Bonnets rouges, profs de prépas, cavaliers : ils ont tous manifesté, qui a gagné ?

Les mouvements de contestation ont pullulé cet automne, chacun défendant ses propres intérêts. Certains ont gain de cause, d'autres non. Francetv info dresse la liste des gagnants et des perdants.

Manifestation de \"bonnets rouges\" contre l\'écotaxe le 30 novembre 2013 à Carhaix-Plouguer (Finistère).
Manifestation de "bonnets rouges" contre l'écotaxe le 30 novembre 2013 à Carhaix-Plouguer (Finistère). (FRED TANNEAU / AFP)

La fronde bretonne est-elle en train de connaître son épilogue ? Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault est attendu à Rennes (Ile-et-Vilaine), vendredi 13 décembre, pour la signature officielle du Pacte d'avenir destiné à la région. 

Ce geste du gouvernement, qui a débloqué en urgence deux milliards d'euros pour la Bretagne, s'inscrit dans un contexte de fronde sociale généralisée et hétéroclite, des profs de prépas aux cavaliers anti-"équitaxe". Mais les différents mouvements de contestation n'ont pas tous eu gain de cause.

Francetv info dresse la liste des (presque) gagnants et des (plutôt) perdants. 

Les "bonnets rouges" : plutôt gagnants 

Leurs revendications. Elles se sont multipliées, dans un effet boule de neige, au fur et à mesure du mouvement. Mais il faut surtout en retenir deux. Les bonnets rouges demandent la suppression de l'écotaxe, qui devait être payée à partir de janvier 2014 par tous les camions de plus de 3,5 tonnes roulant en France. Elle est particulièrement dénoncée en Bretagne, une région enclavée et donc plus touchée. L'instauration de cette taxe y est intervenue dans un contexte de difficultés économiques pour le secteur de l'agroalimentaire dans la région. D'où la seconde revendication : un plan d'action des pouvoirs publics pour la Bretagne.

Ce qu'ils ont obtenu. Les bonnets rouges ont décroché la suspension de l'écotaxe, mais pas sa suppression. Le calendrier de sa mise en œuvre demeure flou. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a évoqué une application possible après janvier 2015. Pour ce qui est de la Bretagne, un pacte d'avenir de près de deux millions d'euros a été débloqué pour la région, dont la moitié pour le secteur agri-agroalimentaire.

Pourquoi ça a presque marché. Les bonnets rouges n'y sont pas allés de main morte pour faire valoir leur cause : violences au sein des manifestations, radars incendiés, portiques écotaxe détruits... La facture de la fronde bretonne atteint près de 7 millions d'euros. Sans compter le coût de la remise en cause du contrat avec Ecomouv', la société chargée de collecter l'écotaxe, qui pourrait s'élever à 800 millions d'euros. De quoi expliquer, en partie, la réticence du gouvernement à supprimer tout bonnement cette taxe, qui devait lui rapporter 900 millions d'euros par an.

Reste que la mobilisation a pris une telle ampleur, avec des manifestations de masse en Bretagne et un risque de contagion à d'autres régions, que l'exécutif n'avait d'autre choix que de tout suspendre. En s'éternisant, le mouvement a agrégé petit à petit diverses franges de la société, des agriculteurs aux anti-mariage pour tous.

Les profs de prépas : gagnants

Leurs revendications. Les enseignants de classes préparatoires aux grandes écoles protestent contre le projet de réforme du statut du métier d'enseignant. Celui-ci prévoit une hausse de leur nombre minimal d'heures de cours par semaine (de 8 à 10 heures) tout en diminuant leur salaire. Gain espéré par le gouvernement, selon Le Nouvel Observateur : une vingtaine de millions d'euros. Objectif : financer une diminution du nombre d'heures de cours assurées par les enseignants en Zone d'éducation prioritaire (ZEP). 

Ce qu'ils ont obtenu. Une pause dans la réforme, dont les premiers arbitrages ont été rendus publics jeudi 12 décembre. "Nous ne sommes pas parvenus à un accord", concède Vincent Peillon, qui souhaite que "les discussions se poursuivent au cours des mois qui viennent".

Pourquoi ça a marché. La mobilisation s'est limitée à deux journées de grève mais elle a été particulièrement suivie la deuxième fois. "Après un an de mobilisation sur les rythmes scolaires, il s'agit de calmer le jeu, d'éviter la contagion à tous les collèges et lycées", analyse Le Monde. "On ne peut pas avoir trop de fronts ouverts en même temps", confirme dans les colonnes du quotidien Yves Durand, député (PS) du Nord. Le Nouvel Obs évoque également la crainte du gouvernement de voir cette catégorie d'enseignants, traditionnel électorat de gauche influent et proche des élites, lui tourner le dos trois mois avant les municipales.

Les directeurs d'école : plutôt gagnants

Leurs revendications. Les directeurs d'école primaire doivent souvent cumuler cette casquette avec celle d'enseignant car ils sont rarement complètement déchargés de leur classe. Résultat, ils jonglent entre la gestion de l'école, les tâches administratives et les heures de cours. Dans le cadre de la réforme du métier d'enseignant, ils réclament donc une décharge plus importante.  

