INFOGRAPHIE. Présidentielle américaine : ce que disent les sondages du duel entre Joe Biden et Donald Trump (et quelles sont leurs limites)

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France Télévisions
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Depuis de longs mois, les enquêtes d'opinion donnent une large avance au candidat démocrate face au président sortant. Un indicateur important mais à prendre avec prudence pour ce scrutin indirect.

Deux courbes qui se suivent, mais ne se croisent jamais. Lorsque l'on regarde les sondages nationaux pour l'élection présidentielle américaine depuis le 8 avril – date à laquelle Joe Biden s'est assuré l'investiture démocrate, après le retrait de Bernie Sanders –, le match semble plié. Le président sortant, Donald Trump, accuse un retard important et durable. Mais ce premier constat peut aussi être trompeur, comme ce fut le cas lors de la campagne de 2016, au cours de laquelle les sondeurs n'avaient pas vu venir la victoire du candidat milliardaire. Quatre ans plus tard, voici les clés pour bien lire ces enquêtes d'opinion aux Etats-Unis. Et, si possible, éviter un scénario aussi déroutant qu'il y a quatre ans.

Que disent les sondages ?

Au niveau national, leur lecture est assez aisée. Depuis le mois d'avril, Donald Trump est à la traîne avec entre 4,5 et 10 points de retard sur son concurrent démocrate. "Dans l'histoire américaine, le sortant est généralement devant, il profite de l'aura, de la puissance et des moyens de la Maison Blanche. Or, Donald Trump est derrière, et de loin, c'est donc une indication très importante", décrypte Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Paris 2 Panthéon Assas et spécialiste des Etats-Unis. Ni les deux débats, ni l'hospitalisation de Donald Trump ne semblent changer cette tendance.

La cote de popularité de Donald Trump est aussi très régulièrement étudiée par les enquêtes d'opinion. "Cela fait trente ans que je travaille sur les Etats-Unis, jamais je n'ai vu une telle régularité", note Jean-Eric Branaa. Et c'est plutôt inquiétant pour Donald Trump. Le président américain oscille ainsi entre 40% et 45% d'opinions favorables depuis de longs mois, marquant la solidité de sa base électorale mais surtout le profond rejet d'une partie de la population, même en pleine crise.

Le match est-il alors plié ? Sûrement pas, et notamment parce que le prochain président des Etats-Unis sera élu par des grands électeurs, envoyés par chaque Etat. "La voix d'un électeur de Californie ou du Wisconsin n'a pas le même poids", rappelle Lauric Henneton, maître de conférences en politique et histoire des Etats-Unis à l'université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. C'est donc à cette échelle qu'il faut aussi regarder les sondages. Si, là encore, Joe Biden semble avoir une courte avance dans les Etats clés, des surprises de dernière minute peuvent toujours venir brouiller les pistes.

Les enquêtes d'opinion sont-elles fiables ?

Les sondages ne relèvent pas d'une science exacte. Il faut donc les prendre avec prudence et, surtout, bien savoir les lire. Pour cela, rien de mieux qu'un petit retour en 2016. A l'époque, "Hillary Clinton était devant Donald Trump dans les sondages nationaux et pourtant, elle a perdu l'élection", rappelle Lauric Henneton, qui a dirigé l'ouvrage collectif Le rêve américain à l'épreuve de Donald Trump (Ed. Vendémiaire, à paraître). Résultat : un camouflet pour les instituts de sondage du pays et une grosse surprise le jour J.

Passé l'effet de stupeur, il faut analyser dans le détail les raisons de ce crash pour éviter que l'histoire ne se répète. "Les sondeurs n'ont pas fait de grosse erreur en 2016, relativise Jean-Eric Branaa. Ils ont annoncé quasiment le résultat qui est arrivé, c'est-à-dire une victoire d'Hillary Clinton… au vote populaire. En revanche, ils se sont trompés sur trois Etats où le scrutin était très serré (Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie) et où Donald Trump a gagné de très peu." De quoi faire finalement basculer le résultat final.

Les deux spécialistes appellent donc à la prudence. Et encore plus cette année, durant laquelle les conséquences de la crise du coronavirus et les incertitudes sur le vote par correspondance sont difficiles à prendre en compte dans les enquêtes d'opinion. Les sondages nationaux servent d'abord "à donner le sens du vent", rappelle Jean-Eric Branaa, auteur de Joe Biden : le 3e troisième mandat de Barack Obama (VA Editions, 2019).

La méfiance doit être de mise lorsqu'un seul sondage annonce un résultat exceptionnel, comme cela a été le cas pour Biden et pour Trump ces derniers mois. "Le plus sûr, c'est de regarder les agrégateurs de sondages", complète Lauric Henneton. Ces indicateurs, comme celui présenté dans notre infographie ci-dessus, lissent les résultats pour éviter des variations non fondées.

D'où proviennent ces chiffres ?

Les données utilisées dans l'infographie en tête de l'article proviennent d'un agrégateur de sondages américain, Real Clear Politics. Cet outil compile les sondages nationaux parus dans les principaux médias américains tout au long de la campagne, afin de donner une moyenne des intentions de vote chaque jour. Les marges d'erreur de tous les sondages sont disponibles sur le site. Elles sont généralement comprises entre 1 et 4 points.

D'autres modèles prédictifs ont aussi été développés, comme "The Presidential Forecast", par le média spécialisé Five Thirty Eight. Des milliers de simulations de l'élection sont réalisées par cet outil afin de déterminer le maximum de scénarios possibles dans tous les Etats. Ceux-ci sont ensuite régulièrement ajustés selon les dernières enquêtes d'opinion. Au 29 octobre, il en ressort que Joe Biden remporterait l'élection dans une écrasante majorité (89%) de ces scénarios.

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