Bouteflika retire sa candidature à la présidentielle algérienne : "2019 restera comme la date de la libération pour tout un peuple"

L'universitaire Kader Abderrahim a répondu aux questions de franceinfo lundi, après la décision du président algérien Abdelaziz Bouteflika de ne pas briguer un cinquième mandat.

Des Algériens laissent éclater leur joie, après que le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé ne pas briguer un cinquième mandat, le 11 mars 2019.
Des Algériens laissent éclater leur joie, après que le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé ne pas briguer un cinquième mandat, le 11 mars 2019. (RYAD KRAMDI / AFP)

"1962 a été la date de l’indépendance, 2019 restera dans l’histoire de l’Algérie comme la date de la libération pour tout un peuple", a estimé lundi 11 mars sur franceinfo le spécialiste du Maghreb Kader Abderrahim, après le renoncement d'Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien ne briguera finalement pas un cinquième mandat. "On est rentré dans un nouveau cycle qui pourrait permettre à l’Algérie d’accéder à une démocratie et construire un véritable État de droit", a-t-il estimé.

franceinfo : Pensiez-vous que cette mobilisation aboutirait au renoncement d’Abdelaziz Bouteflika ?

Kader Abderrahim : Il y avait une chance. Plus les semaines passaient, plus on voyait que la situation devenait difficile à tenir pour le régime. Des déceptions à l’intérieur même du régime laissaient à penser qu’il y avait quand même beaucoup de dissensions. La position du clan Bouteflika devenait extrêmement difficile. On a senti depuis quelques jours que, même au sein de l’armée, des hauts dignitaires commençaient à s’interroger sérieusement sur cette opportunité d’un cinquième mandat.

Le Premier ministre vient de démissionner et sera remplacé par le ministre de l’Intérieur. Que va-t-il se passer politiquement ?

Je trouve que le profil qui a été choisi est intéressant. Noureddine Bedoui est un haut-fonctionnaire, qui a entamé en 2014 une carrière ministérielle. C’est un homme qui connaît bien l’Algérie, il a été préfet dans un certain nombre de préfectures. Il connaît bien l’administration. Il a le profil pour être le Gorbatchev de l’Algérie. Toute la question est de savoir si les structures qui sont les plus conservatrices le laisseront conduire à bien la mission qui va lui être confiée. Je relève d’ailleurs que dans la lettre que Bouteflika adresse à la nation, il parle de réconciliation. On a quand même la sensation que peu de temps avant de mourir, il souhaite laisser une trace pas trop négative dans l’histoire de son pays. Même si cette fin est finalement assez pathétique : il aura quand même fallu une mobilisation très importante de la population pour qu’il renonce.

C’est une page très importante qui se tourne ?

Oui, 1962 a été la date de l’indépendance, 2019 restera dans l’histoire de l’Algérie comme la date de la libération pour tout un peuple. C’est vraiment un moment de rupture très important. On est rentré dans un nouveau cycle, et j’espère dans un processus politique qui pourrait permettre à l’Algérie d’accéder à une démocratie et construire un véritable État de droit.