Ce qu'ils ont obtenu. Les directeurs d'école de deux ou trois classes seront dispensés de faire classe un jour par mois, ceux de 8 et 9 classes d'une demi-journée par semaine. Selon France Info, une enveloppe de 8 millions d'euros a aussi été débloquée pour augmenter leur prime annuelle, qui variera de 500 à 700 euros. Si l'augmentation de cette indemnité est confirmée par le ministère, elle n'est pas chiffrée dans le dossier publié à l'issue de la conférence de presse, jeudi. 

Pourquoi ça a plutôt marché. Les directeurs d'école n'ont pas eu besoin de se mobiliser, à proprement parler, pour voir leur statut évoluer. S'ils ont manifesté ou fait grève ces derniers mois, c'est contre le retour de la semaine de quatre jours et demi dans les écoles primaires. La mise en place de la réforme des rythmes scolaires a généré pour eux du travail supplémentaire, et les conditions de sa mise en œuvre sont toujours dénoncées par ces personnels. D'où la volonté du ministère d'apaiser un peu la fronde. Reste que les directeurs d'école ne sont pas pleinement satisfaits. Plus qu'un coup de pouce financier, ils demandent davantage de temps.

Les anti-"équitaxe" : plutôt perdants

Leurs revendications. Le monde de l'équitation se mobilise depuis plusieurs semaines contre l'"équitaxe", une hausse de la TVA de 7 à 20% prévue au 1er janvier 2014. Celle-ci est destinée à mettre la France en conformité avec une directive européenne. Selon Pascal Mulet-Querner, porte-parole du collectif Equitation en péril, "2 000 centres équestres – sur les 7 000 existants  et leurs 6 000 emplois sont menacés par cette hausse", qui risque également d'envoyer 80 000 chevaux à l'abattoir.

Ce qu'ils ont obtenu. Le ministre du Budget, Bernard Cazeneuve, a promis de se battre en faveur de la filière et de renégocier la directive européenne. Selon Le Figaro, une délégation composée du collectif contre "l'équitaxe" et des représentants du gouvernement français se rendent à Bruxelles dans cette intention vendredi 13 décembre. Le gouvernement a aussi annoncé un fonds "cheval" de 20 millions d'euros pour venir en aide à la profession afin de compenser le coût de la hausse de la TVA.

Pourquoi ça n'a pas (encore) marché. Les anti-"équitaxe" ont beau avoir défilé à dos de cheval ou de poney dans toute la France, coiffés de bonnets oranges, leur combat n'est pas encore gagné. Et pour cause. Cette hausse de la TVA, cette fois-ci, ne relève pas de la politique économique française. Et si l'Hexagone ne se met pas en conformité, il risque une amende de 50 millions d'euros. Mais le gouvernement, qui redoute une fronde fiscale d'ampleur avec l'entrée en vigueur des nouveaux taux de TVA au 1er janvier prochain, veille au grain. Les représentants de la filière équestre, eux, maintiennent la pression, avec un grand pique-nique prévu devant Bercy le 22 décembre s'ils n'obtiennent pas satisfaction d'ici là. 

Les "sacrifiés" du commerce et de l'artisanat : perdants

Leurs revendications. Elles sont assez vastes. Les artisans et commerçants ont lancé mi-novembre une campagne nationale sous le nom des "sacrifiés" pour appeler les Français à défendre leurs entreprises de proximité. Ils se disent "menacés de disparaître" sous le poids grandissant des prélèvements sociaux et fiscaux. L'UPA, l'une des trois grandes organisations patronales françaises avec le Medef et la CGPME, chiffre à 1,1 milliard d'euros les prélèvements supplémentaires sur les entreprises de l'artisanat, du commerce de proximité et les travailleurs indépendants au titre de l'année 2013, auxquels s'ajouteront 100 millions en 2014.

Ce qu'ils ont obtenu. Pas grand chose. Comme le relève La Croix, le gouvernement ne semble pas avoir l'intention de leur accorder une baisse de charges ou d'élargir le crédit d'impôt compétitivité et emploi (CICE) aux travailleurs indépendants. L'exécutif a seulement promis qu'une réflexion serait engagée dans le cadre de la "remise à plat de la fiscalité", qui pourrait elle-même prendre "dix ans".

Pourquoi ça n'a pas marché. Ils ont un slogan, "sacrifiés mais pas résignés", un site internet, un film, diffusé via les réseaux sociaux. Mais le mouvement des artisans-commerçants n'a pas pris. Leurs revendications ne sont-elles pas assez ciblées ? Deviennent-elles inaudibles dans ce brouhaha de mouvements corporatistes ? Seul lot de consolation, leur pétition compte désormais plus de 500 000 signatures. Ils doivent la remettre à François Hollande le 19 décembre. Et comptent bien se faire entendre à leur tour.