Attaque à l'arme blanche à Paris : "On a une menace terroriste largement diffuse et imprévisible", estime le président du Centre d’Analyse du Terrorisme

Selon Jean-Charles Brisard, la plupart des attaques de ces dernières années ont été commises par des individus inconnus des services de renseignement.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un groupe de policiers reçoit des instructions sur les lieux de l'attaque à l'arme blanche qui a visé des salariés de Premières Lignes, dans le 11e arrondissement de Paris, le vendredi 25 septembre. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

"On a une menace terroriste endogène, protéiforme, surtout largement diffuse et imprévisible", affirme vendredi sur franceinfo Jean-Charles Brisard, président du Centre d’Analyse du Terrorisme, après l'attaque à l'arme blanche qui a fait deux blessés vendredi 25 septembre devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, dans le 11e arrondissement de Paris.

>> Paris : suivez en direct les dernières informations après l'attaque à l'arme blanche devant les anciens locaux de "Charlie Hebdo"

franceinfo : Le profil du principal suspect, âgé de 18 ans, vous interpelle-t-il ?

Jean-Charles Brisard : On est dans une phase, depuis maintenant plusieurs années, où on a une menace terroriste endogène, protéiforme, surtout largement diffuse et imprévisible. C'est la raison pour laquelle on a aujourd'hui des profils qui passent à l'acte, extrêmement diversifiés, qu'on ne connaissait pas auparavant.

Ce sont des individus qui ne sont pas nécessairement connus des services de renseignement.

Jean-Charles Brisard

à franceinfo

    Ça concerne d'ailleurs près de 60% de ceux qui sont passés à l'acte sur le territoire national depuis Mohammed Merah. La plupart étaient totalement inconnus des fichiers des services de renseignement. C'est ce qui rend la lutte antiterroriste beaucoup plus difficile et le travail des services de renseignement beaucoup plus important.

Que peut-on dire du mode opératoire de l'attaque, une attaque au hachoir ?

Le parquet national antiterroriste s'est saisi, parce qu'il a considéré, au vu d'un certain nombre de critères, qu'il était compétent. D'abord, le mode opératoire : une attaque à l'arme blanche est un mode opératoire préconisé par la plupart des organisations jihadistes. La cible ensuite, le lieu, qui est très important, très symbolique. On a bien affaire à une attaque ciblée. C'est ce qu'on redoutait à l'ouverture du procès de Charlie Hebdo, avec la republication des caricatures par le journal. Ensuite, c'est le contexte dans lequel s'insère cet acte terroriste, à savoir un contexte marqué par des menaces multiples de la part d'organisations terroristes - AQPA, l'organisation qui avait revendiqué l'attentat contre Charlie Hebdo, Al Qaïda dans la péninsule arabique, le groupe État islamique qui multiplie les menaces - et leurs sympathisants.

Ces menaces ont eu pour corollaire un regain de tension au sein de la mouvance islamiste radicale endogène, avec la multiplication ces dernières semaines, même ces derniers jours, de menaces de mort, de provocations lors du procès de Charlie Hebdo, avec des menaces sur des victimes, des membres de Charlie Hebdo, la DRH par exemple. On est dans un climat de tension extrême actuellement.

Vous alertiez hier dans une tribune sur le risque d'actions violentes ciblées. Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

Le climat actuel de regain de tension dans la sphère jihadiste, en raison de plusieurs facteurs : d'abord la multiplication des libérations de prison d'anciens détenus pour des faits de terrorisme, qu'on voit aujourd'hui dans l'espace public et qui font preuve d'un activisme grandissant, d'intimidations, de provocations parfois physiques, qui menacent. On les voit dans des procès : par exemple au procès de Charlie Hebdo, cette semaine, plusieurs individus condamnés pour des faits de terrorisme étaient présents dans le public. Ca veut bien dire que ces individus se réapproprient progressivement l'espace public, d'une manière violente. L'enjeu est d'assurer le suivi de ces individus.

Il faudra de la même manière assurer le suivi de ceux qui reviendront des théâtres des opérations.

Jean-Claude Brisard

à franceinfo

La menace projetée est moins intense, moins probable aujourd'hui, en raison de l'affaiblissement d'un certain nombre d'organisations, en particulier du groupe Etat islamique. Pour autant, les individus continuent à porter cette menace individuellement ou collectivement. Il faut être extrêmement vigilants. Le contexte nous porte à penser que l'hypothèse d'actes ciblés est quelque chose que l'on ne peut plus du tout écarter aujourd'hui.

À qui obéissent ces individus ?

Ce qui demeure des organisations, c'est l'idéologie véhiculée sur les réseaux sociaux, sur internet, dans la jihadosphère, sur les messageries cryptées. Au quotidien, les menaces sont diffusées dans notre pays. Ce qui est extraordinaire, c'est que la plupart des menaces ciblées sur Charlie Hebdo, par exemple, ont été diffusées sur des grandes plateformes internet, où ces individus jouissent d'une impunité, parce qu'ils sont protégés soit par l'anonymat, soit par le refus tout simple de ces plateformes d'agir en conséquence, de retirer ces contenus.

On se retrouve avec des menaces de mort qui, même si elles enfreignent la loi française, n'enfreignent pas les règles d'utilisation des plateformes Internet.

Jean-Claude Brisard

à franceinfo

Cette situation est devenue inacceptable. Je parle de Twitter en particulier. Il faut pouvoir forcer les plateformes à retirer des contenus. Ces derniers jours, un individu s'est permis de divulguer sur Twitter, donc tout le monde peut le voir, les adresses personnelles de membres de Charlie Hebdo, des éléments personnels sur leur vie privée. C'est inadmissible. Il faut pouvoir agir, et agir très rapidement.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.