Attentats de Boston : Djokhar Tsarnaev plaide non coupable

Le jeune homme a comparu pour la première fois devant un juge. Francetv info s'est penché sur son parcours.

Djokhar Tsarnaev, auteur présumé des attentats de Boston (Massachusetts). Trente chefs d\'accusation ont été retenus contre lui.
Djokhar Tsarnaev, auteur présumé des attentats de Boston (Massachusetts). Trente chefs d'accusation ont été retenus contre lui. (FBI / AFP)

Quatre personnes tuées et plus de 260 autres blessées. L'un des auteurs présumés du double attentat de Boston (Massachusetts), Djokhar Tsarnaev, a comparu pour la première fois, mercredi 10 juillet, et plaidé "non coupable", lors d'une audience qui n'a pas duré plus de sept minutes. Que sait-on de cet étudiant de 19 ans d'origine tchétchène, devenu jihadiste sans que ses amis proches s'en aperçoivent ? Portrait.

Du Daguestan aux Etats-Unis

Djokhar Tsarnaev, né en juillet 1993, arrive avec sa famille, d'origine tchétchène, à Boston, à l'âge de 8 ans, en provenance du Daguestan (Russie). Quelques années lui suffisent pour maîtriser parfaitement l'anglais. Considéré comme bien intégré, il rejoint l'université du Massachusetts (UMass) à Dartmouth, dans le but de devenir ingénieur. Il a des amis, fréquente la salle de sports du campus, fume de la marijuana, fait la fête. Mais il reste marqué par son histoire familiale, celle d'un enfant ballotté du Caucase du Nord au Kirghizstan.

Photo d\'enfance de Djokhar Tsarnaev (au centre, chemise rose), avec son frère aîné Tamerlan et leurs deux sœurs, à Makhachkala (Daguestan), rendue publique le 22 avril 2013.
Photo d'enfance de Djokhar Tsarnaev (au centre, chemise rose), avec son frère aîné Tamerlan et leurs deux sœurs, à Makhachkala (Daguestan), rendue publique le 22 avril 2013. ( REUTERS)

Surnommé "Jahar" par les autres étudiants (une prononciation approximative de Djokhar), il devient le capitaine de son équipe de lutte. Très populaire auprès des filles, selon le New York Times (lien en anglais), il reste très discret sur sa vie sentimentale. Le jeune homme est en revanche plus loquace quand il s'agit d'évoquer ses racines. "Il s'intéressait beaucoup au génocide des Tchétchènes commis par l'armée russe", se souvient Brian Glyn Williams, un professeur d'histoire cité par le quotidien.

Dans les pas de son grand frère

En 2011, ses parents se séparent et retournent vivre dans le Caucase. Pas encore majeur, Djokhar se retrouve en tête à tête avec son grand frère, Tamerlan, tué lors d'une confrontation avec la police le 18 avril. Ce dernier, devenu chef de famille, vit au rythme de l'islam depuis quelques années. Il est influencé par un mystérieux "Misha", selon l'agence Associated Press (lien en anglais), un homme chauve, costaud, à la longue barbe rousse. Un converti. Tamerlan fait lire le Coran aux amis de Djokhar qui viennent leur rendre visite. Un camarade du frère cadet raconte au New York Times qu'à cette période (aux alentours de 2010), la dévotion soudaine de son frère "l'agace"

Devanture de la mosquée de Boston (Massachusetts) où se rendaient les frères Tsarnaev, le 26 avril 2013.
Devanture de la mosquée de Boston (Massachusetts) où se rendaient les frères Tsarnaev, le 26 avril 2013. (KAYANA SZYMCZAK / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

En 2011, l'aîné des quatre enfants (les frères Tsarnaev ont deux sœurs, Bella et Ailina) attire les soupçons du FBI, qui l'interroge. Les services fédéraux cherchent alors à vérifier un renseignement russe, selon lequel le grand frère se serait radicalisé au cours d'un séjour de cinq mois au Daguestan, république en proie à une rébellion islamiste armée. Le nom de Tamerlan Tsarnaev est inscrit dans la base de données Tide, gérée par le Centre national de l'antiterrorisme. Un demi-million d'autres personnes potentiellement suspectes figurent à ses côtés ; les autorités cessent rapidement leur enquête. Son petit frère n'est pas inquiété.

