Syrie : les arguments des anti-guerre en France

Francetv info liste les arguments de ceux qui s'opposent à une action militaire contre le régime de Bachar Al-Assad.

Des soldats syriens, fidèles au régime, patrouillent à bord d\'un char dans un quartier de Homs (Syrie) dévasté par les combats, le 31 juillet 2013.
Des soldats syriens, fidèles au régime, patrouillent à bord d'un char dans un quartier de Homs (Syrie) dévasté par les combats, le 31 juillet 2013. (JOSEPH EID / AFP)

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est à nouveau réuni, jeudi 29 août. Et pour le moment, les va-t-en-guerre temporisent. Le président américain Barack Obama a affirmé mercredi ne pas avoir pris de décision sur une éventuelle action militaire occidentale en Syrie. François Hollande insiste sur la nécessité d'une "solution politique", avant de recourir à la "force". Et le Premier ministre britannique, David Cameron, auparavant favorable à une action rapide, veut désormais attendre les conclusions de l'enquête de l'ONU sur l'attaque chimique que le régime aurait commis le 21 août. Pour autant, une intervention armée contre Bachar Al-Assad semble, jeudi 29 août, probable à court terme. Francetv info liste les arguments de ceux qui s'y opposent.

L'utilisation d'armes chimiques par Bachar Al-Assad n'est pas prouvée

L'argument : Au sein de la classe politique, de nombreuses voix se sont élevées. La présidente du Front national, Marine Le Pen, dénonce une décision "précipitée et fondée sur des supputations", alors que "la lumière n'a pas encore été faite sur les attaques chimiques commises en Syrie". Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, fustige une "erreur gigantesque" et évoque un précédent : l'argument fallacieux des armes de destruction massive, avancé par les Etats-Unis pour envahir l'Irak en 2003.  

L'analyse : Pourtant, les preuves de l'utilisation d'armes chimiques ne manqueraient pas. En mai, Le Monde en a publié une série. Le magazine Foreign Policy (article payant en anglais) a également rapporté que les services secrets américains avaient intercepté une conversation à ce sujet entre deux membres du ministère syrien de la Défense. "L'usage de l'arme chimique est avéré par de nombreux indices", a en outre estimé pour francetv info Oubaida Al-Moufti, porte-parole de l'Union des organisations syriennes de secours médicaux.

Il n'y a pas de cadre légal

L'argument : Par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères, la Russie a averti : "Les projets de frappes militaires (...) sont un défi aux dispositions clés de la Charte de l'ONU". Depuis le début du conflit, il y a deux ans et demi, Moscou soutient Damas. La Russie a bloqué toutes les résolutions occidentales à l'ONU et devrait apposer une fois de plus son veto au Conseil de sécurité. Or "rien ne peut se faire, notamment en matière militaire, en dehors du cadre des Nations unies", juge l'ancien ministre UMP Bruno Le Maire.

L'analyse : Sans le feu vert du Conseil de sécurité, cette intervention serait "illicite", tranche Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, interrogé par Le Temps (article payant). Quant à la "responsabilité de protéger", héritière du droit d'ingérence, avancée par François Hollande, elle "ne permet pas aux Etats d’agir unilatéralement".

Qu'importe, les interventions américaines récentes ont toutes contourné le Conseil de sécurité, souligne Le Figaro. Et le scénario qui se profile, selon Le Monde, ressemble à celui du Kosovo en 1999 et de l'Irak en 2003 : une "coalition des volontaires", sans mandat des Nations unies et hors de tout cadre légal international.

L'intervention sera inutile

L'argument : Barack Obama a expliqué que d'éventuelles frappes seraient "limitées" et se résumeraient à un "coup de semonce", destiné à convaincre le président syrien de ne pas mener d'assaut aux armes chimiques. 

L'analyse : "Une mauvaise idée", assène Stephen Walt, professeur en relations internationales à Harvard et blogueur pour Foreign Policy, dans une tribune contre l'intervention traduite par Le Monde. "Les frappes aériennes ne peuvent annihiler l'arsenal chimique d'Assad et il est peu probable qu'elles fassent pencher le rapport de force en faveur des rebelles." "L'action punitive est la plus bête de toutes", renchérit Chris Harmer, analyste à l’Institute for the Study of War, cité par Slate. "Le régime d’Assad a montré une résistance incroyable à la douleur et je ne crois pas que nous ayons vraiment envie de lancer une action punitive d’ampleur suffisante pour être dissuasive."

