États-Unis : "On a un duel très clair", entre Donald Trump "qui veut incarner la virilité" et Joe Biden "qui veut incarner l’empathie", analyse Thomas Snégaroff

L'historien de franceinfo explique cette situation de "miroir inversé" entre l'occupant de la Maison blanche et le prétendant à sa succession.

Montage Joe Biden (gauche) / Donald Trump (droite).
Montage Joe Biden (gauche) / Donald Trump (droite). (JIM WATSON / SAUL LOEB / AFP)

Au lendemain d’un discours menaçant de Donald Trump face aux manifestants contre la brutalité policière aux États-Unis, son rival démocrate Joe Biden a lui promis de tout faire pour "guérir les blessures raciales". "Vous avez un président qui veut incarner la force et donc la virilité et en face, un opposant qui veut incarner dans cette voix émue, quasiment plaintive, l'empathie", indique sur franceinfo mercredi 3 juin Thomas Snégaroff, historien de franceinfo, spécialiste des États-Unis. "Celui qui souffle sur les braises, c’est celui qui est à la Maison-Blanche et celui qui tente d'apaiser c’est celui qui est dans l'opposition, celui qui veut atteindre la Maison-Blanche", explique-t-il, avant de qualifier cette situation de "miroir inversé".

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franceinfo : Faut-il parler d'émeutes raciales pour définir ce qui se passe en ce moment aux États-Unis ?

Thomas Snégaroff : L'émeute, ça délégitime un mouvement puisque cela donne l'idée de la violence, de l'anarchie, du désordre. Le terme de "riot" en anglais a été poussé, porté par des gens hostiles à ce genre de mouvement. On préfère parfois parler de manifestations, voire de rébellion quand on considère le caractère légitime de la chose. Le terme de raciale se pose encore parce qu'on a vu beaucoup de Blancs parmi les manifestants, notamment chez les jeunes. Et puis, on a aussi une haine, une détestation de Trump, de ce qu'il incarne. Il y a quelque chose de plus large que les émeutes raciales.

Face à ces manifestations, Donald Trump s’est montré très ferme, brandissant une bible devant une église, et menaçant d'appeler l'armée en renfort. Que signifie ce geste ?

C'est le rôle du président des États-Unis de garantir la loi et l'ordre, l'expression étant de Richard Nixon de 1968. DonaldTrump est président légitime et quand on est président de ce pays il faut aussi être un unificateur et non pas diviseur.

Brandir la Bible quand soi-même, on n'est pas un grand croyant, c'est un outil politique. Thomas Snégaroff, historien de franceinfo, spécialiste des États-Unis

Il l’a lui-même avoué, c'était une opération de communication. Il n'est même pas entré dans l'église, il n'a pas prié, il n'a pas prévenu l'évêque qu'il allait venir. Il s'agissait juste de faire une photographie pour flatter sa base, les évangéliques blancs qui sont l'essentiel de ses électeurs.

À cinq mois de l'élection présidentielle aux États-Unis, ces manifestations peuvent-elles avoir des effets sur le scrutin ?

Oui. Joe Biden a tenu hier un discours d'empathie, un discours de président. Habituellement, celui qui devrait souffler sur les braises, c'est celui qui profiterait politiquement du désordre et ce serait théoriquement celui qui n'est pas en charge de l'Amérique. Et là, vous avez un miroir inversé, celui qui souffle sur les braises, c’est celui qui est à la Maison-Blanche et celui qui tente d'apaiser c’est celui qui est dans l'opposition, celui qui veut atteindre la Maison-Blanche. On a là un duel très clair autour de valeurs. Vous avez un président qui veut incarner la force et donc la virilité et en face, un opposant qui veut incarner dans cette voix émue, quasiment plaintive, l'empathie. Les Américains auront-ils besoin d'empathie ou de virilité ? Ce sera l'enjeu de l'élection à venir.