Qui est Djokhar Tsarnaev, jugé pour les attentats de Boston ?

Le jeune américain d'origine tchétchène risque la peine de mort s'il est reconnu coupable du double attentat du marathon de Boston.

Dzhokhar Tsarnaev, l\'un des auteurs présumés des attentats de Boston (Massachusetts).
Dzhokhar Tsarnaev, l'un des auteurs présumés des attentats de Boston (Massachusetts). ( REUTERS)

Djokhar Tsarnaev, l'auteur présumé des attentats de Boston, va devoir répondre aux accusations, lors de son procès qui s'ouvre lundi 5 janvier. Inculpé notamment pour utilisation d'arme de destruction massive ayant entraîné la mort et pour attentat dans un espace public, le jeune américain d'origine tchétchène plaide non coupable de tous les chefs d'accusation. Il risque la peine de mort pour le double attentat du marathon de Boston, qui a coûté la vie à trois personnes et blessé 264 autres, le 15 avril 2013.

Mais qui est vraiment Djokhar Tsarnaev ? D'un côté, l'image de Une controversée du magazine américain Rolling Stone présente un jeune éphèbe aux boucles tendres, au visage doux et à la pilosité adolescente. De l'autre, la photo diffusée par un policier de l'arrestation du jeune homme, visage et sweat-shirt ensanglantés, un point rouge sur le front et la main levée en signe de reddition. Deux photos, deux facettes d'un même personnage. Francetv info revient sur le parcours de ce terroriste présumé.

Un "teenager" ordinaire

Après avoir passé les premières années de sa vie entre le Daguestan (république de l'extrême sud-ouest de la Russie) et le Kirghizistan, Djokhar Tsarnaev émigre avec ses parents aux Etats-Unis au printemps 2002, à l'âge de huit ans. La famille cherche à fuir la guerre et s'installe à Cambridge, ville voisine de Boston, après avoir obtenu une demande d'asile en 2003. Dans un petit appartement disposant de trois chambres, Djokhar cohabite avec son frère Tamerlan (le deuxième suspect des attentats, tué lors de leur arrestation le 19 avril 2013), ses deux soeurs et ses parents, raconte le magazine Rolling Stone (en anglais) dans son enquête.

La famille s'intègre vite à la petite communauté tchétchène de la région et tous les enfants sont scolarisés à la Cambridge Rindge and Latin School, une école publique de la ville. Le petit Djokhar apprend rapidement l'anglais et s'intègre bien au milieu des autres élèves. Après les attentats, de nombreux témoignages décriront un élève "appliqué", un adolescent "sociable" et "gentil", un jeune homme "marrant", "très athlétique". Amateur de football et fan des séries The Walking Dead et Game of Thrones, ses amis évoquent en somme un banal "teenager".

Le jeune immigré pratique un temps la boxe comme son frère Tamerlan, mais c'est avec la lutte gréco-romaine qu'il va s'épanouir. Il obtient même en 2011 une bourse de 2 500 dollars décernée par la ville de Boston pour lui permettre de poursuivre sa carrière de sportif. "Il était de ces enfants qui ont un talent inné", témoigne dans Rolling Stone Peter Payack, l'entraîneur de l'équipe de lutte de l'école Cambridge Rindge.

Délaissé par ses parents  

Le rêve américain a ses limites et rapidement la famille Tsarnaev rencontre quelques difficultés d'adaptation, sans forcément que les amis de Djokhar ne s'en aperçoivent. Il semble que ce dernier fasse tout pour cloisonner sa vie. Il ne mélange pas ses activités sportives avec ses problèmes familiaux. "Je n'ai jamais vu les parents, et je ne savais même pas qu'il avait un frère," confirme son ancien entraîneur Peter Payack.

Sa mère, Zubeidat, travaille comme aide médicale à domicile avant de se lancer dans les soins esthétiques. Elle se serait tournée avec ferveur vers la religion entre 2007 et 2009, en même temps que son fils Tamerlan, rapporte Slate. Son père, Anzar Tsarnaev, travaille dur comme mécanicien automobile. Plusieurs de ses voisins évoquent chez lui un comportement impulsif, voire violent.

