Covid-19 : ce que disent les professionnels de santé qui plaident pour un troisième confinement

A la sortie du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a assuré que les "restrictions nationales" n'évolueraient pas cette semaine. Mais de nombreux spécialistes prônent un durcissement des restrictions sanitaires.

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Un homme masqué marche le long de la corniche du Président-John-Fitzgerald-Kennedy, à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 19 janvier 2021. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Faut-il, pour la troisième fois en moins d'un an, confiner le pays pour freiner les contaminations au Covid-19 ? Cette perspective n'enchante pas les Français, mais ceux-ci semblent déjà s'y être résignés. Selon un sondage OpinionWay-Square publié lundi par Les Echos, 72% de la population estime qu'un "nouveau confinement aura lieu prochainement", même si seuls 41% des personnes interrogées l'appellent de leurs vœux.

Une chose est sûre : la mise sous cloche du pays n'aura pas lieu dans les tous prochains jours. A la sortie du Conseil des ministres organisé mercredi 20 janvier, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a assuré que les "restrictions nationales" n'évolueraient pas cette semaine. Mais plusieurs professionnels de santé estiment que le gouvernement n'a pas le temps d'attendre, et pressent l'exécutif à opter rapidement pour l'instauration d'un troisième confinement. Franceinfo résume leurs arguments.

Il faut agir avant que la situation ne se dégrade davantage

Hospitalisations, admissions en services de réanimation, décès liés au Covid-19 dans les hôpitaux... La plupart des indicateurs permettant de suivre l'évolution de la situation sanitaire se dégradent. Mercredi, la moyenne du nombre de personnes hospitalisées pour cause de Covid-19 lors des sept derniers jours s'établissait à 25 686 et le nombre de patients placés en réanimation à 2 852. 

"On n'est pas sur une baisse ou une stabilisation, mais une augmentation du nombre de cas", s'est alarmé jeudi matin sur franceinfo Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. "On va avoir ce que les Anglais ont pu voir : une remontée de l'épidémie. En Grande-Bretagne, en même pas trois semaines, ils sont déjà à 20 000 morts."

"On n'est pas pour l'instant dans une augmentation foudroyante du nombre d'infectés et de décès, mais on voit que, même si on a le sentiment d'être sur un plateau, on est plutôt sur un plateau légèrement ascendant", abondait mercredi sur BFMTV Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Antoine (Paris). "On craint dans les semaines à venir une augmentation bien plus importante".

Probablement que, localement, quand il va y avoir une augmentation du nombre de cas et surtout des arrivées dans les hôpitaux, en réanimation, il va falloir plus de mesures coercitives que le couvre-feu.

Karine Lacombe

sur BFMTV

"Actuellement, on n'est pas encore dans cette dynamique-là donc il faut rester vigilants et pouvoir réagir dès que les indicateurs se dégradent", a toutefois ajouté l'infectiologue.

Il faut anticiper la propagation du variant identifié au Royaume-Uni

Parmi les partisans d'un nouveau confinement comme chez les professionnels de santé, on estime le principal facteur qui pourrait entraîner une brutale dégradation de l'épidémie est la diffusion sur le territoire du variant du virus identifié au Royaume-Uni. Selon une projection de l'Inserm parue lundi (PDF), ce variant plus contagieux du coronavirus pourrait devenir "dominant en France entre fin février et mi-mars. (...) Les nouvelles hospitalisations hebdomadaires devraient atteindre le niveau du pic de la première vague (environ 25 000 par semaine) entre mi-février et début avril, en l'absence d'interventions", ajoutent les auteurs de l'étude.

"Un peu inquiet", Martin Hirsch a estimé mercredi au micro de franceinfo qu'il était "probable" que le nombre de contaminations à l'un des variants – outre le variant apparu au Royaume-Uni, ceux repérés en Afrique du Sud et au Brésil inquiètent les autorités de santé – en circulation passe à 3 ou 4% des tests PCR. Dans ce cas, "si le début de l'augmentation qu'on voit commence à prendre ce début de courbe exponentielle, là il ne faut pas la laisser monter trop longtemps et peut-être qu'il faut aller au-delà du couvre-feu", avait indiqué le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Interrogé par Le Parisien, le mathématicien Jean-Stéphane Dhersin se veut un peu plus optimiste et estime qu'il n'est pas encore acquis que la France doive suivre la voie du Royaume-Uni, un pays qui a dû reconfiner sa population pour lutter contre un déferlement de cas liés au variant. "On connaît encore mal la réelle diffusion [de ce variant] et il reste à vérifier que sa dynamique soit la même qu'en Angleterre alors que le contexte n'est pas le même. Peut-être est-il très sensible aux gestes barrières ? L'hypothèse la plus plausible est qu'il suive la même trajectoire, mais avec seulement un peu plus d'1 % de cas positifs de ce variant, on peut se laisser un peu de temps pour le vérifier. On ne va pas le voir avant deux à trois semaines", note le responsable de la plateforme Modcov19 de coordination de la modélisation de l'épidémie au CNRS.

Il faut confiner le plus tôt possible pour confiner moins longtemps

"On n'échappera pas à un reconfinement", a encore martelé Renaud Piarroux sur franceinfo jeudi. "Plus tôt, plus efficace, plus court", ce nouveau confinement doit être mis en place dans les prochains jours, plaide le chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Selon lui, ne pas reconfiner immédiatement entraînerait un confinement dont la durée se compterait "en mois". Rejetant la stratégie des "petits pas" qui consisterait à instaurer un confinement différencié par régions ou uniquement en place le week-end, il souhaite donc voir se mettre en place une mesure "qui ressemblerait [à celle des] mois de mars et d'avril". Selon Renaud Piarroux, c'est au prix de cette décision difficile et une fois la pression sur les établissements hospitaliers relâchée qu'il sera possible d'assouplir les restrictions.

Un avis partagé par de nombreux soignants, dont l'épidémiologiste Mahmoud Zureik, partisan d'un reconfinement au plus vite, en frappant fort. "La question qu'on se poserait a posteriori : quel était le moment idéal pour annoncer le troisième confinement ? Très probablement jeudi dernier. Éventuellement ce jeudi et c'est certainement mieux que le jeudi après !" ironise-t-il sur Twitter. Mercredi sur RMC, c'est le généticien Axel Kahn qui livrait la même analyse. Selon lui, un reconfinement est "totalement indispensable". Et d'ajouter : "D'un point de vue sanitaire, il aurait fallu le faire tout de suite avec un confinement plus court."

Enfin, le Conseil scientifique s'y était aussi dit favorable. Dans son avis daté du 13 janvier, il imaginait quatre scénarios gradués pour contrer la situation "préoccupante actuelle". Il manifestait ainsi sa préférence pour les scénarios 2 et 3 qui prévoyaient tous deux un confinement. Le 2 "dans certaines régions ou métropoles plus à risque avec une restriction des déplacements inter-régionaux". Et le 3 qui prévoyait "un confinement aménagé du même type que celui mis en place fin octobre". Deux options qui n'ont pas été suivies par l'exécutif, plus ouvert à l'option la moins contraignante : le couvre-feu généralisé à 18 heures.

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