syndicats du rail, qui réclament le retrait pur et simple du projet, n'ont pas été convaincus par ces annonces. Didier Mathis, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire (deuxième syndicat de la SNCF), juge la réforme "inacceptable". "Ce sont 52 000 cheminots qui vont perdre le calcul sur les six derniers mois, et pas 30 000 comme le gouvernement l'annonce", assure-t-il. L'Unsa, comme la CGT-Cheminots (premier syndicat) et SUD-Rail (troisième), appelle à poursuivre voire amplifier la grève.

A la RATP, l'Unsa, qui est le principal syndicat, appelle à "installer la mobilisation dans la durée" et à "élargir le mouvement au-delà des transports". "Il n'y a pas de réponses, ce gouvernement cultive le désespoir des gens", estime son secrétaire général, Thierry Babec, pour qui "le discours du Premier ministre était construit pour renverser certains secteurs de l'opinion publique", comme les indépendants ou les agriculteurs.

Jeudi 12 décembre, les agents de la SNCF et de la RATP entrent dans leur huitième jour de grève consécutif. Le mouvement, très suivi, occasionne toujours de très fortes perturbations. Au lendemain des annonces d'Edouard Philippe, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, a même promis qu'il n'y aurait "pas de trêve à Noël". Le bras de fer ne fait peut-être que commencer, à l'approche des fêtes. 

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