Vrai ou fake Vaccin contre le Covid-19 : on a passé au crible un tract du collectif Reaction19, engagé contre les mesures sanitaires

Article rédigé par
Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 7 min.
Une infirmière prépare une dose de vaccin Pfizer-BioNTech contre le Covid-19 dans un centre de vaccination de Nantes, le 9 avril 2021. (LOIC VENANCE / AFP)

Selon ce document, la campagne de vaccination aurait engendré une "hécatombe" en Europe. Mais ce collectif fait une présentation trompeuse des signalements d'effets secondaires.

Alors que le cap des 30 millions de Français ayant reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19 doit être franchi cette semaine, l'exécutif a décidé d'étendre l'accès aux vaccins aux mineurs de 12 à 18 ans à partir du 15 juin. Une nouvelle étape dans la stratégie de lutte contre l'épidémie, responsable de plus de 109 000 morts à ce jour en France, que dénoncent les mouvements opposés aux mesures sanitaires décidées par le gouvernement. Le collectif Reaction19, présidé par l'avocat Carlo Alberto Brusa, est l'un de ces mouvements contestataires.

Dans un document intitulé "Bulletin thérapie génique Covid-19", ce collectif explique dénombrer 1 380 369 cas d'effets secondaires en Europe et 12 855 "décès avérés" liés à "quatre marques de thérapies géniques" contre le Covid-19. Des chiffres qui, à en croire ce tract, proviennent tout droit de l'Agence européenne des médicaments (EMA). "Les données officielles sont fortement sous-estimées", alerte le feuillet que franceinfo a passé au crible.

Non, les vaccins contre le Covid-19 ne sont pas des thérapies géniques

Ce tract prétend qu'il existe quatre formes de "thérapie génique" recensées contre le Covid-19. Il s'agit en fait de vaccins, des produits dont Carlo Alberto Brusa, contacté par franceinfo, refuse l'appellation.

De quoi entraîner un rapprochement trompeur entre deux techniques qui n'ont pas grand chose à voir ensemble : d'un côté, une approche thérapeutique de pointe utilisée dans la lutte contre certaines maladies génétiques ; de l'autre, les quatre vaccins contre le Covid-19 autorisés à ce jour dans l'Union européenne (ceux de Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Janssen). 

Concrètement, une thérapie génique agit au niveau des cellules. Du matériel génétique y est introduit pour soigner une maladie, par exemple en suppléant un gène dysfonctionnel. Or, comme le rappelait sur France Inter Alain Fischer, président du Conseil d'orientation sur la stratégie vaccinale, le vaccin "n'est pas une thérapie génique". Rien à voir, donc, entre ce procédé novateur à l'origine de guérisons de maladies rares et chacun des vaccins contre le Covid-19, y compris les deux injections à ARN messager (ARNm) de Pfizer-BioNTech et Moderna.

L'ARN forme "un code donnant des instructions qui permettent aux cellules vivantes de générer une protéine", expliquait en novembre 2020 à franceinfo Etienne Simon-Lorière, chercheur à l'Institut Pasteur. Le vaccin à ARN messager "est donc un fragment d'ARN qui génère la protéine placée sur la surface du virus", expliquait le microbiologiste. L'objectif : rendre l'organisme capable de produire des anticorps pour se défendre contre une éventuelle infection.

"Le matériel génétique de la personne vaccinée, qui se trouve dans le noyau de la cellule, ne va pas interagir avec l'ARN du vaccin."

Etienne Simon-Lorière

à franceinfo

La technologie des vaccins à ARNm provient cependant bien de la recherche sur les thérapies géniques, révélait en décembre dernier le directeur scientifique du Téléthon à La Croix, expliquant que "si la thérapie génique n'était pas arrivée à ce degré de maturité si vite, les recherches pour mettre au point les vaccins auraient pris beaucoup plus de temps"Couplés à des thérapies géniques, les vaccins à ARNm suscitent d'ailleurs des espoirs au sein de la communauté scientifique pour contrer les myopathies ou la mucoviscidose.

Non, un million de cas d'effets secondaires n'ont pas été formellement reconnus en Europe

Revenons maintenant sur les effets secondaires des vaccins. Dans son tract, le collectif Reaction19 affirme s'appuyer sur les chiffres de l'Agence européenne des médicaments. Plus précisément sur la base de données européenne des rapports d'effets indésirables susceptibles d'être liés à l'utilisation de médicaments. Une plateforme en ligne qui consigne les signalements d'effets secondaires liés aux quatre vaccins homologués contre le Covid-19 produits par les professionnels de santé mais aussi par les patients eux-mêmes, explique l'AEM sur son site (PDF).

