Syrie : "L’usage des armes chimiques est avéré par de nombreux indices"

François Hollande évoque "l'usage probable d'armes chimiques". Un avis partagé par Oubaida Al-Moufti, porte-parole de l’union des organisations syriennes de secours médicaux, est en contact direct avec des médecins de Damas. Selon lui, les symptômes constatés sur les victimes, mercredi 21 août, ne peuvent être dus qu'à des gaz toxiques.

Des victimes présumées d\'une attaque à l\'arme chimique, à Ghouta, dans la banlieue de Damas (Syrie), mercredi 21 août 2013.
Des victimes présumées d'une attaque à l'arme chimique, à Ghouta, dans la banlieue de Damas (Syrie), mercredi 21 août 2013. (SNN - SHAAM NEWS NETWORK / ANADOLU AGENCY)

Alors que François Hollande évoque jeudi 22 août "l'usage probable d'armes chimiques" en Syrie, francetv info a interrogé Oubaida Al-Moufti, un médecin franco-syrien, porte-parole de l’Union des organisations syriennes de secours médicaux (UOSSM). Installé à Paris, il revient sur les premières alertes qu’il a reçues mercredi 21 août de ses confrères de Damas, peu après les bombardements.

Francetv info : Comment avez-vous appris qu'il y avait eu des bombardements présumés chimiques près de Damas ?

Oubaida Al-Moufti : J’ai été réveillé vers 5 heures du matin par un collègue qui me disait sa grande inquiétude à propos de deux bombardements, très synchronisés sur les parties est et ouest de Damas. Cela s’était passé vers 1 heure et avait duré près de trois heures. Les communications avec la Syrie sont compliquées, il y a eu plusieurs interruptions sur le réseau internet. Mais d’autres messages nous sont parvenus, et là nos amis décrivaient l’état dans lequel se trouvaient les premières victimes relevées sur le terrain. Des morts et des blessés aux plaies béantes, et aussi des personnes décédées sans signe apparent de lésion. Beaucoup de détresses respiratoires, de convulsions, de problèmes oculaires. Il ne faisait plus vraiment de doute que des armes chimiques avaient été utilisées.

Etes-vous en mesure de préciser le nombre de personnes touchées par ces attaques ?
Grâce à un relevé des identités et des lieux, nous comptons 1 188 morts, et parmi eux 540 victimes par armes chimiques. Avec environ 4 000 blessés par armes conventionnelles ou chimiques.

Vos informations sont remises en question par certains, selon qui il est impossible que des soignants se soient approchés de lieux sans être eux-mêmes victimes des gaz.
Grâce à la France, nous disposons de 150 tenues anti-armes chimiques. Mais c’est pour toute la Syrie ! A Damas il n’y en a que 7 ou 8. Mes amis médecins sont intervenus après les bombardements, et malgré cela, une trentaine d’entre eux souffraient de troubles respiratoires. Je le redis, l’usage de l’arme chimique est avéré par de nombreux indices. D’abord quand les survivants arrivent et qu’on leur administre de l’atropine, la réponse est quasi immédiate [l'atropine est un antidote contre les effets des gaz toxiques]. Cela constitue un signe fort d’un traumatisme d’origine chimique. Ensuite, il y a les vidéos, qui nous sont envoyées par des gens de toute confiance : nous travaillons depuis deux ans avec eux. Et voir des femmes et des enfants couchés dans les rues ou les maisons sans grand signe apparent de destruction ne laisse guère de doutes.

Que faites-vous pour confirmer de façon indiscutable l’emploi de ces armes ?
Sur le terrain, les équipes tentent de faire des prélèvements urinaires et sanguins. Il faut rassembler des vêtements de victimes, des morceaux de terre. Le but est de conserver toutes ces traces. Puis nous les ferons parvenir non seulement en France, mais aussi dans tous les pays membres de notre association, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada…. Mais franchement, cette focalisation sur les armes chimiques a quelque chose de très surprenant pour nous, les médecins. Nous côtoyons sans cesse la mort, il y a des dizaines de milliers de victimes de tous côtés depuis deux ans, et pourtant tout semble se résumer à la seule question : sommes-nous en présence d’armes chimiques ?