Perquisitions, coup de sang contre la justice et la presse… On vous résume la longue semaine de Jean-Luc Mélenchon

Le leader de La France insoumise a fait toute la semaine les gros titres de l'actualité, entre les perquisitions qui l'ont visé et ses attaques contre la presse et la justice. 

Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors d\'une conférence de presse à Paris, le 19 octobre 2018.
Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors d'une conférence de presse à Paris, le 19 octobre 2018. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Double enquête, perquisitions mouvementées, polémiques avec la justice et les médias… Jean-Luc Mélenchon a connu une semaine très mouvementée. Tout commence mardi 16 octobre avec plusieurs perquisitions au siège de La France insoumise et au domicile de plusieurs responsables politiques du mouvement. Ces perquisitions interviennent dans le cadre de deux enquêtes. 

La première concerne des soupçons d'emplois fictifs d'attachés parlementaires au Parlement européen. Visant d'abord le Front national, cette enquête a été élargie en juillet 2017 à quatre anciens assistants parlementaires européens de Jean-Luc Mélenchon. Les enquêteurs tentent de savoir si des fonds européens ont été détournés afin de rémunérer des cadres employés à d'autres tâches au sein de leur formation politique. La seconde enquête préliminaire, ouverte en mai 2018, porte sur les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2017 et des soupçons d'irrégularités.

Ces perquisitions ont conduit à de nombreux rebondissements et polémiques que franceinfo vous résume. 

Mardi : des perquisitions et un coup de sang

La nouvelle tombe en plein remaniement. Alors que les journalistes sont occupés à décrypter la composition du nouveau gouvernement, Jean-Luc Mélenchon déclenche vers 9 heures un Facebook Live. On y découvre le leader de La France insoumise entouré de policiers qui fouillent son domicile. "Nous sommes perquisitionnés chez tout le monde", explique-t-il en guise de préambule.

Les sièges de La France insoumise, du Parti de gauche, l'appartement du député des Bouches-du-Rhône mais aussi ceux de la secrétaire générale du groupe LFI à l'Assemblée nationale et d'assistants parlementaires sont perquisitionnés dans le cadre des deux enquêtes préliminaires. Dans une autre vidéo, on voit le procureur frôler Jean-Luc Mélenchon, provoquant l'ire de l'élu. 

Me touchez pas monsieur, vous n'avez pas le droit de me toucher. (...) Personne ne me touche, ma personne est sacrée, je suis parlementaire.Jean-Luc Mélenchonsur Facebook

Le leader de La France insoumise qualifie l'opération d'"agression politique". Dans la foulée de ces perquisitions, le parti appelle les Insoumis à se retrouver au siège du mouvement dans le 10e arrondissement de Paris "pour protester contre cette attaque politique". Une conférence de presse s'improvise sur le trottoir. "Je ne me laisserai pas faire, je n'ai pas peur, mes amis n'ont pas peur, c'est eux qui vont avoir peur du retour de bâton !", prévient Jean-Luc Mélenchon tandis que députés et militants crient derrière lui : "Résistance, résistance !"

Dans l'après-midi, Jean-Luc Mélenchon profite des questions au gouvernement pour interpeller directement le Premier ministre sur ces perquisitions. "Ce n’est plus de la justice ! Ce n’est plus de la police !", s'énerve le député. Réponse d'Edouard Philippe : "La décision du procureur a été soumise au contrôle d'un juge des libertés et de la détention, qui est un magistrat du siège parfaitement indépendant". 

La journée aurait pu se terminer là, mais dans la soirée, l'émission "Quotidien" sur TMC diffuse des images inédites des perquisitions. La tension est ici à son comble. On y voit Jean-Luc Mélenchon, au siège du parti, demandant à ses camarades d'"enfoncer la porte" tout en criant à un policier : "La République, c'est moi, c'est moi qui suis parlementaire !". Parvenu à l'intérieur, le député, excédé, pointe du doigt et pousse le procureur en lui disant : "Allez, vas-y, essaye de me pousser pour voir"

Mercredi : une remarque déplacée sur l'accent d'une journaliste

Invité de la matinale de BFMTV mercredi, Jean-Luc Mélenchon est interrogé sur les images de la veille. Regrette-t-il son comportement ?, lui demande Jean-Jacques Bourdin. "Non, je ne regrette rien", lui répond le député. "Pourquoi je vais regretter un comportement ? (...) On m'interdit de rentrer dans le siège de mon propre mouvement et c'est moi qui vais regretter", ajoute-t-il. Il en profite pour glisser que "la procédure légale n'a pas été respectée". Un argument qui est à moitié vrai

En fin de matinée, le parquet de Paris annonce l'ouverture d'une enquête pour "menaces ou actes d'intimidation contre l'autorité judiciaire" et "violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique" au lendemain des "incidents" survenus lors de la perquisition au siège de La France insoumise.

Peu après cette annonce, le directeur des campagnes du parti, Manuel Bompard, réplique et affirme que le mouvement a déposé quatre plaintes pour des "violences" commises sur des membres du parti.

