Présidentielle 2022 : ce que l'on sait des tensions et violences survenues au premier meeting d'Eric Zemmour

Plusieurs militants de SOS Racisme ont notamment été frappés, dimanche, par des partisans du candidat d'extrême droite.

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France Télévisions
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Une militante de SOS Racisme (au centre, une main jaune dans le dos) à terre après avoir été frappée par un homme lors du meeting d'Eric Zemmour à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 5 décembre 2021. (MAXPPP)

Après de nombreuses réunions publiques aux allures de précampagne, Eric Zemmour a tenu, dimanche 5 décembre à Villepinte (Seine-Saint-Denis), son premier meeting depuis l'officialisation de sa candidature, devant 12 à 13 000 personnes, selon le journaliste de franceinfo sur place.

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L'événement a été marqué par de nombreux incidents. Des militants de SOS Racisme ont été frappés alors qu'ils tentaient un happening. Des journalistes ont été visés par des manifestations d'hostilité. Et Eric Zemmour a été attrapé par un membre du public et blessé au poignet dans la cohue. Lundi, le parquet de Bobigny a annoncé l'ouverture d'une enquête sur "les faits de violences commis à l'intérieur du meeting". Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de ces différents épisodes.

Une manifestation d'opposants dispersée

Au début du meeting, des opposants à sa tenue se sont rassemblés aux abords du parc des expositions de Paris-Nord Villepinte. Ils ont été dispersés par les forces de l'ordre. Lundi, une source proche de l'enquête faisait état de 55 personnes placées en garde à vue, majoritairement pour avoir participé à ce rassemblement, qui avait été interdit. Un journaliste photographe indépendant a notamment affirmé avoir été placé en garde à vue puis relâché, après une interpellation filmée par la webtv Le Média.

Un autre cortège a défilé à Paris, jusqu'à la Villette, où se trouve le Zénith de Paris, la salle où devait initialement se dérouler le meeting d'Eric Zemmour jusqu'à son déplacement de dernière minute. Environ 2 200 personnes ont défilé, et deux ont été interpellées, selon la préfecture de police. Les organisateurs ont revendiqué 10 000 participants.

Des journalistes hués et exfiltrés

Dès le début du meeting, des journalistes ont été confrontés à l'hostilité de la foule. Une équipe de l'émission "Quotidien", qui interrogeait des partisans d'Eric Zemmour, a été huée par la foule, qui a scandé "'Quotidien', collabos" et "Tout le monde déteste 'Quotidien'". La scène a notamment été filmée par un journaliste de franceinfo.

Ces journalistes ont été exfiltrés par les équipes de sécurité du meeting, dans une ambiance très tendue, a observé le reporter de franceinfo sur place. C'est aussi ce qui apparaît sur les images de Remy Buisine pour Brut.Le Parisien et L'Obs affirment que ces journalistes ont ensuite pu regagner la salle. "La sécurité a surréagi. Ils sont revenus. Il n'y a eu aucune violence", a assuré l'équipe de communication d'Eric Zemmour citée par l'AFP.

Mediapart affirme par ailleurs que deux journalistes de son émission en ligne "A l'air libre" ont "reçu des coups anonymes" au même moment et qu'un participant au meeting, les voyant passer, a évoqué à haute voix l'opportunité d'une "ratonnade"

L'hostilité aux médias s'est également invitée à la tribune du meeting, où Eric Zemmour les a fait huer par la foule à plusieurs reprises. Avant lui, l'ancien député européen Paul-Marie Coûteaux les avait qualifiés de "techniciens de la propagande".

Eric Zemmour bousculé et blessé au poignet

Un peu plus tôt, alors qu'il marchait vers la scène en saluant le public, Eric Zemmour a été attrapé par un homme sorti de la foule. Une image, attribuée par l'AFP à l'un des organisateurs du meeting, Olivier Ubéda, montre cet homme passant par-dessus le premier rang de spectateurs, passer ses bras derrière la nuque du candidat et le tirer vers lui. Il est immédiatement saisi et maîtrisé par la sécurité.

Cette seule vidéo ne permet pas d'éclairer son profil ni la motivation de son geste. Selon nos informations, cet homme a été placé en garde à vue, et s'y trouvait encore lundi matin. Une source proche de l'enquête le décrit comme un homme "d'âge mur" et rapporte qu'il dit être "tombé" sur le candidat.

L'entourage d'Eric Zemmour affirme à franceinfo que le candidat a été blessé au poignet lors de cet incident, et s'est vu prescrire neuf jours d'ITT (incapacité temporaire de travail) par un médecin. Mais les examens médico-légaux n'avaient pas encore été réalisés lundi midi, selon cette même source proche de l'enquête. La durée de l'ITT constatée peut avoir une incidence sur la peine encourue en cas d'éventuelles poursuites. Olivier Pardo, avocat d'Eric Zemmour, a confirmé à franceinfo le dépôt d'une plainte par son client pour "violences aggravées avec préméditations et guet-apens", déjà annoncé au Parisien.

Des militants de SOS Racisme frappés

Pendant le discours d'Eric Zemmour, des membres de l'association SOS Racisme ont fait leur apparition au fond de la salle. Les images publiées par l'organisation, et celles du journaliste indépendant Clément Lanot, les montrent formant une ligne, scandant "Non au racisme" et déployant ce même message sur leurs tee-shirts. Douze personnes étaient présentes, une par lettre du message, a expliqué l'une d'entre elles au média en ligne Brut.

Plusieurs de ces militants ont alors été agressés.  Les images montrent notamment un homme porter deux coups de poing au visage d'une jeune femme, puis un autre homme lui asséner un autre coup à la tête. Un militant est filmé par le Huff Post recevant un coup au visage puis, alors qu'il est à terre, un coup de pied dans le dos. D'autres sont violemment bousculés et plusieurs chaises sont lancées en direction de ces opposants à Eric Zemmour.

Les membres de SOS Racisme ont rapidement été extraits du meeting, entourés de dizaines de partisans du candidat qui avaient délaissé les rangs du public. Les images montrent au moins deux militants en train de chuter au sol lors de leur expulsion. Deux d'entre eux sont par ailleurs apparus le visage ensanglanté une fois sortis de la salle. Sur Twitter, SOS Racisme affirme que cinq participants à l'action ont été blessés, dont deux ont été pris en charge par les pompiers.

"On s'est fait défoncer", a réagi, dans une interview à Brut, l'une des manifestantes touchées, défendant une action "profondément pacifique". "Cela fera l'objet de plaintes de la part de militants agressés pour déterminer qui sont les agresseurs et qu'ils répondent de leurs actes", a ajouté le président de l'association, Dominique Sopo. Une enquête sur ces violences a été ouverte, a annoncé lundi le parquet de Bobigny à franceinfo et France Télévisions. Selon une source proche de l'enquête, "une poignée" de militants, "moins de six" au total, ont été remis aux forces de l'ordre par la sécurité du meeting, et placés en garde à vue

Interrogé sur ces violences à la sortie du meeting, Eric Zemmour n'a pas répondu. "S'il y a eu usage de la force avec excès, je le regrette" mais les victimes "n'avaient pas à être là, il ne faut pas venir faire de provocation dans notre salle", a réagi un membre de son équipe de campagne, Antoine Diers. Des images du Huff Post montrent une personne, manifestement membre de la sécurité du meeting, qui félicite la foule pour sa participation à l'expulsion des antiracistes : "Sans vous ça aurait été compliqué. Vous avez fait le job".

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