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Le décryptage éco. La contestation algérienne s'est nourrie d'un malaise économique

L’Algérie est à un virage. Et le malaise qui s’exprime tient aussi beaucoup à l’économie du pays, alors que le pays a des réserves naturelles incroyables. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Deux hommes traversent le site de production de gaz de In Amenas (Algérie).
Deux hommes traversent le site de production de gaz de In Amenas (Algérie). (RYAD KRAMDI / AFP)

Quel est l'avenir de l'Algérie et de son économie ? Sachant que le pays bénéficie d'énormes réserves naturelles. Pétrole, gaz : le sous-sol est très riche. Les hydrocarbures représentent 95% des exportations de l'Algérie. Plus d’un quart du PIB, c’est-à-dire de sa richesse nationale, en dépend. C’est ce que l’on appelle une "économie de rente". Pendant longtemps, l’or noir a permis au pays de se développer, sans trop d’efforts, d’ailleurs. Grâce au pétrole, le pays a construit des routes, des écoles, a soutenu ses habitants. Mais depuis quelques années, la donne a totalement changé. 

"Une économie de rente"

Jusqu'en 2014, le baril de pétrole pouvait monter jusqu’à 110 dollars, de quoi assurer à l’Algérie des rentrées d’argent importantes. Mais, avec un baril à 50 dollars comme aujourd’hui, ses recettes ont fondu comme neige au soleil. Résultat : cela ne suffit plus à payer les dépenses de base de l'État. D’autant que l’Algérie a gardé le même train de vie, notamment pour garantir la paix sociale. Bref, l'Algérie, malgré ses importantes ressources pétrolières, se retrouve aujourd'hui au bord du gouffre.   

Surtout que, parallèlement, sa population a beaucoup augmenté. Aujourd’hui, la moitié de la population a moins de 30 ans et n’a pas de perspective. Dans une économie totalement anesthésiée par les pétrodollars, totalement administrée, il n’y a pas d’opportunités. 28% de cette jeunesse est au chômage. Les plus diplômés et ceux qui ont les moyens quittent le pays. En Algérie, le tissu productif privé est composé à 90% de toutes petites entreprises, essentiellement familiales, qui ont des activités souterraines, c’est-à-dire au noir.

Une population jeune et sans perspectives

Et cette jeunesse rêve de consommer. Elle voit le reste du monde, elle a envie de d’accéder aux biens de consommation. Mais le pays importe quasiment tout de l'étranger, les prix sont élevés. D’ou le parallèle qui est souvent fait avec le Venezuela, lui aussi en plein chaos.  

Ce sont deux économies où les gouvernements se sont laissés porter, aveuglés par la richesse de leurs matières premières. Où ils n’ont pas développé d’autres activités, comme le commerce, le tourisme. Et où l'argent du pétrole, au lieu de servir à investir, à préparer l’avenir, a surtout servi à financer le budget courant, quotidien, et à enrichir une caste, avec une forte corruption. Le chantier qui attend le successeur de Bouteflika est gigantesque.  

Deux hommes traversent le site de production de gaz de In Amenas (Algérie).
Deux hommes traversent le site de production de gaz de In Amenas (Algérie). (RYAD KRAMDI / AFP)