Vaccins contre le Covid-19 : quatre questions sur la troisième dose déjà prévue dans plusieurs pays

Malgré le moratoire sur les doses de rappel demandé par l'Organisation mondiale de la santé, les annonces de campagnes en ce sens se multiplient en Europe, aux Etats-Unis et en Israël.

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Une infirmière s'apprête à injecter une dose de vaccin Pfizer-BioNTech, à la La Baule (Loire-Atlantique), le 29 juillet 2021. (BAPTISTE ROMAN / HANS LUCAS)

Faut-il déjà proposer un rappel de vaccin contre le Covid-19 aux personnes qui ont été vaccinées contre la maladie ? Le débat autour de cette troisième dose fait rage. Ce rappel consiste à injecter une dose de vaccin supplémentaire (généralement une troisième dose, parfois simplement une deuxième), plusieurs mois après la réalisation d'un schéma vaccinal complet, afin de renforcer l'immunité contre le virus. Pour y voir plus clair sur cette mesure défendue par plusieurs pays, dont la France et les Etats-Unis, franceinfo répond à quatre questions.

1Pourquoi injecter une troisième dose  ?

La question d'un éventuel rappel est évoquée depuis le début des campagnes de vaccination, en raison de l'incertitude sur la durée de la protection fournie par ces vaccins. Mais ce débat s'est imposé ces derniers mois avec l'apparition de nombreux variants, plus contagieux et parfois plus résistants aux vaccins. La nécessité d'une troisième dose ne fait toutefois toujours pas consensus dans le monde médical. 

"Nous pensons clairement que les données actuelles n'indiquent pas que les rappels sont nécessaires", a déclaré la scientifique en chef de l'OMS, Soumya Swaminathan, en conférence de presse, mercredi. Il faut "attendre que la science nous dise quand les rappels sont nécessaires, quels groupes de personnes et quels vaccins ont besoin de rappels", a-t-elle expliqué.

Une étude, publiée fin juin dans la revue Nature (en anglais), estimait que la réponse immunitaire déclenchée par les vaccins à ARN messager contre le Covid-19 était "robuste" et " persistante". Mais cette protection diminuerait légèrement dans le temps : l'efficacité du vaccin Pfizer-BioNTech passerait ainsi de 96% à 84% en quatre mois, selon une étude internationale menée sur 45 000 patients vaccinés et prépubliée fin juillet. Cela signifie que le corps conserverait toujours une immunité contre la maladie, mais que cette immunité diminuerait progressivement au fil du temps, exposant donc la personne à une réinfection. Tout porte à croire que cette perte d'immunité serait par ailleurs accélérée chez les personnes vaccinées les plus âgées, car leur système immunitaire est plus faible. Une étude israélienne, réalisée sur 33 000 personnes vaccinées et prépubliée début août, estime ainsi que la probabilité d'être infecté augmente 146 jours après la deuxième dose, particulièrement chez les personnes de plus de 60 ans.

La protection apportée par les vaccins est également menacée par un autre facteur : l'émergence des variants du Sars-CoV-2 plus robustes et plus transmissibles que la souche originelle. Le variant Delta a ainsi chamboulé les campagnes de vaccinations dans de nombreux pays, dont le Royaume-Uni et l'Israël, des Etats ayant commencé tôt et massivement à vacciner leur population. D'après une étude de l'université d'Oxford (en anglais), publiée le 16 août, les vaccins de Pfizer-BioNTech et d'AstraZeneca restent efficaces contre le variant Delta dans la durée, même si leur protection diminue légèrement après trois mois. Dans un tel contexte, et pour endiguer la progression de l'épidémie, des scientifiques mettent donc en avant la nécessité de proposer un rappel vaccinal pour assurer une résistance sur le long terme des personnes les plus fragiles.

2Quels sont les pays qui le prévoient ?

Plusieurs pays ont déjà lancé une campagne de rappel ou ont annoncé leur intention de le faire. Israël a commencé le 1er août à proposer des doses supplémentaires aux vaccinés. L'Etat hébreu a déjà effectué, au 19 août, 1 201 254 injections de troisième dose, selon les données du gouvernement israélien.

