Remaniement : incompréhension jusque dans la majorité après le départ d'Isabelle Rome du ministère de l'Egalité femmes-hommes

La désormais ex-ministre a été remplacée par Bérangère Couillard, auparavant secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie. Elle avait reçu dans la semaine le soutien de plusieurs associations de défense des droits des femmes.
Article rédigé par Margaux Duguet - avec Catherine Fournier et Lucie Beaugé
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Temps de lecture : 5 min
La ministre déléguée chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Isabelle Rome, le 10 juillet 2023 à Paris. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Le milieu associatif féministe n'aura pas eu gain de cause. Mercredi 19 juillet, à la veille du remaniement du gouvernement d'Elisabeth Borne, une quarantaine d'associations de défense des droits des femmes, ainsi que des réseaux et des collectifs féministes, demandent dans une tribune publiée sur Twitter à ce que la ministre déléguée chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Isabelle Rome, soit maintenue à son poste. Réclamant "stabilité" mais aussi "efficacité", elles estiment que "de véritables progrès ont été engrangés" ces derniers mois.

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Cette mobilisation tardive n'a pas payé. Jeudi 20 juillet, les noms des ministres entrants et des sortants sont égrenés au fil de l'après-midi. La presse apprend que Bérangère Couillard, jusqu'à présent secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, remplace Isabelle Rome. L'équipe de la sortante apprend son débarquement seulement quelques minutes avant la publication du communiqué de l'Elysée en début de soirée, selon les informations de franceinfo. Isabelle Rome ne sera restée en poste qu'un peu plus d'un an.

"Cette façon de faire n'est pas cohérente"

Cette magistrate de profession, ancienne haute-fonctionnaire à l'égalité femmes-hommes au ministère de la Justice, avait pourtant des chantiers importants à mener à la rentrée, dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, présentée comme une priorité du quinquennat. Sur la table, notamment, une évolution législative pour appliquer aux majeurs l'allongement du délai de prescription prévu pour les victimes mineures en cas d'infractions sexuelles en série, ainsi que l'aggravation des peines encourues en cas de viols en série.

"J'étais en lien avec elle pour l'inscription de ma proposition de loi parité au Sénat pas plus tard que lundi", s'étonne Elodie Jacquier-Laforge, vice-présidente MoDem de l'Assemblée nationale, qui n'explique pas son départ. "Je ne comprends pas les raisons de son débarquement, mais c'est la vie des gouvernements, les ministres n'ont pas de garanties", abonde, un brin philosophe, Laurence Rossignol, vice-présidente PS du Sénat, ancienne ministre des Droits des femmes de François Hollande, et elle-même signataire de la tribune. 

"Isabelle Rome, ce n'est pas une 'snipeuse', mais elle était engagée et avait su créer des liens avec les associations. Une magistrate, c'était bien aussi, puisqu'il y a tellement de choses qui se nouent dans la prise en charge judiciaire…"

Laurence Rossignol, sénatrice socialiste

à franceinfo

"Ce qui m'embête surtout, c'est le 'turn-over'. Changer de ministre tous les ans implique forcément du retour en arrière sur les dossiers, déplore Anne-Cécile Sarfati, présidente de la société de conseil Actually, signataire de la tribune. Je n'ai pas de doute sur l'authenticité de l'engagement du président et du gouvernement sur le sujet, mais cette façon de faire n'est pas cohérente."

"C'est une politique publique qui a besoin de stabilité. Le fait d'avoir des ministres qui ne peuvent pas s'installer dans leurs dossiers, c'est regrettable", appuie Yseline Fourtic-Dutarde, coprésidente du collectif Ensemble contre le sexisme. Et de saluer en Isabelle Rome une ministre "à l'écoute, efficace, engagée et très dédiée à ces sujets".

Une ministre jugée pas assez médiatique

Toutes trois insistent cependant : elles n'ont rien contre la nouvelle ministre, Bérangère Couillard, qui "a une légitimité et n'est pas novice sur ces sujets", selon Anne-Cécile Sarfati. L'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie, membre du Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes, a été la rapporteuse de la proposition de loi de protection des victimes de violences conjugales.

Reste que les raisons du débarquement d'Isabelle Rome semblent, à première vue, bien mystérieuses. L'explication viendrait, selon une source proche de l'exécutif, de son manque d'incarnation. En clair, la ministre n'était pas assez médiatique, trop peu connue des Français. 

"Isabelle Rome n'a pas su porter de façon assez visible la grande cause du quinquennat malgré un déploiement de moyens à sa disposition jamais égalés."

Une source proche de l'exécutif

à franceinfo

Des explications qui détonnent avec cette petite phrase du président de la République. "Etre ministre, ce n'est pas parler dans le poste, c'est mettre en œuvre des décisions", a ainsi déclaré vendredi Emmanuel Macron, lors d'une introduction filmée au premier Conseil des ministres post-remaniement. 

Dans les couloirs ministériels, certains évoquent aussi un autre épisode : un accrochage entre Isabelle Rome et Marlène Schiappa. L'ancienne emblématique secrétaire d'Etat en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes de mai 2027 à juillet 2020 avait créé la stupeur en posant dans le magazine de charme Playboy, début avril, en pleine crise des retraites. Isabelle Rome torpille publiquement sa prédécesseure dans une interview au Figaro. "Je m'interroge : pourquoi avoir choisi Playboy pour faire avancer le droit des femmes alors que ce magazine est un condensé de tous les stéréotypes sexistes ? Nous sommes en plein dans la culture de la femme-objet", dénonce-t-elle alors.

"On dit qu'elle n'était pas très politique et charismatique"

Des propos qui n'auraient pas été bien perçus, à en croire ce conseiller ministériel. "Elle intervient après la Première ministre, ce qui ne se fait pas, sans la prévenir et critique un autre membre du gouvernement". Elisabeth Borne avait effectivement recadré Marlène Schiappa, en estimant que sa présence dans le magazine n'était "pas appropriée"

Dans la majorité parlementaire, ce départ d'Isabelle Rome continue de questionner. "Ça me surprend et je trouve ça dommage. On dit qu'elle n'était pas très politique et charismatique, mais le charisme, c'est aussi avoir des résultats et se faire apprécier de son écosystème", assure le député du MoDem Erwan Balanant. "Franchement, je ne comprends pas ce débarquement, abonde un député Renaissance. Je pense que d'autres auraient mérité de partir avant elle." Un autre élu du parti présidentiel n'oublie pas non plus qu'Isabelle Rome venait de la société civile. "Elle a subi comme d’autres le savonnage de planche de ceux qui pratiquent bien la politique, souligne-t-il. Dès qu’une personne issue de la société civile entre, si elle n’est pas armée, elle se fait dépecer."

Isabelle Rome est "restée à la tâche jusqu'à la dernière minute", vante son entourage. En plus de l'appui des associations, elle a "reçu des soutiens de collègues ministres, et des poids lourds de la macronie se sont affairés en coulisses", assure cette même source. "Il y en a qui se battent, c'est beau franchement", salue un conseiller ministériel. La désormais ex-ministre a confié au moment de sa passation de pouvoir avec Bérangère Couillard partir de son ministère "le cœur serré".

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