Grève des enseignants : "On ne demande pas la fermeture des écoles, c'est tout le contraire", conteste le SNUipp-FSU 93

"On n'a pas assez de moyens humains pour pouvoir tenir toutes les classes ouvertes tout le temps et maintenir ce protocole", explique Catherine Da Silva, directrice d'école élémentaire et représentante du syndicat. 

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Des enseignants grévistes en Lorraine pour protester contre l'insuffisance du protocole sanitaire contre le Covid-19, le 10 novembre 2020. (PIERRE HECKLER / MAXPPP)

"On ne demande pas la fermeture des écoles, c'est tout le contraire. On demande à ce qu'elles restent ouvertes, mais en adaptant le protocole en fonction de la taille des écoles, en fonction de l'âge des enfants", réagit mardi 10 novembre sur franceinfo Catherine Da Silva, directrice d'école élémentaire à Saint-Denis et représentante du SNUipp-FSU 93. Mardi, 20% des professeurs des écoles sont en grève, selon le Snuipp-FSU. Les enseignants du primaire au lycée sont appelés à la grève sanitaire par la plupart de leurs syndicats. Et ce, malgré les dernières annonces de Jean-Michel Blanquer sur le renforcement des mesures sanitaires dans l'Éducation.

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franceinfo : D'après les remontées que vous avez du terrain, est-ce que ce sera une journée de grève très suivie aujourd'hui ?

Catherine Da Silva : En Seine-Saint-Denis, en tout cas, on aura 40% de grévistes dans le primaire avec une centaine de classes fermées. Je n'ai pas les chiffres pour le secondaire. Je sais aussi que les collèges sont encore en grève dans notre département, et ce, depuis la rentrée.

Port du masque dès 6 ans, demi-groupes pour les élèves des lycées... Que faudrait-il faire de plus ?

Il faudrait recruter massivement, recruter plus d'enseignants pour pouvoir justement maintenir le protocole qui me semble encore un peu léger. On n'a pas assez de moyens humains pour pouvoir tenir toutes les classes ouvertes tout le temps et maintenir ce protocole. C'est aussi pour ça qu'on fait grève. Ce qu'on demande, c'est le recrutement des listes complémentaires de tous les concours de professeurs des écoles, mais aussi de professeurs du secondaire. En Seine-Saint-Denis par exemple, sur la liste complémentaire, on a 100 personnes et aucune n'a été recrutée à la rentrée.

Pour ma part, j'ai commencé le 2 novembre avec trois collègues en moins et un seul remplaçant. Ça veut dire que mon protocole sanitaire ne tient plus puisqu'on augmente artificiellement les effectifs dans les classes donc la distance sociale n'est plus là, etc. 

Catherine Da Silva, directrice d'école élémentaire à Saint-Denis et représentante du SNUipp-FSU 93

à franceinfo

On ne demande pas la fermeture des écoles. C'est tout le contraire. On demande à ce qu'elles restent ouvertes, mais en adaptant le protocole en fonction de la taille des écoles, en adaptant en fonction de l'âge des enfants.

On a appris lundi soir qu'un million de tests rapides, les tests antigéniques, allaient être proposés dès la semaine prochaine aux enseignants et aux personnels de l'Éducation nationale partout où il y a des cas de Covid-19. C'est une bonne nouvelle ?

C'est une bonne nouvelle mais encore faudrait-il reconnaître alors qu'il y a des cas.

Depuis que monsieur Blanquer a dit qu'on ne testait qu'à partir de trois cas par classe, forcément, il y a une chute du nombre de cas possibles dans les écoles. 

Catherine Da Silva

On se rend compte aussi que les listes de cas contacts faites par les directions d'école ne sont pas prises au sérieux et que les collègues ne sont pas appelés [...] J'aimerais savoir [ce que deviennent ces listes]. Pour ma part, les enfants ne sont pas appelés, on ne nous isole pas, on ne nous demande rien. C'est vraiment dans des cas extrêmes qu'à ce moment-là, la décision peut être prise. Avec le recul depuis septembre, on se rend compte que finalement, les listes de cas contacts dans les écoles ne sont pas traitées sérieusement. Soit les collègues vont voir leur médecin et puis se mettent en isolement parce qu'ils ne sont cas contact, soit ils sont malades mais on n'a pas grand chose qui arrive de plus.

Que dites-vous aux parents qui ne comprennent pas forcément les raisons de cette grève dix jours après le retour des vacances ?

Je côtoie des parents tous les jours qui comprennent très bien pourquoi on fait grève. Ça les gène, ça les embête, mais ils savent très bien pourquoi on le fait. Parce qu'ils constatent eux aussi qu'effectivement, il n'y a pas d'enseignants dans toutes les classes et qu'on augmente de façon artificielle le nombre d'élèves dans les autres classes. Ils sont très stressés. J'ai encore des familles qui ne mettent toujours pas aujourd'hui leurs enfants à l'école parce qu'ils estiment que le protocole n'est pas suffisant pour garantir la sécurité de leurs enfants et donc la leur aussi.

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