Ministres à remplacer, portefeuilles à attribuer, parité à respecter… Les enjeux du prochain remaniement

Elisabeth Borne a conduit des consultations "pour la composition d'un nouveau gouvernement d'action", comme le lui a demandé Emmanuel Macron. 

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Elisabeth Borne et Emmanuel Macron le 23 mai 2022 à l'Elysée. (MAXPPP)

Après le temps des consultations, l'épreuve du feu. Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, et la Première ministre, Elisabeth Borne, se préparent au remaniement, dimanche 3 juillet. La composition du nouveau gouvernement sera annoncée en début de semaine prochaine, a appris franceinfo vendredi, de sources concordantes. Un exercice de funambule qui doit tenir compte des nouveaux équilibres à l'Assemblée, mais aussi de la parité et des portefeuilles qui restent vacants. Franceinfo résume les enjeux de ce remaniement.

Montchalin, Bourguignon… Quatre ministres à remplacer

Premier objectif pour Elisabeth Borne, à qui Emmanuel Macron a maintenu sa confiance : remplacer les ministres battus aux législatives, selon la règle réaffirmée par l'exécutif. Il s'agit en l'occurrence de trois femmes, Amélie de Montchalin à la Transition écologique, Brigitte Bourguignon à la Santé et Justine Bénin à la Mer. A celles-ci s'ajoute la ministre des Outre-mer Yaël Braun-Pivet, élue à la présidence de l'Assemblée nationale, mardi 28 juin.

Les cas Abad et Zacharopoulou à trancher

La question du maintien de Damien Abad aux Solidarités se pose, alors que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour tentative de viol après la plainte d'une femme le visant pour des faits qui se seraient déroulés lors d'une fête en 2010. L'entourage de l'ex-LR, qui représentait une prise à droite, a fait savoir vendredi qu'il était "pleinement à la tâche".

Pourtant, au sein de la majorité, son départ n'est plus un tabou. Damien Adam, député Renaissance de Seine-Maritime, n'y va pas par quatre chemins : "Politiquement, il n'a rien rapporté et il nous a énormément coûté. Je ne vois pas comment il peut assumer ses responsabilités de ministre des Solidarités compte tenu de la situation." "J'espère qu'il comprendra qu'il dessert l'intérêt général en s'accrochant à son poste et que pour qu'il puisse se défendre il doit se mettre en retrait", a-t-il ajouté, interrogé par franceinfo vendredi.

Les appels du pied ont continué samedi. Prisca Thevenot, députée Renaissance des Hauts-de-Seine et porte-parole de La République en marche, a estimé sur franceinfo que le ministre des Solidarités devait "avoir le temps de pouvoir assurer sa défense" et s'y "consacrer pleinement". "J'ai toujours été du côté des victimes sur ce sujet-là", a déclaré peu après la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. "Il appartiendra à la Première ministre de juger en fonction de l'avancée de cette enquête, de ce que dit la justice, si effectivement elle doit trancher dans un sens ou dans un autre", a-t-elle précisé.

Elisabeth Borne doit également se pencher sur un autre cas : celui de Chrysoula Zacharopoulou, secrétaire d'Etat chargée du Développement et de la Francophonie, visée par trois plaintes, dont deux pour viol.

De nouveaux portefeuilles à pourvoir

L'exécutif doit aussi attribuer des portefeuilles importants qui n'avaient pas été pourvus avant les législatives. Cela concerne le logement, les transports, l'artisanat, la biodiversité ou la ruralité… Des renforts sont aussi attendus à Bercy pour le numérique, la souveraineté industrielle ou le tourisme. Alors que le gouvernement compte actuellement 17 ministres, six ministres délégués et quatre secrétaires d'Etat, il pourrait compter une cinquantaine de membres à l'issue du remaniement. Mais l'exécutif va essayer de réduire au strict minimum et promet encore une fois un gouvernement resserré, sur une trentaine de postes.

Un équilibre politique à trouver

Avec ces nouveaux secrétaires d'Etat attendus, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne vont également devoir soigner le dosage politique, pour ne léser aucun des partenaires de la majorité : le MoDem de François Bayrou et Horizons d'Edouard Philippe… Ces partis qui représentent le centre et la droite de la majorité présidentielle ne comptent actuellement au gouvernement qu'un seul représentant chacun : Marc Fesneau à l'Agriculture et à la Souveraineté alimentaire, et Christophe Béchu aux Collectivités territoriales.

Arnaud Robinet, maire (Horizons) de Reims et vice-président de la région Grand Est, a laissé entendre qu'il était intéressé par le ministère de la Santé. "Les enjeux de santé publique, compte tenu de mon parcours professionnel et de mes responsabilités au sein de la FHF, m'ont toujours passionné et je considère qu'il y a beaucoup à faire dans ce domaine", a-t-il confié au Monde, dimanche.

Des personnalités "d'ouverture" feront-elles leur entrée au gouvernement ? Tout en écartant l'entrée du Rassemblement national et de La France insoumise, le chef de l'Etat avait évoqué un nouveau gouvernement avec des alliés, de droite comme de gauche, "qui s'engageraient dans la durée au côté de la majorité présidentielle", dans un entretien à l'AFP le 25 juin.

Jérémie Peltier, directeur des études à la fondation Jean-Jaurès, y voit toutefois des limites. "Chercher une prise de guerre symbole de la droite ou de la gauche, ça ne marche plus", explique-t-il à franceinfo. "Attention aux débauchages flatteurs, qui font bien dans les médias et parlent à l'opinion mais braquent leurs anciens amis dans l'hémicycle", met en garde sur franceinfo un très proche d'Emmanuel Macron. Exit, donc, a priori, les nominations "paillettes".

La parité à respecter

Dernier défi et non des moindres : respecter la parité. La plupart des ministres en partance sont des femmes. Mais les noms des ministrables qui circulent sont ceux d'hommes.

Pour prendre la suite de Brigitte Bourguignon au ministère de la Santé, d'après Le Monde et l'AFP, le profil cité avec le plus d'insistance reste celui de Frédéric Valletoux, élu député (Horizons) de Seine-et-Marne et à la tête depuis plus de dix ans de la Fédération hospitalière de France. Les autres profils pressentis sont également masculins : le député Philippe Juvin, le président de la région Grand Est Jean Rottner ou le maire de Reims Arnaud Robinet, tous trois médecins et membres des Républicains.

Dans Le Journal du dimanche, un cadre du MoDem y voit plutôt l'opportunité pour son parti d'être mieux représenté au sein de ce nouveau gouvernement. "On peut être pourvoyeurs de nombreuses femmes compétentes", a-t-il glissé à l'hebdomadaire.

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