Coronavirus : masque ou pas masque ? Comment Donald Trump a changé d'avis sur la question en cinq dates

Après de multiples tergiversations et contradictions, le président américain a finalement demandé à "tout le monde de porter un masque", mardi.

Le président américain Donald Trump en visite dans un centre militaire médical dans le Maryland, le 11 juillet 2020.
Le président américain Donald Trump en visite dans un centre militaire médical dans le Maryland, le 11 juillet 2020. (ALEX EDELMAN / AFP)

Une volte-face. Après des semaines de dénégations et d'ambiguïtés sur la question du port du masque face à l'épidémie de coronavirusDonald Trump a lancé, mardi 21 juillet : "Nous demandons à tout le monde, quand la distanciation physique n'est pas possible, de porter un masque, de se munir d'un masque." Opposé à l'idée au point de refuser de porter lui-même un masque, notamment face aux journalistes, le président américain est devenu plus conciliant au fil de la propagation de l'épidémie aux Etats-Unis.

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Il a même fini par en arborer un en public, mi-juillet, avant de réitérer qu'il n'était "pas d'accord avec l'affirmation selon laquelle si tout le monde met un masque tout va disparaître" quelques jours plus tard. Retour sur ces moments où Donald Trump a dit tout et son contraire à propos des masques.

3 avril 2020 : "Je choisis de ne pas porter de masque"

Alors que les autorités sanitaires conseillent aux Américains de porter un masque et que le nombre de nouveaux cas augmente, Donald Trump, lui, ne se montre pas aussi strict. Au contraire. "Avec les masques, cela va vraiment être sur la base du volontariat. Vous pouvez le faire, vous n'avez pas à le faire. Je choisis de ne pas le faire, mais certains pourraient vouloir en porter et c'est bon", affirme-t-il. "Porter un masque alors que je rencontre des présidents, des Premiers ministres, des dictateurs, des rois, des reines – je ne sais pas, d'une manière ou d'une autre, ce n'est pas fait pour moi", ajoute-t-il lors d'une conférence de presse.

Cette rhétorique est en fait une "stratégie politique", selon Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférence à l'université Paris 2. Au début de la pandémie, Donald Trump se présente en "protecteur de la nation", en fermant les frontières américaines le 11 mars et en déclarant l'état d'urgence deux jours plus tard.

Tout bascule quand le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden reçoit le soutien de l'ancien président Barack Obama. "A ce moment-là, Trump se sent dépassé, poursuit Jean-Eric Branaa. Il pense que la course à la présidentielle s'est déclenchée. Plutôt que de rester président, il part en campagne. Il décide donc de nier cette pandémie en accusant les démocrates de tous les maux." En ce début de mois d'avril, l'épidémie a déjà causé 7 077 morts et contaminé près de 275 000 Américains. Près de 30 000 cas d'infection sont confirmés pour cette seule journée du 3 avril.

21 mai 2020 : "Je ne voulais pas donner aux journalistes le plaisir de le voir"

Le mois de mai touche à sa fin et les Etats-Unis sont le pays le plus endeuillé par la pandémie, avec 94 000 morts dus au virus. En visite dans une usine Ford réaménagée pour produire des respirateurs artificiels, à Ypsilanti (Michigan), Donald Trump ne porte toujours pas de masque. Face à la presse et aux côtés des dirigeants du constructeur automobile qui l'entourent, tous masqués, il justifie : "J'en ai porté un [un peu plus tôt lors de cette visite], mais je ne voulais pas donner aux journalistes le plaisir de le voir." Quelques instants plus tard, il présente son masque, sans pour autant l'enfiler : "Je l'aime beaucoup. Honnêtement, je pense que je suis mieux avec le masque."

Dans les rues américaines, une partie de la population opposée au port du masque se fait aussi entendre. A coup de manifestations parfois très violentes, ils dénoncent une atteinte à leur liberté. Un mouvement qui s'explique par "l'individualité très forte des Américains", qui pensent que le gouvernement n'a pas à s'ingérer dans leur vie et leur santé, selon Jean-Eric Branaa. "Ces manifestants ne sont pas forcément des partisans de Trump, il a seulement essayé d'exploiter le mouvement pour gagner des électeurs", pointe-t-il.