Agnès Levallois, consultante spécialiste du Moyen-Orient, imagine tout autre chose dans Metronews "Une intervention pourra donner l’opportunité aux membres du régime de fuir, et donc de l'affaiblir un peu plus."  

Elle risque de se transformer en un nouveau bourbier

L'argument : Le spectre des guerres d'Irak et d'Afghanistan plane, note le Huffington Post. Elles devaient être courtes, elles se sont avérées longues et coûteuses, aussi bien sur le plan financier qu'en terme de pertes humaines. "On a vu les exemples en Afghanistan et en Irak. Je n’ai pas envie que mon pays soit engagé dans un nouveau bourbier", s'inquiète le député UMP Alain Marsaud. 

L'analyse : Cela ne pourrait arriver qu'en cas d'opération terrestre, et elle est peu probable à ce stade. Dans ce "pays densément urbanisé", le combat serait alors urbain : le type "le plus dangereux, aussi bien pour les populations civiles que pour les forces armées", souligne Philippe Migault, spécialiste des conflits armés et directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), interrogé par Arte

Elle va provoquer le chaos en Syrie...

L'argument : Quels vont être les effets "sur la pauvre Syrie" ?, s'interroge François Bayrou. "A supposer qu'on réussisse" à "mettre à genoux le régime actuel, qu'est-ce qui vient derrière ce régime et notamment quelles sont les conséquences sur les minorités ?", en particulier "chrétiennes", se demande, prudent, le président du MoDem.

L'analyse : "La chute d'Assad entraînerait l'effondrement de l'Etat syrien et déclencherait une lutte sans merci entre les différentes factions rebelles", prédit Stephen Walt au Monde. "Il faut se garder d'aller trop loin. Si Bachar disparaît, il y aura un risque de massacres intercommunautaires", confirme le général Vincent Desportes, spécialiste des affaires stratégiques, dans Le FigaroMais la chute du régime n'est pas l'objectif affiché des frappes planifiées par les Occidentaux.

... et fera le jeu d'Al-Qaïda

L'argument : Marine Le Pen, hostile à toute intervention, estime qu'en optant pour l'action militaire, François Hollande "choisit les islamistes". Comme elle, le régime syrien agite le spectre de l'islam radical. Il affirme que l'intervention armée "servira les intérêts (...) du Front Al-Nosra", un groupe jihadiste combattant avec les rebelles syriens et qui a prêté allégeance à Al-Qaïda.

L'analyse : Dans l'hypothèse où les Occidentaux choisiraient d'appuyer les groupes rebelles au sol - et elle n'est pas privilégiée - Philippe Migault estime qu'ils favoriseraient "les élèments les plus performants des forces rebelles", à savoir : "Al-Qaïda". Or, comme il l'a précisé à francetv info, "les groupes islamistes par essence, notamment ceux qui relèvent d'Al-Qaïda et qui sont en action en Syrie, n'ont jamais caché que pour eux, la Syrie était une première étape. Leur slogan était 'Damas, cette année. Al Qods [Jérusalem en arabe] l'année prochaine'".

La région va être destabilisée

L'argument : "A vouloir nous acheter une bonne conscience, nous risquons de contribuer à l’embrasement d’une région du monde particulièrement sensible", s'alarme Axel Poniatowski, vice-président UMP de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée. En Iran, le commandant des Gardiens de la révolution prédit même "la destruction à brève échéance" d'Israël, en cas d'attaque sur Damas.

L'analyse : "Le cas le plus préoccupant est le Liban", modère Agnès Levallois. Le pays a déjà été contaminé par le conflit syrien. Il est aussi la base arrière du Hezbollah. Le mouvement chiite participe déjà aux combats en Syrie aux côtés des troupes de Bachar Al-Assad. Il pourrait vouloir mener des attaques de représailles et viser les 900 soldats français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), redoute l'universitaire et islamologue Mathieu Guidère, cité par France 24.

Le régime syrien pourrait également exercer son pouvoir de nuisance en Jordanie, estime Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris, sur BFMTV. Dans cet Etat "faible structurellement" et déstabilisé par l'afflux de réfugiés, les Syriens pourraient "fomenter des attentats". Reste le cas des deux voisins les plus puissants de la Syrie. Signes de fébrilité, Israël a déployé des batteries antimissiles à sa frontière nord, et la Turquie a renforcé son niveau de vigilance.