La base de données fait bien état de 488 000 signalements autour des quatre vaccins, en particulier pour rapporter des réactions au niveau du site d'injection ou des maux de tête. Le registre fait également part de "cas graves". Mais, seuls, ces signalements ne suffisent pas à démontrer l'implication des vaccins : d'autres pathologies ou la prise de traitements pourraient être la cause de ces effets secondaires, explique l'AEM à franceinfo.

"Les données de [la base européenne] rendent compte (...) de phénomènes médicaux observés après l'utilisation du médicament [dans ce cas, il s'agit d'un des quatre vaccins autorisés], mais qui ne sont pas nécessairement reliés ou causés par celui-ci", explique l'Agence européenne des médicaments. Ces données sur les effets indésirables suspectés ne peuvent permettre de conclure que le médicament ou la substance active est à l'origine de l'effet observé ou que son utilisation est dangereuse."

"Seule une évaluation détaillée et une analyse scientifique de toutes les données disponibles peuvent permettre de tirer des conclusions robustes sur les bénéfices et les risques d'un médicament."

L'Agence européenne des médicaments

à franceinfo

De plus, ces 488 000 signalements sont à rapporter au nombre d'injections réalisées en Europe : plus de 250 millions au 4 juin 2021.

Pour l'heure, les conclusions de l'AEM ont permis d'identifier des effets secondaires "habituellement bénins ou modérés" qui disparaissent dans les quelques jours suivant la vaccination, exposent les notices européennes des quatre produits. En particulier des douleurs au niveau du point d'injection, de la fièvre et des maux de tête pour plus d'une personne sur dix, avec des variations selon le produit utilisé.

L'agence européenne a cependant reconnu avoir identifié 316 cas rares de caillots sanguins (aussi appelés thromboses) avec un faible nombre de plaquettes, chez les Européens ayant reçu le vaccin d'AstraZeneca, rapporte Reuters*. Un phénomène potentiellement mortel qui, selon l'AEM, se déclare chez une personne pour 100 000. Mais "les bénéfices [du vaccin] l'emportent sur les risques", défend l'AEM (en anglais), qui souligne l'efficacité du vaccin pour réduire le risque d'hospitalisation et de décès du Covid-19.

Non, les vaccins contre le Covid-19 n'ont pas fait 12 000 victimes en Europe

Dans son tract, le collectif déplore encore plus de 12 000 décès, que le collectif impute aux vaccins contre le Covid-19. Un point de vue assumé par Carlo Alberto Brusa, contacté par franceinfo.

Au sein des signalements réalisés auprès de l'AEM, des décès de patients sont bien rapportés. Mais l'agence européenne avertit qu'il reste un lien à établir formellement entre la prise d'un vaccin et la mort d'un patient. "Près de 12 000 personnes meurent chaque jour au sein de l'Union européenne pour des raisons diverses, et 83% d'entre elles sont âgées de plus de 65 ans", ajoute l'agence.

"Pendant les campagnes de vaccination, les morts qui résultent d'autres causes vont continuer à se produire, y compris peu de temps après la vaccination."

L'Agence européenne des médicaments

à franceinfo

Mais c'est aussi un point de méthodologie qui pose problème, selon l'agence européenne des médicaments. "Un même signalement (...) peut contenir plusieurs effets indésirables (...) qui peuvent être catégorisés dans différents groupes" au sein de la base de données, détaille-t-elle. "Par exemple, le seul signalement d'un patient ayant souffert de nausées et de maux de tête sera compté (...) dans le groupe 'troubles gastro-intestinaux' et dans le groupe 'troubles du système nerveux'." Impossible, donc, d'additionner simplement les chiffres de la base de données pour en conclure le nombre de décès signalés, comme le fait Reaction19.

En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) est formelle : "Concernant les cas de décès déclarés, les données actuelles ne permettent pas de conclure qu'ils sont liés" aux vaccins de Pfizer-BioNTech, Moderna et Janssen (filiale de Johnson & Johnson). Pour le vaccin d'AstraZeneca en revanche, 11 morts ont été recensés par l'agence française sur un total de 44 cas de thrombose atypique. A titre de comparaison, 61 cas de thromboses mortelles se sont produits au Royaume-Uni sur plus de 37 millions d'injections. Et 21 en Allemagne sur plus de 9 millions de doses administrées.

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