19 juin 2020 : "Le masque est une épée à double tranchant"

Le bilan continue de s'alourdir aux Etats-Unis au mitan du mois de juin. Au total, 119 000 personnes sont mortes du virus et plus de deux millions ont été diagnostiquées positives. Dans une longue interview accordée au Wall Street Journal (lien en anglais) le 19 juin, il avance un nouvel argument contre les masques, assurant qu'ils pourraient être finalement contre-productifs. En se couvrant le visage, les personnes deviendraient alors "trop sûrs d'elles" et risqueraient de négliger les autres recommandations sanitaires, comme se laver les mains. "Les gens touchent leurs masques. Ils les prennent entre leurs doigts. Ils les posent sur le bureau puis se touchent les yeux, le nez et la bouche, affirme-t-il, et après, ils se demandent comment ils ont attrapé le coronavirus ?"

Le masque est une épée à double tranchant.Donald Trumpau Wall Street Journal

Cette stratégie lui coûte cher. Alors que les contaminations augmentent, la cote de popularité de Donald Trump chute. A six mois de l'élection, au 15 juin, plus de 54% des Américains sondés désapprouvent le locataire de la Maison Blanche, selon Le Parisien. "Tous les cafouillages du président et les attaques contre les démocrates ont déplu à ses opposants, mais aussi à sa base républicaine", analyse Jean-Eric Branaa. 

11 juillet 2020 : "Je n'ai jamais été contre les masques"

Une première depuis le début de la pandémie. Donald Trump se présente publiquement masqué le 11 juillet 2020. Ce jour-là, les Etats-Unis ont dépassé le cap des trois millions de malades du Covid-19 identifiés. Pour le quatrième jour d'affilée, le nombre quotidien de nouvelles infections dépasse 50 000. 

Pas question pour Donald Trump de défendre le port du masque pour autant. S'il est masqué, il le justifie par un contexte particulier : une visite à des soldats blessés au centre médical militaire Walter Reed, dans la banlieue de Washington. "Je pense que porter un masque est important notamment dans ce contexte particulier, où on parle à beaucoup de soldats qui pour certains sortent juste de la table d'opération", lance-t-il aux journalistes présents, dont ceux de CNN (lien en anglais). Il ajoute : "Je n'ai jamais été contre les masques, mais je suis convaincu que cela dépend du moment et de l'endroit". Et laisse aux Américains la liberté de choisir d'en porter ou non. 

21 juillet 2020 : "Nous demandons à tout le monde de porter des masques"

L'épidémie reprend de plus belle dans le pays : plus de 60 000 nouveaux cas par jour depuis une semaine, pour un total de 3,88 millions depuis le début de la pandémie. Le nombre de morts repart aussi à la hausse, avec plus de 700 décès en moyenne par jour. "Nous demandons à tout le monde, quand la distanciation physique n'est pas possible, de porter un masque, de se munir d'un masque", déclare Donald Trump lors d'un point presse, le premier depuis plusieurs mois sur la crise sanitaire.

Que vous aimiez les masques ou pas, ils ont un impact, ils auront un effet et nous avons besoin du maximum possible.Donald Trumplors d'une conférence de presse

C'est un virage à 180 degrés pour celui qui défendait jusqu'ici la liberté individuelle en la matière. Il a été amorcé la veille, dans un tweet : "Nous sommes unis dans nos efforts pour battre l'invisible virus chinois, et beaucoup de personnes disent qu'il est patriotique de porter un masque quand il est impossible d'exercer la distanciation sociale. Et personne n'est plus patriote que moi, votre président préféré !".

Pourquoi cette volte-face ? Donald Trump a changé de directeur de campagne, quelques jours plus tôt. Mais "le vrai déclencheur, ce sont les derniers sondages de popularité sur le cœur de cible de Donald Trump : les seniors", explique Jean-Eric Branaa. La catégorie de population la plus touchée par le virus se sent lésée, incomprise et est tentée de soutenir Joe Biden. "Il a vraiment été déstabilisé par ces résultats", estime le spécialiste. Reste à savoir si cette nouvelle rhétorique sera payante. Pour Jean-Eric Branaa, l'électorat de Donald Trump, très divisé, peut revenir le soutenir, mais "il est très loin dans les sondages" et il lui sera "difficile de remonter".