"Tout le monde aimait Tamerlan, détaille l'ancien mari d'Ailina Tsarnaev, cité par Associated Press. C'était le plus vieux de tous, et il jouait le rôle de modèle pour ses frères et sœurs. Djokhar l'adorait. Il faisait tout ce que Tamerlan lui disait de faire." Le procès, dont la date n'est pas fixée, aura entre autre pour but d'éclairer les raisons qui ont poussé Djokhar à s'engager auprès de son frère. Pour l'instant, aucune déclaration de l'accusé à ce sujet n'a filtré dans la presse.

"J'ai tué Abe Lincoln"

Le compte Twitter de Djokhar Tsarnaev, ouvert fin 2011, laisse entrevoir une évolution dans le tempérament du jeune homme. Peu à peu, les plaisanteries sur les photos de seins font place à tout autre chose. Il se plaint de l'absence de son père, témoigne d'une forme de solitude, raconte des rêves tourmentés, dont un au cours duquel il "tue Abraham Lincoln", retweete des mots du Coran. Le 16 janvier, trois mois avant les attentats, il écrit, l'air désabusé : "Ça ne sert à rien de discuter avec les gens qui disent que l'islam, c'est du terrorisme, laissons les gens bêtes le rester." 

Les bombes artisanales utilisées durant le marathon de Boston, les deux frères les ont préparées à l'aide des instructions du magazine en ligne Inspire, une publication d'Al-Qaïda. Dans les mois qui précèdent l'attentat, les deux hommes regardent sur internet les prêches de l'islamiste radical américain d'ascendance yéménite Anwar Al-Aulaqi, membre d'Al-Qaïda tué en septembre 2011 par un drone américain. Djokhar Tsarnaev télécharge plusieurs documents appelant au jihad.

Début avril, les amis de "Jahar" le trouvent changé. Un copain de faculté affirme au New York Times que Djokhar Tsarnaev lui a tenu un discours prosélyte, deux semaines avant le marathon. "Dieu est tout puissant. Les études, devenir ingénieur, tout ça n'a plus d'importance. C'est trop facile de tromper, dans ce domaine. Mais quand on commence à s'intéresser au paradis, il n'est plus possible de tromper qui que ce soit."

Une justification gribouillée dans un bateau

Les frères Tsarnaev sont repérés par la police grâce aux caméras de vidéosurveillance le lendemain de l'attentat. Après deux jours de chasse à l'homme, le grand frère est tué. La police arrête Djokhar Tsarnaev le jour suivant.

Ce dernier, grièvement blessé, a trouvé refuge lors de la traque dans un bateau entreposé dans un jardin de Watertown, près de Boston. Il a pris soin d'y gribouiller un mot : "Le gouvernement américain tue nos civils innocents. Je ne peux pas supporter de voir ce mal rester impuni. Nous, musulmans, sommes un seul corps, vous faites du mal à l'un de nous, vous nous faites du mal à tous. (...) Je n'aime pas tuer des civils innocents. L'islam l'interdit (...) mais arrêtez de tuer nos innocents et nous arrêterons."

Les deux frères ont-ils agi seuls ou à l'aide de complices, mêmes lointains ? La justice penche pour la première option, même si trois de ses amis ont également été arrêtés. Deux Kazakhs, Dias Kadyrbayev et Azamat Tazhayakov, sont accusés d'entrave à la justice, pour avoir retiré de la chambre de Djokhar Tsarnaev plusieurs éléments, dont un sac contenant des feux d'artifice. Début mai, un autre ami de l'étudiant, Robel Phillipos, un Américain d'origine éthiopienne, a également été assigné à résidence par une juge fédérale. Il est accusé d'avoir menti aux enquêteurs.