Un oncle de Djokhar, Ruslan Tsarni, un avocat intégré à la classe moyenne américaine, accuse même son frère Anzar de négligence dans un entretien à CNN (en anglais) : "Il a perdu le contrôle sur cette famille il y a déjà un bon bout de temps." Les soeurs de Djokhar auraient quitté le foyer après des mariages arrangés, croit savoir le magazine Rolling Stone. En 2011, Anzar retourne en Russie, déprimé par les troubles traversés par sa famille. Il divorce, mais sa femme le rejoint peu de temps après avoir été arrêtée pour un vol à l'étalage et le couple se reforme.

Dans la même période, Djokhar entame ses études supérieures, avec l'idée de devenir un jour ingénieur. Par manque d'argent, il se retrouve à l'Université du Massachusetts Dartmouth, une université de seconde zone au sud de Boston. A peine arrivé, il souhaite déjà repartir. Il entame une période de profond ennui et accélère sa consommation de cannabis avec un ami qu'il a retrouvé sur place. "Tout ce qu'ils faisaient, c'était s'asseoir dans une voiture pour planer - ce qui se révélait ennuyeux," explique un ami de Djokhar à Rolling Stone.

Radicalisé sous l'influence de son frère

Plus que ses parents, le vrai modèle de Djokhar reste son frère Tamerlan, qu'il idolâtre. Dans les familles tchétchènes "votre grand frère n'est pas tout à fait Dieu, mais cela reste plus qu'un frère normal", explique un ami de la famille à Rolling Stone. Plusieurs proches estiment que Djokhar a été entraîné par son grand frère dans leur projet meurtrier, rapporte Boston.com (en anglais). A partir de 2007, Tamerlan se tourne vers la religion au point de devenir "intolérant et hostile" et de provoquer des tensions dans la famille, raconte Slate. Il franchit un nouveau pallier lors de son voyage de six mois au Daguestan à partir de janvier 2012. Là-bas, il aurait tenté de prendre contact avec les réseaux de la guérilla islamiste, détaille Le Monde.

Plusieurs éléments indiquent que Djokhar se serait radicalisé en parallèle de son frère. Son fil Twitter en témoigne, sur lequel les messages liés à la religion prennent de plus en plus de place, comme cette phrase en janvier 2013 : "Je ne discute plus avec les imbéciles qui disent que l'islam et le terrorisme sont la même chose, il faut laisser un idiot rester un idiot".

En mars 2013, Tsarnaev se serait vanté lors d'un repas avec des amis d'être capable de réaliser une bombe. Il aurait également dit qu'il était "bon de mourir en martyr le sourire aux lèvres, une façon d'aller directement au paradis", a déclaré la procureure à l'ouverture du procès de Azamat Tazhayakov, un ami qui aurait aidé les frères Tsarnaev.

Il risque la peine de mort

Au regard des preuves accumulées par la police, l'issue du procès de Djokhar Tsarnaev ne fait guère de doute. Reste à savoir si ce dernier sera condamné à la peine capitale ou à une lourde peine de prison. Pourtant certains continuent à croire en son innocence. Un fan club intitulé "Free Jahar", composé essentiellement de femmes, demande la libération du jeune homme. De leur côté, les parents de Djokhar se sont enfermés dans un déni conspirationniste. Ils considèrent que leurs fils sont tombés dans "un piège" tendu par la police, comme ils le confient à Russia today (en anglais). 

Pas de quoi peser très lourd devant l'évidence des preuves. Dans des photos et vidéos diffusées par le FBI, un homme portant une casquette, identifié par la police comme étant Djokhar Tsarnaev dépose un sac à dos près de la ligne d'arrivée du marathon. Il y a également ce sac de Djokhar, rempli de feux d'artifice vidés de leur poudre, que des amis des frères Tsarnaev ont jeté à la poubelle après les attentats. L'un deux, Azamat Tazhayakov, a d'ailleurs été reconnu coupable pour obstruction à la justice en juillet. Même sort pour Robel Phillipos, coupable d'avoir menti à la justice au cours de l'enquête. 

Il y a enfin ces mots que Djokhar aurait laissés sur le mur de la cabine du bateau où il s'était réfugié le 19 avril. "Quand vous attaquez un musulman, vous vous en prenez à tous les musulmans", affirme ce message, qui ajoute que les innocents touchés par les attentats sont des victimes collatérales. Sans oublier que Djokhar Tsarnaev est également accusé d'avoir tué un policier dans sa fuite pour tenter d'échapper aux autorités. Toutes ces pièces seront présentées aux jurés, dont la sélection commence lundi, qui vont devoir déterminer la culpabilité du jeune homme.