Dans l'hémicycle, Edouard Philippe se dit "choqué" par la "très grande violence" envers les policiers sur les images des perquisitions. Mais, c'est une petite phrase prononcée dans la salle des quatre colonnes qui va faire le tour des médias et des réseaux sociaux. Devant la presse, Jean-Luc Mélenchon s'en prend à une journaliste de France 3 en moquant son accent toulousain

Le tollé est immédiat, tant parmi les politiques que dans les médias. La SDJ de France 3 dénonce une "attitude intolérable". 

Jeudi : une longue audition devant les enquêteurs

Vers 10h30 jeudi, Jean-Luc Mélenchon se présente à Nanterre où les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption l’attendent. Il est auditionné pendant près de cinq heures. A sa sortie, il prend le temps de répondre aux questions de la presse et s'en prend à Emmanuel Macron. 

Monsieur Macron, il est temps de rembobiner votre film, tout ça est raté. La manœuvre est complètement ratée.Jean-Luc Mélenchonà la presse

Estimant avoir été interrogé "cinq heures pour enfoncer des portes ouvertes", il affirme avoir déjà répondu par écrit à l'administration du Parlement européen aux questions sur les emplois présumés fictifs d'assistants d'eurodéputés.

Vendredi : des révélations, une conférence de presse musclée et un appel à "pourrir" des journalistes

Tôt le matin, la cellule investigation de Radio France publie une longue enquête sur Mediascop, la société de communication de Sophia Chikirou. Elle révèle que cette société a facturé très cher certaines prestations lors de la campagne présidentielle. Sophia Chikirou est d'ailleurs entendue toute la journée de vendredi par les enquêteurs. 

Dans l'après-midi, Jean-Luc Mélenchon donne une longue conférence de presse dans laquelle il persiste et signe. Dénonçant une "offensive politique", il réclame l'annulation des perquisitions et s'en prend aux médias après les révélations de franceinfo. Il qualifie, à cette occasion, Radio France de "radio d'Etat", estimant que le travail de la rédaction est une "opération téléguidée par le pouvoir politique". Le directeur de franceinfo, Vincent Giret, lui répondra dans l'après-midi, expliquant que franceinfo n'est pas "une radio d'Etat, mais de service public". 

Voir la vidéo

Critiqué depuis trois jours pour ses emportements, Jean-Luc Mélenchon reconnaît néanmoins pouvoir "commettre ici ou là une erreur". Il présente ainsi ses excuses à la journaliste dont il avait moqué l'accent à l'Assemblée nationale.

Mais dans une vidéo postée le même jour, le ton n'est pas le même. "Pourrissez-les partout où vous pouvez parce qu'il faut que l'on obtienne au moins un résultat (...). Il faut qu'il y ait des milliers de gens qui se disent 'les journalistes de franceinfo sont des menteurs, sont des tricheurs'", lance-t-il. 

De nouvelles révélations de presse vont provoquer la fureur du tribun. Dans la soirée, Mediapart publie un article relatant les premières découvertes des enquêteurs lors des perquisitions. Le site d'investigation raconte comment les policiers ont découvert, à 7 heures du matin mardi, Sophia Chikirou dans l'appartement de Jean-Luc Mélenchon. "Le patron de La France insoumise et la communicante entretiennent en réalité de longue date, selon nos informations, une relation extra-professionnelle", écrit Mediapart. "Celle-ci pourrait relever de la seule vie privée des deux intéressés mais prend désormais, à la lueur des investigations judiciaires, une dimension d'intérêt général", précise le site.

A 23h35, Jean-Luc Mélenchon publie un long message sur Facebook : "En toute hypothèse, à l'état civil et aux impôts je suis célibataire. Et jusqu'à cet article, je me croyais seul auteur de ma vie privée."

Samedi : Mélenchon enfonce le clou, Radio France porte plainte

Sa parole est rare. Invitée d'Europe 1 samedi matin, la procureure générale près la cour d'appel de Paris, Catherine Champrenault, dénonce un "coup de force" contre les magistrats et policiers mené par Jean-Luc Mélenchon et ses militants lors des perquisitions. Quelques heures plus tard, on apprend que Jean-Luc Mélenchon veut faire dessaisir le procureur de Paris de l'enquête le concernant. "Il devient établi de manière claire et concordante que les services sous ses ordres ne respectent pas les règles et procédures applicables en l'espèce", écrit l'avocat du député, Mathieu Davy. 

Jean-Luc Mélenchon ne laisse pas la parole à son seul conseil. Vers 16 heures, il se décide à lancer un live sur Facebook. "Si vous êtes abonné à ces journaux ignobles, vous avez la possibilité de vous désabonner qui est l'acte militant le plus simple que vous avez à faire", décrète-t-il.

Dans l'après-midi, la direction de Radio France annonce qu'elle va porter plainte contre le député pour les propos tenus à l'encontre de ses journalistes, traités d'"abrutis" et que le patron des Insoumis appelle à "pourrir"Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France, apporte sur Twitter son "soutien" aux journalistes et salue "leur professionnalisme et la qualité de leur travail d’investigation".