Ces campagnes vont se multiplier à partir de septembre, notamment sur le continent européen. Le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France ont annoncé des rappels, dès septembre. Aux Etats-Unis, les injections de troisième dose seront proposées à partir du 20 septembre, à partir de huit mois après la deuxième dose, ont annoncé les autorités sanitaires américaines, mercredi 18 août.

3Qui est concerné par cette dose de rappel  ? 

Tous les Américains vaccinés pourront demander une dose supplémentaire pour consolider leur protection immunitaire, à partir de huit mois après la deuxième dose. Mais les premières personnes à pouvoir bénéficier d'une troisième dose seront les pensionnaires de maisons de retraite, les personnes âgées et les professionnels de santé, qui ont été les premières catégories de population à se faire vacciner aux Etats-Unis, ont précisé les autorités sanitaires américaines.

En Israël, la troisième dose est proposée aux plus de 50 ans depuis le 13 août. Auparavant, le seuil était fixé à 60 ans. Le Royaume-Uni entend quant à lui proposer une troisième dose à 32 millions de personnes âgées de plus de 50 ans ou considérées comme vulnérables, rapporte Courrier international.

En Allemagne comme en France, ces doses de rappel seront destinées aux plus fragiles. En France, les résidents des Ehpad et des USLD (les Unités de soins de longue durée), les personnes de plus de 80 ans vivant à domicile et les personnes à très haut risque de formes graves seront éligibles à une dose supplémentaire, a tranché le 12 août le ministère de la Santé. A noter que les personnes immunodéprimées peuvent déjà bénéficier d'un rappel vaccinal depuis plusieurs mois. Au total, au moins 5 millions de personnes devraient être concernées.

4Pourquoi ce rappel fait-il polémique ?

Compte tenu de la circulation actuelle de l'épidémie et de la faiblesse de la couverture vaccinale des pays pauvres, l'Organisation mondiale de la santé a dénoncé, mercredi, la ruée des pays riches vers la troisième dose de vaccin contre le Covid-19. D'un point de vue "moral et éthique", il n'est pas bon à ses yeux que les pays riches injectent la troisième dose "quand le reste du monde attend sa première injection". Injecter une troisième dose maintenant revient à "distribuer des gilets de sauvetage supplémentaires à des personnes qui en ont déjà un, pendant que nous laissons d'autres personnes se noyer sans le moindre gilet de sauvetage", a soutenu le directeur des urgences de l'OMS, Michael Ryan, en conférence de presse.

Des arguments jugés non recevables par les pays concernés, qui rappellent à la communauté internationale qu'ils contribuent déjà à la solidarité vaccinale. "Durant les prochains mois, à l'automne et au début de l'hiver", quelque 100 millions de doses de rappel devraient être injectées aux Etats-Unis, qui donneront dans le même temps "plus de 200 millions" de doses à d'autres pays, s'est défendu le président Joe Biden, assurant : "Nous pouvons prendre soin des Américains et aider le monde en même temps."

L'agence des Nations unies multiplie les appels à instaurer un moratoire sur les troisièmes doses, afin de mettre ces vaccins à disposition des pays qui n'ont pu immuniser qu'une partie infime de leur population. Le patron de l'OMS dénonce depuis plusieurs mois l'inégalité vaccinale. Au 5 août, les pays à faibles revenus n'avaient administré en moyenne que 1,7 dose de vaccin pour 100 habitants, contre 101 doses pour 100 habitants dans les pays à revenus élevés, selon un décompte de l'AFP. 

Pour l'heure, Covax n'arrive pas à remplir sa mission faute de doses. Ce système international a été mis en place pour tenter de lutter contre l'inégalité vaccinale et notamment aider 92 pays pauvres à immuniser leur population. Mais il n'a pu distribuer qu'une petite fraction de ce qui était initialement prévu. Sur les 4 milliards de ces doses injectées dans le monde, 80% sont allées à des pays à revenu élevé ou moyen, alors qu'ils représentent moins de 50% de la population mondiale.

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