La police accusée de racisme : "un complot médiatique et politique", dénonce le chef du syndicat des commissaires

Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur des propos racistes tenus par des forces de l'ordre sur internet. Une procédure "normale" juge David Le Bars. Mais il estime que 8 000 policiers et gendarmes sur un groupe Facebook, "ça ne fait toujours pas des institutions racistes de manière systématique".

David Le Bars, secrétaire général du SCPN, syndicat des commissaires de la police nationale.
David Le Bars, secrétaire général du SCPN, syndicat des commissaires de la police nationale. (LP/YANN FOREIX / MAXPPP)

Si les propos racistes de policiers sur un groupe Facebook "sont avérés, ils devront être sanctionnés", a déclaré, vendredi 5 juin, sur franceinfo, David Le Bars, secrétaire général du SCPN, syndicat des commissaires de la police nationale. Il réagit à l'ouverture d'une enquête par le parquet de Paris, saisi par le ministre de l'Intérieur, à la suite de la révélation de commentaires racistes dans article du site d'information Streetpress.

David Le Bars assure que les 8 000 policiers et gendarmes réunis dans un groupe, "ça ne fait pas de la police et de la gendarmerie des institutions racistes", et assure que "quand un chef de service a un signalement d'un fait de racisme, on ne laisse jamais passer".

franceinfo : Comment réagissez-vous à l'ouverture par le parquet de Paris d'une enquête sur des messages racistes publiés par des policiers et des gendarmes sur Facebook, enquête ouverte après une saisine du ministre de l'Intérieur ?

David Le Bars : Ma réaction est très simple, très directe : cette saisine du parquet est parfaitement normale, il y a des propos racistes tenus sur un groupe par des policiers ou des gendarmes. Si ces faits sont avérés, ils devront être sanctionnés, la justice devra passer.

Je voudrais donner un élément, 8 000 policiers et gendarmes sur un groupe Facebook, ça ne fait toujours pas de la police et de la gendarmerie des institutions racistes de manière systématique parce que c'est moins de 3% de l'effectif.David Le Bars, secrétaire général du SCPN

Et deuxième point, quand un artiste dit que la police assassine en banlieue, et qu'il faut prendre les armes ou faire la révolution, on aimerait que le ministre fasse pareil et saisisse également la justice contre ces propos qui sont irresponsables. C'est ce qu'on a déjà demandé à Christophe Castaner, il s'est d'ailleurs exprimé dans la presse en disant qu'il avait condamné médiatiquement ces propos et que la plainte n'était pas nécessaire. On lui demande la même fermeté, puisque le racisme en France c'est un sujet de société, ça doit être partage, équitable.

Fabien Jobard, chercheur du CNRS et spécialiste des questions de justice et de police, a déclaré sur franceinfo que "dans la police on n'est pas raciste, on le devient". Qu'en pensez-vous ?

M. Jobard, on le connaît. Il affirme que quand on rentre dans la police a priori on est à peu près normal, et qu'ensuite le métier fait qu'on devient raciste. Moi je demande à ce sociologue de nous donner des études qui nous permettent de prouver ce qu'il affirme, j'en suis moi-même choqué. Moi je suis commissaire de police, j'ai dirigé pendant 23 ans des policiers de toutes provenances, de toutes catégories sociales, j'ai eu des commissariats totalement mixtes, puisqu'on recrute à l'image de la population. Quand un chef de service a un signalement ou une information faisant état d'un fait de racisme, on ne laisse jamais passer.

Les accusations nauséabondes qui consistent à dire que dans la police on est tous racistes, c'est une insulte à ces agents de la paix, à ces gardiens de la paix, et c'est aussi une insulte aux Français pace qu'on est en train d'affaiblir une institution.David Le Bars

Et les victimes de ce complot médiatique et politique, ce seront les citoyens qui n'auront plus de sécurité si on continue comme ça, à écouter des gens comme Matthieu Kassovitz qui demande à désarmer la police et à réduire les effectifs. Si on commence à donner écho et des suites à ce type de propos qui n'ont aucun fondement sérieux, ce sera l'ensemble de la population qui sera victime de ça, il ne faut pas en arriver là.

Pourquoi parlez-vous de complot ?

Il y a deux semaines, une artiste peut-être en mal d'audience (Camélia Jordana) a commencé le bal nauséabond en traitant les policiers d'assassins comme quoi on allait tuer des gens en banlieue. Et puis étonnamment, ça a commencé à prendre avec les mêmes personnes qui sont sur le sujet des violences policières depuis deux ans. Violence policière ça sous-entend que la police ne fait que ça. Et puis, il y a eu cette occasion de relier les violences policières au racisme, la police est violente parce qu'elle est raciste, et on est raciste donc on est violent. Ce débat n'a aucune fondement à part cet effet miroir sur l'affaire George Floyd, qui n'a strictement rien à voir avec des affaires qu'on a pu connaître en France, mais, pour certains, le raccourci est fait.